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Martin et Harper mettent le cap sur l'Ontario

Manon Cornellier   17 juin 2004 
Ottawa — Les débats télévisés terminés, les chefs fédéraux ont pris la direction de leurs principaux champs de bataille hier. Pour les chefs conservateur et libéral, Stephen Harper et Paul Martin, ceux-ci n'ont plus qu'un nom: l'Ontario. Cette province, qui compte près du tiers des sièges, pourrait décider de la couleur du prochain gouvernement et même déterminer si celui-ci sera minoritaire ou non.

Ce n'est donc pas une coïncidence si MM. Harper et Martin ont amorcé le dernier droit de la campagne dans le Sud-Ouest ontarien hier matin, le premier pour montrer sa force dans des comtés traditionnellement libéraux, le second pour tenter de sauver des sièges en péril. Sans ceux-ci, Paul Martin ne peut même pas rêver de former un gouvernement minoritaire.

Au Québec, la situation est tout autre. La solide prestation du chef bloquiste Gilles Duceppe lors du débat en français fait dire à tous les camps qu'il a consolidé sa position. Les jeux y seraient presque faits, à en croire un conseiller libéral. Ce dernier concédait indirectement 55 sièges au Bloc hier puisqu'il prédisait «au moins» 20 comtés aux libéraux. Le PLC en détient 37 à l'heure actuelle.

Le Bloc pourrait ainsi détenir la balance du pouvoir, ce que M. Duceppe ne nie pas, mais il refuse de parler d'alliance et rejette même, avant la tenue du scrutin, la poursuite de pourparlers avec d'autres partis, une idée avancée par le député conservateur Peter MacKay.

Pour M. Duceppe, le défi consiste à maintenir les troupes mobilisées et à faire en sorte que les gens aillent voter. «Je ne tiens rien pour acquis. Il faut travailler jusqu'à la fin. Il faut faire en sorte que ce mouvement que l'on voit au Québec se concrétise, que l'on envoie une majorité de députés du Bloc à Ottawa le 28 [juin]», a-t-il déclaré à son arrivée à Québec hier matin.

«Faire sortir le vote est notre priorité, tout comme prêter main-forte à nos comtés cibles», a noté un des principaux organisateurs bloquistes. Le chef donnera l'exemple en faisant campagne sans relâche jusqu'au jour du scrutin. Une tournée de toutes les régions éloignées figure à son horaire, et on prévoit terminer la course par un blitz ininterrompu de 48 heures.

Bon troisième dans les sondages au Québec, le chef conservateur prévoit quand même faire une visite éclair dans quelques comtés où son parti pourrait faire bonne figure. Il sera ce soir à Montréal et à Cowansville, demain à Drummondville et à Québec.

Paul Martin fera lui aussi des sauts au Québec mais concentrera ses efforts dans des comtés où le parti pense pouvoir s'assurer la victoire en ralliant le vote fédéraliste, a expliqué son conseiller.

Dans le reste du pays, il est difficile de prévoir l'issue du vote. Selon les sondages faits avant les débats, conservateurs et libéraux étaient presque à égalité, mais le PC avait pris une légère avance en Ontario. La donne n'aurait pas vraiment changé, soutiennent les libéraux. «Nous sommes entrés dans ces débats à égalité et nous en sortons dans la même position», a dit le conseiller libéral.

Il faudra toutefois attendre les sondages pour en être assuré car le jugement porté sur le débat par les médias de langue anglaise est loin d'être unanime. La plupart ont conclu au match quasi nul, donnant souvent l'avantage à M. Harper. M. Martin s'est attiré de bons mots, mais plusieurs commentateurs ont trouvé qu'il avait parfois eu l'air désespéré.

Un sondage éclair de la firme Ipsos-Reid, effectué par Internet après le débat en anglais, indiquait aussi que 37 % des 2107 personnes interrogées donnaient Stephen Harper gagnant, comparativement à 24 % pour M. Martin.

Cette évaluation a visiblement ragaillardi le chef conservateur, qui s'est laissé aller à dire qu'un gouvernement majoritaire était à sa portée mais ne l'était plus pour les libéraux. «Nous avons encore deux semaines devant nous. Mon objectif est de gagner une majorité, et je pense que nous sommes en voie d'y arriver», a-t-il déclaré lors de son passage à Niagara Falls hier.

Il croit qu'il en va autrement pour les libéraux. «Je pense que pour ces élections, la possibilité d'une majorité libérale est peu réaliste», a-t-il dit.

Selon un de ses proches conseillers, le message conservateur restera centré sur le besoin de changement à la tête du gouvernement fédéral. M. Harper est d'ailleurs revenu sur le scandale des commandites hier et, comme la veille, il a accusé les libéraux de vouloir détourner l'attention de leur «bilan honteux» en lançant des publicités agressives et en soulevant des enjeux moraux qui, selon lui, n'en sont pas dans cette campagne.

Paul Martin n'a pas abandonné la partie pour autant, mais son entourage explique que pour les 11 jours de campagne qui restent, le message devra être simple et clair. M. Martin devrait d'une part continuer à souligner ce qui différencie son parti de celui de M. Harper, qu'il s'agisse de politique sociale, économique, environnementale ou étrangère. Il devrait d'autre part donner de bonnes raisons aux électeurs de l'appuyer. Pour cela, il misera tout sur ses engagements en santé, en particulier la réduction des listes d'attente.

Il a démarré dès hier. «Nous allons faire, comme pays, ce que nous avons fait avec le déficit», a-t-il promis lors d'un court arrêt à Hamilton. Selon lui, le gouvernement fédéral a un rôle à jouer dans le domaine de la santé, et il entend le préserver. «Nous sommes les garants du système de santé. [...] La santé nationale, c'est le chef-d'oeuvre du Parti libéral. Nous allons le protéger. On va baisser les délais d'attente. On va protéger notre pays. On va bâtir un grand pays, et nous avons deux semaines pour démontrer aux Canadiens à quel point on est sincères», a-t-il poursuivi.

Le chef néo-démocrate Jack Layton avait une tout autre préoccupation hier, c'est-à-dire convaincre les électeurs de donner «un rôle central» à son parti au sein d'un Parlement qui s'annonce divisé. «Je préférerais être à la tête du gouvernement. Ce pourrait être un gouvernement minoritaire néo-démocrate. [...] Ou il pourrait s'agir d'un Parlement avec plusieurs partis qui doivent travailler ensemble», a-t-il indiqué hier matin avant son départ pour l'Ouest, où il concentrera encore ses efforts aujourd'hui.

Selon son bras droit, Donne Flanagan, le NPD concentrera ses efforts là où il croit pouvoir enregistrer des gains, ce qui signifie des voyages incessants pour le chef, ses appuis étant dispersés dans les grandes villes d'un bout à l'autre du pays.

Avec la collaboration de la Presse canadienne






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