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Le fouillis irakien

Serge Truffaut   22 juillet 2002 
Périodiquement, l'intervention militaire que prépare la Maison-Blanche pour liquider le régime irakien refait surface. Cette fois-ci, la réinscription du dossier à l'ordre du jour politique se distingue ainsi: toutes les parties impliquées dans cette affaire souhaitent un robuste débat sur le sujet.

L'aventure irakienne s'annonce beaucoup plus ardue que ne l'avait envisagé le président Bush. Depuis une semaine, il ne s'est pratiquement pas passé une journée sans que les acteurs ou les pays directement concernés par cette affaire n'expriment un certain agacement. Les Kurdes et les Jordaniens sont réticents; la Turquie a des exigences économiques; les autres nations arabes entendent lier ce dossier à celui des Palestiniens; alors que les sénateurs démocrates, épaulés par un contingent de républicains, n'entendent pas donner carte blanche tant et aussi longtemps que l'actuelle administration n'aura pas précisé le comment et l'après. Poursuivons avec ces derniers.

Pour les démocrates, le président de la Commission des affaires étrangères Joseph Biden au premier chef, la gestion du dossier irakien par Bush est si chaotique qu'elle exige, pour reprendre leurs mots, un débat public robuste. Pour ce faire, ils entendent organiser des audiences afin que soit précisé quels sont les moyens que la Maison-Blanche va employer pour se débarrasser de Saddam Hussein et quel type de régime elle souhaite installer à sa place. Pourquoi? À l'évidence, Bush et les siens jonglent encore avec trop d'options.

Sur le plan militaire, la stratégie est pour l'instant à l'image de l'auberge espagnole. On aimerait bien organiser un coup d'État effectué par des militaires irakiens. On aimerait tout autant favoriser un soulèvement populaire. On apprécierait également mettre sur pied une coalition internationale rassemblant notamment 250 000 militaires. Bref, le flou qui a cours en la matière dans les couloirs de la Maison-Blanche illustre à l'envi les tiraillements ou plus exactement les luttes intestines que se livrent derrière les rideaux les militaires et les diplomates. Dans le premier camp, on retrouve le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld et son second Paul Wolfowitz. Et dans le deuxième? Le secrétaire d'État Colin Powell.

Afin que la poursuite du dossier se fasse selon les règles de l'art, si l'on ose dire, le sénateur Biden a clairement signifié que les élus useraient de tous les pouvoirs que la War Powers Resolution alloue aux membres du Congrès pour éviter un enlisement. Votée en 1973 afin que toute escalade militaire soit balisée, cette résolution oblige le président à s'en remettre en partie aux élus lorsque un conflit excède les 90 jours.

Cela étant, la Turquie, acteur incontournable de cette pièce, a dévoilé plus d'un des griefs qu'elle nourrit à l'endroit de la politique américaine dans la région. Membre de la coalition qui avait combattu les Irakiens lors de la Guerre du Golfe, la Turquie estime qu'elle a été le dindon de la farce. En effet, ce pays est passablement remonté contre les sanctions économiques imposées par les Américains pour une raison toute simple à comprendre. Cet embargo a coûté des dizaines de milliards à la Turquie en échanges commerciaux. Plus gros débiteur du FMI, la Turquie demande que les États-Unis radient la dette militaire de quatre milliards contractée auprès de ces derniers avant de s'engager dans quoi que ce soit. Surtout, Ankara ne veut plus que Washington évoque la création d'un Kurdistan libre et indépendant dans le nord de l'Irak. Cela, on l'aura deviné, parce que le gouvernement turc craint qu'un tel geste n'encourage les Kurdes vivant en Turquie à réclamer haut et fort leur autonomie.

En ce qui a trait justement aux Kurdes, ceux qui vivent au nord de l'Irak et sur lesquels comptent les Américains en cas d'offensive, toute cette histoire n'a fait que raviver des rancunes pas si lointaines. En deux mots, ils n'ont aucune confiance envers les Américains. En effet, ils n'ont toujours pas digéré d'avoir été abandonnés par Washington après la Guerre du Golfe. Leur éventuelle collaboration est conditionnelle à des engagements fermes et précis de la part de l'administration Bush.

Quant à la Jordanie, elle craint comme la peste que l'utilisation de son territoire par l'armée américaine ne se traduise par un soulèvement généralisé d'une population remontée contre les Américains en raison de ce qui se passe dans les territoires palestiniens.

Pour l'heure, le dossier irakien présente tous les stigmates que l'on dit inhérents à la boîte de Pandore.
 
 
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