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Vivre ensemble

Bernard Descôteaux   19 juin 2004 
Le débat sur les défusions aurait pu être l'occasion d'une prise de conscience du rôle des villes comme pôles de développement du Québec, aussi bien sur le plan social et culturel que sur le plan économique. Malheureusement, tout dialogue s'est avéré impossible avec les partisans des défusions, auxquels on en est réduit à rappeler en cette veille référendaire qu'il n'y aura que des perdants dimanche soir. Désolant!

Dès le départ, dès le moment où le gouvernement Bouchard entreprit des consultations en vue de créer de nouvelles grandes villes s'est constitué un camp du refus qui ne veut rien de moins que le retour à la situation prévalant avant les fusions. On pense qu'une fois les anciennes municipalités reconstituées, il suffira de poursuivre la lutte pour qu'elles retrouvent la plénitude de leurs anciens pouvoirs.

Les libéraux de Jean Charest ont été de cet avis un certain temps, mais une fois au pouvoir, ils ont été forcés de reconnaître qu'ils ne pouvaient pas défaire ce qui avait été fait. Comment, en effet, auraient-ils pu justifier une défusion pure et simple de la nouvelle ville de Mont-Tremblant, par exemple, et recréer l'iniquité fiscale qui prévalait entre l'ancienne municipalité de Mont-Tremblant, où se concentre la richesse foncière de la région grâce aux projets d'Intrawest (qui bénéficient de généreuses subventions gouvernementales), et l'ancienne municipalité de Saint-Jovite, qui a le rôle ingrat de fournir les services à sa riche voisine? C'est une situation qu'on retrouvait à des degrés divers dans toutes les nouvelles grandes villes.

Pour se tirer d'affaire, le gouvernement Charest a tenté de réaliser la quadrature du cercle, c'est-à-dire permettre la tenue de référendums sur les défusions tout en les rendant par ailleurs le moins attrayantes possible. Les municipalités choisissant cette voie ne retrouveront qu'une partie de leurs responsabilités, l'essentiel des pouvoirs étant confié à un conseil d'agglomération qui réunira villes fusionnées et villes défusionnées mais où le dernier mot appartiendra aux premières.

Que gagneront les arrondissements qui choisiront la défusion, sinon la capacité de déterminer s'ils offriront un peu plus ou un peu moins de services dits de proximité? La différence ne sera pas marquante avec le statut actuel des arrondissements, du moins à Montréal. Pour le reste, le seul privilège qu'auront les contribuables des villes défusionnées sera d'acquitter, sans mot dire, la facture que leur enverra le conseil d'agglomération, qui représentera en moyenne les deux tiers du total de leur compte de taxes.

Le journal The Gazette a surpris ses lecteurs cette semaine en en venant à la conclusion qu'au bout du compte, il n'y a rien à gagner à choisir la défusion. Entre deux maux, vaut mieux choisir le moindre, a-t-on conclu après avoir analysé froidement les choses. S'ils ne veulent pas voir les aspects positifs de la participation à la nouvelle ville, les défusionnistes, avant de voter demain, devraient soupeser les inconvénients de ne pas en être. La réalité leur dictera la même conclusion que The Gazette.

Si les défusionnistes n'ont rien à gagner en votant oui aux référendums de demain, en revanche, tous y perdront s'il s'ensuit un mouvement massif de défusions. Cela ne fera que maintenir, sinon accentuer la polarisation actuelle du débat, que l'on voudra poursuivre devant les tribunaux. Il n'y aura pas de dialogue possible, alors qu'au sein des grandes villes, on peut envisager de changer les choses. À Montréal, le maire Gérald Tremblay en a fait la preuve l'an dernier en décentralisant les pouvoirs de la ville centre vers les arrondissements en matière de services de proximité. Pour cela, il faut choisir de vivre ensemble et de poursuivre les mêmes objectifs.

bdescoteaux@ledevoir.ca
 
 
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