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Mulcair rouvre la porte aux exportations d'eau

Louis-Gilles Francoeur   15 juin 2004 
Le ministre québécois de l'Environnement, Thomas Mulcair, a remis en question hier un des piliers de la Politique nationale de l'eau en rouvrant la porte aux exportations d'eau en vrac pour créer des emplois en régions, une porte fermée par Québec par une loi après un débat public de cinq ans et une commission d'enquête.

Invité hier matin comme conférencier par le Centre international Unisféra de Montréal, le ministre s'est dit prêt à rouvrir le débat sur cette question malgré l'engagement électoral de sa formation politique de respecter intégralement la Politique nationale de l'eau. Le ministre québécois de l'Environnement était invité à dresser son bilan de la gestion des politiques environnementales sous le régime de l'ALENA.

«Pour l'eau, a déclaré Thomas Mulcair, il y a un important débat qui doit avoir lieu là-dessus.» Il affirme ne pas partager les craintes de ceux et celles, comme Maud Barlow, du Conseil des Canadiens, qui estiment que les gouvernements vont perdre compétence sur la gestion de leurs ressources hydriques le jour où ils auront créé un précédent en en faisant des marchandises commerciales, conférant alors aux règles du libre-échange préséance sur leurs pouvoirs législatif et réglementaire.

Pour le ministre, l'utilisation des ressources hydriques des régions aux fins de développement économique est essentielle «si on veut occuper notre territoire autrement que par la recherche de ressources primaires, puis [de laisser filer les bénéfices de] leur transformation ailleurs». Cette question, suggère-t-il, pourra être de nouveau débattue dans les forums qu'organise le gouvernement dans les régions. Pour lui, la «gestion de l'eau sur une base régionale» fait partie des débats à faire.

Récemment, Thomas Mulcair déclenchait un tollé en laissant entendre qu'il serait prêt à relancer la filière des petites centrales si les gens des régions acceptaient de céder leurs chutes à des promoteurs car, ajoutait le ministre, il n'appartient pas aux gens du plateau Mont-Royal d'en décider à leur place. Les adversaires de cette logique ont fait valoir qu'il s'agissait de ressources nationales et que toute la collectivité, et non la région fiduciaire, devait statuer sur leur sort.

Mais Thomas Mulcair persiste dans sa logique: «Est-ce que, régionalement, les gens ne pourraient pas, en s'appuyant sur un règlement, aller chercher quelque chose en exploitant la ressource eau d'une manière sécuritaire, d'une manière correcte, d'une manière susceptible d'assurer la qualité et la pérennité de la ressource? Ou est-ce que ce débat est tabou? Moi, je ne fais pas beaucoup dans les tabous!»

Le ministre a ensuite abordé de façon plus explicite la question des exportations d'eau en vrac, dont il a ridiculisé les règles actuelles. Il s'est ainsi demandé si c'était «rationnel» de limiter par règlement l'exportation d'eaux embouteillées dans des formats de 20 litres maximum. Quelle logique y a-t-il à autoriser par règlement 500 camions chargés de contenants d'eau de 20 litres et à interdire un seul camion citerne rempli d'eau, sous prétexte qu'il s'agit d'eau en vrac, demande le ministre? Québec a institué par loi en 1999 un moratoire sur l'exportation d'eau en vrac pour deux raisons. Le gouvernement ne voulait pas que les eaux en vrac deviennent des «marchandises» au sens de l'ALENA pour fermer la porte aux exportations massives d'eau potable par camion, par trains et navires et peut-être même par pipeline. Une fois les eaux en vrac devenues une marchandise, Québec ne pourrait plus faire machine arrière et serait, selon plusieurs juristes, et cela même en période de pénurie, obligé de partager ses ressources hydriques avec les intérêts étrangers. Enfin, Québec a voulu limiter les exportations à des formats commerciaux afin que les exploitants ne puissent siphonner la ressource et la transformer en produit commercial ailleurs.

Pour Thomas Mulcair, le débat sur l'exportation d'eau en vrac doit néanmoins être teinté de prudence. Après avoir répondu à un des participants que l'ALENA ne menaçait pas, à son avis, la compétence des gouvernements sur leurs ressources hydriques, le ministre de l'Environnement reconnaît néanmoins l'existence de certains risques à créer le précédent d'exporter en vrac.

«Si une analyse rigoureuse, dit-il, indique qu'on risquerait de se mettre dans une position où en créant le précédent avec toutes les autres règles qui s'ensuivent sur le traitement national, etc., si là, on se rendait compte que ça affecte notre capacité de gérer notre propre ressource, ça ferait partie de notre propre analyse. Jamais on ne se mettrait dans une position où on ne pourrait protéger la ressource.»

Pour le ministre Mulcair, l'ALENA a eu beaucoup d'effets bénéfiques en jetant par terre des barrières qui empêchaient, par exemple, les professionnels d'exercer leur métier partout en Amérique. Les craintes généralement entretenues à l'égard du traité de libre-échange et de ses dispositions environnementales lui apparaissent en général non fondées et il en conclut même qu'il y a eu une «amélioration générale de la situation». Le Québec, dit-il, continuera de profiter de ce forum continental et le fera encore pour se plaindre notamment des émissions polluantes que ses voisins lui envoient par la voie des airs.
 
 
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  • Forest Georges
    Inscrit
    mardi 15 juin 2004 09h15
    Aberration économique!
    Si on veut que l'eau soit un levier économique en région (ou ailleurs), il faut comprendre qu'un camion de 500 bouteilles de 20 litres ne correspond pas à une vente de 10 000 litres d'eau, mais plutôt à une vente d'un produit transformé où la valeur ajoutée sur la matière première est importante pour les économies locales. Excluant les aspects environnementaux (qui peuvent toujours être discutables), l'exportation d'eau en vrac est une aberration économique encore plus importante que l'extraction et l'exportation du fer et titane au du temps de Duplessis, car elle procure encore moins de valeur ajoutée.

  • Daniel Cyr
    Abonné
    mardi 15 juin 2004 10h08
    Jouer à la roulette russe avec notre patrimoine hydrique
    Si le ministre de l'Environnement est prêt à rouvrir la porte aux exportations d'eau, imaginez ce que prépare le ministe du Développement économique derrière les portes closes des officines de Québec. C'est à faire peur! Un ministre de l'Environnement n'a t'il pas le mandat clair de protéger notre patrimoine collectif naturel, pas le mettre aux enchères. En bon ministre de l'Environnement, le principe de précaution devrait être son leitmotiv bien avant celui de la rentabilité économique. Chose certaine, il n'a pas le mandat de jouer au renard dans le poulaillier! Le programme du parti Libéral a été clair à ce sujet - le respect de la politique de l'eau. Pourquoi encore faut-il la remettre en question? Décidément, ce gouvernement est la meilleure girouette que nous ayons eu depuis des lunes!

    Plusieurs juristes nous ont prévenu des dangers de "marchandiser" l'eau dans le contexte de l'ALENA. Nos voisins états-uniens attendent depuis longtemps cette ouverture de nos gouvernements pour installer directement les pipelines, oubliez les camions (!) et ainsi venir siphoner l'eau de nos écosystèmes qui sont totalement tributaires du cycle en place. N'y a t'il pas assez de dossiers chauds sur la table qui nous démontrent clairement que le recul après avoir jouer à l'apprenti sorcier avec ce qui nous reste de nature, est très dur à faire, voire impossible. Il n'y a qu'à penser à la très bien démontrée baisse drastique des stocks de morues, de saumons, maintenant de krill dans le Saint-Laurent, et la liste s'allonge de façon inquiétante.

    Monsieur Mulcair, si vous êtes prêts à jouer ainsi à la roulette russe avec notre eau, êtes-vous prêts à mettre votre tête sur un billot si votre pari fouire devant l'ALENA?

  • Marcel STE-MARIE
    Inscrit
    mardi 15 juin 2004 13h45
    Bravo! Thomas J.
    Enfin quelques principes objectifs dans cette question de l'eau; question toujours teintée d'irrationalité et de mysticisme. Sauf pour le primitif qui utilise les choses comme elles sont ( ressources naturelles d'usage immédiat ), l'être humain a toujours ajouté de son intelligence aux objets naturels pour les améliorer: en prolonger la durée ou en augmenter l'efficacité.

    Ce faisant l'être humain accroît la valeur des objets naturels et fait d'une ressource naturelle d'usage immédiat, un objet de consommation potentiellement libéré de ses limitations spatio-temporelles; tout cela selon le degré d'inventivité qui est le sien et le degré de connaissance technique et scientifique auquel il a su atteindre. On parlera, à ce stade, de ressource naturelle "à valeur ajoutée".

    L'eau n'est plus, depuis longtemps, une ressource naturelle à usage immédiat: ni le creuseur de canaux, ni l'hôtellier, ni le médecin n'ont accepté cet état de choses, offrant ( contre rétribution ) au voyageur, au touriste ou au malade l'eau navigable, minérale ou thermale si nécessaire. En définitive, rien ou très peu de ce qui existe à l'état naturel échappe à ce sort.

    Dans le contexte actuel où la démographie humaine est emballée, il faut se réjouir que tout puisse enfin devenir objet de consommation et que tout soit ressource pour le génie inventif des hommes. Que la consommation se fasse sur une échelle plus ou moins limitée doit relever d' une décision : ou bien le coup de coeur, l'intuition prévaut, comme dans le mysticisme religieux avec ses peurs et ses tabous; ou bien la décision relève des domaines de l' économie et de la politique: dans ce dernier cas, une consommation individuelle, tribale, régionale ou internationale, se détermine par la décision rationnelle qu'il serait avantageux d'agir à telle ou telle échelle et que l'on dispose des moyens technologiques de le faire. Invariablement, cette démarche débouche sur la commercialisation de l'objet naturel en question.

    Or, dans la population, malgré les dogmes démocratiques, il y a ceux qui suivent et ceux qui savent. En général, les gens qui savent ont les outils intellectuels pour tirer le meilleur parti des situations, à leur avantage comme, par ricochet, à l'avantage de ceux qui suivent( en chialant): tout le monde, même les ignorants, bénéficiant des avancées scientifiques et technologiques. Pour preuve: bien que cela n'ait pas été toujours sans dangers( maladies, guerres, bombes, etc.) nous sommes encore ici, vivants, pour en parler.

    Revenant au droit des régions de décider de l'usage des ressources sur leur territoire, c'est la logique la plus authentiquement « libérale » ( dans le sens philosophique du mot) que le ministre Mulclair nous a donné à entendre. Ce droit naturel des régions ( s'approchant du droit individuel au coeur de nos institutions juridiques) est enfin posé comme principe reconnu: ce qui ne manquera pas de faire hérisser le poil à plus d'un de nos écolo-collectivo-fascistes qui continuent de préconiser, en toutes choses et malgré l'évidence servie par l'Histoire de la perversité de cette attitude, la centralisation étatique.

    Bravo, Monsieur le ministre!! Puisse votre Ministère, assiégé, guetté sinon envahi par les néo-mystiques, animistes et primitivistes, anti-progrès, anti-individu, anti-raison en tous genres, continuer son travail intelligent, restant soumis aux impératifs rationnels et aux droits individuels

  • André Wart
    Abonné
    mardi 15 juin 2004 17h10
    Quels intérêts sert Mr. Mulcair?
    Je n'en sais rien mais ce ne sont pas ceux du Québec. La loi de 1999 instituant un moratoire sur l'exportation nous protège bien. Si elle est amendée, cela ouvrira la porte au pillage par les multinationales.

    Une fois l'exportation en vrac mise en route, il n'y a plus de retour possible à cause des réglements de l'Alena. On a vu ce que les gens ont récoltés grâce aux embouteilleurs existants des taxes pour de l'eau du robinet....

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    mardi 15 juin 2004 17h30
    L'eau: une richesse à s'approprier
    Le Québec regorge d'eau, avec son million de lacs et ses centaines de rivières. C'est une richesse collective dont il faut profiter. Une grande partie de cette eau se retrouve éventuellement dans le fleuve, pour ensuite s'évaporer dans le grand cycle de l'eau. Si on vend de l'eau, cette eau sera bue par quelqu'un et retournée à l'environnement.

    Oui à l'exportation d'eau, aux conditions suivantes:
    -maintien de la nappe phréatique à des niveaux convenables
    -permis d'extraction d'eau limités dans le temps,
    -permis d'extraction d'eau accordés contre redevances à l'État du Québec.

    Il faut cesser de faire de l'angélisme mal fonfé et de s'opposer à une exportation intelligente de l'eau. Voilà enfin une source de revenus pour l'État qui ne fait mal à personne, contrairement aux taxes et autres casinos.

    Raymond Saint-Arnaud
    Ile d'Orléans
    15 juin 2004

  • Richard Vaillancourt
    Inscrit
    mardi 15 juin 2004 22h48
    Le dernier des porteurs d'eau.
    Oui, monsieur Thomas Mulcair vient de se trouver une autre mission:livrer l'eau de nos lacs partout à travers le monde! Il s'intéresse aussi à l'énergie de nos rivières au cas où nos voisins du sud en voudraient un peu plus que sa centrale au gaz Le Suroît pourra en produire.

    Ce monsieur Mulcair est surprenant! Il devrait prochainement réinventer la roue! Il lève le nez sur les études existantes et réfléchit. Oui, surprenant et dangereux. Il jongle avec nos richesses naturelles: l'air, l'eau, nos forêts...C'est un démolisseur!

  • Guillaume Bélisle
    Inscrit
    samedi 3 juillet 2004 17h33
    Une évolution? Où donc?
    Plusieurs points sont à clarifier ici je crois bien.

    Premièrement, au sujet du cycle de l'eau. Vous dites que le Québec dispose d'énormes stocks d'eau et que, si on ne touche guère aux nappes phréatiques, le cycle de l'eau fera en sorte que l'eau reviendra naturellement au fleuve. Au contraire, l'eau qui sera utilisée en quelque part fera le cycle de l'eau, mais se déversera dans la bassin hydrographique de l'endroit où elle a été utilisée. Donc, de l'eau utilisée en Louisiane se déversera dans le Mississipi et ainsi de suite, mais ne reviendra jamais au Québec. Voici donc quelques leçons de géographie.

    Le fleuve St-Laurent tire son eau de plusieurs affluents, mais de deux principaux types. Ici j'excluerai l'océan Atlantique, car il s'agit là d'eau salée inutilisable, sauf à forts coûts. Le premier type d'affluents est les différents rivières du Québec qui se jettent au fur et à mesure que le fleuve avance, dans celui-ci. Ces affluents sont toutefois d'une importance moindre que le second type.

    Alimentant le fleuve en grande partie, les Grands Lacs canadiens constituent des espaces fermés. Contenant un bon pourcentage de toute l'eau potable au monde, ils sont une sorte de bassin sans affluents. Autrement dit, l'eau qui s'y trouve est la seule eau qui peut s'y retrouver. Aucune rivière ou fleuve (sauf un petit nombre bénin) ne s'y déverse. Finalement, au delà de St-Foy (Québec), l'eau est salée est provient de l'océan.

    Donc, si nous exportons notre eau, même du fleuve, il y aura deux conséquences fondamentales :

    - Les Grands Lacs commenceront à baisser tranquillement car ils sont la source du St-Laurent. Ainsi, nous nous retrouverons à assécher la partie Sud du Québec (le réseau hydrographique dépendant du St-Laurent).

    - Le niveau de l'océan surpassera, ou égalera plutôt, le niveau des Grands Lacs. Autrement dit, il y aura toujours de l'eau au Nord du St-Laurent, mais elle sera salée, donc inutilisable.

    En somme, certaines régions seront asséchées (on le voit déjà avec la disparition du lac St-Pierre) et d'autre seront détruites par l'eau salée.

    Deuxièmement, l'eau que nous vendrons ira principalement aux États-Unis, car eux-mêmes sont en manque drastique d'eau. Pourquoi? Car les agriculteurs du Mid-West américain ont stupidement asséché la quasi-totalité de leurs nappes phréatiques. Ils désirent donc trouver rapidement de grandes ressources d'eau, à bas prix. D'ailleurs, l'administration Bush avait déjà voulu construire une sorte d'oléoduc venant des États-Unis jusque sous les eskers d'Alma, endroit où l'au est la plus pure au Québec.

    Vendre cette eau aura des répercussion identiques à tous les autres projets néo-libéraux : il y aura une prospérité à court terme, puis au bout de quelques années, on paiera le plein prix des catastrophes écologiques, sociales et médicales.

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