Libre opinion: Des difficultés à devenir architecte au Québec
En réponse à une opinion de M. Jean-Paul Michon, publiée dans Le Devoir du 19 mai 2004
Réjean Gagné - Architecte
15 juin 2004
Au début des années 90, j'ai siégé au conseil d'administration de l'Ordre des architectes du Québec et j'ai représenté l'Ordre au défunt comité tripartite sur la formation. Les questions de formation, d'admission et d'effectif me préoccupaient alors à un point tel que j'entrepris d'étudier le profil du nouvel architecte au Québec.
Comme bien d'autres professions, le droit de pratiquer l'architecture au Québec s'accorde selon les trois exigences suivantes: diplôme de niveau universitaire, stage de formation en milieu de travail, examens d'admission. Les exigences de chacune de ces épreuves étaient relativement simples jusqu'au milieu des années 90.
Malgré cela, pour deux étudiants entreprenant le baccalauréat dans une des trois universités québécoises (Montréal, Laval, McGill) dans les années 80, un seul allait pratiquer l'architecture un jour au Québec.
En fait les conditions de pratique ont commencé à se détériorer après les Jeux olympiques de Montréal au point de devenir médiocres dès 1985. Quoi qu'il en soit, une comparaison des nouveaux architectes d'ici avec leurs collègues néo-québécois montrait le même taux de réussite global moyen à la fin (un architecte pour deux aspirants), avec des variantes (université étrangère ayant délivré le diplôme, profil linguistique), les candidats occidentaux ayant un taux de réussite plus grand que leurs collègues d'ailleurs dans le monde.
À cette époque, une centaine de candidats devenaient membres de l'Ordre par année, dont le quart sur la base d'un diplôme obtenu à l'étranger et reconnu équivalent. En fait, durant les années 1985 à 1995, l'Ordre a admis environ 1000 nouveaux membres, dont 250 candidats diplômés à l'étranger.
Je ne connais pas la situation qui prévalait à l'époque dans les autres corporations professionnelles. Mais je crois qu'un tel groupement, permettant, avec toutes les exigences raisonnables, que le quart de ses nouveaux effectifs proviennent de l'extérieur, pourrait être qualifié de largement ouvert.
Puis vint la longue récession des années 90, qui frappa durement la construction et, forcément, tous ses acteurs. Le drame de M. Michon a été vécu, sous des formes diverses, par tous les membres de la profession, sans égard à leur origine, leur âge, leur sexe. Et plus ils étaient en début de carrière, plus ces difficultés furent déterminantes.
Plusieurs de mes confrères et consoeurs ont traversé cette époque avec de conséquences dramatiques: revenus misérables, fermeture de bureau, recours à toute l'épargne, perte de la maison, divorce, toxicomanies. D'autres sont partis à Toronto, certains pensaient à la France, mais la plupart sont revenus: c'était pareil là-bas. Pas de travail, pas de stage; pas de stage, pas d'examen; et pas de droit de pratique. Ce beau diplôme, national ou équivalent, ne servait à rien.
Je sympathise énormément avec M. Michon. Mais, alors que je constate aujourd'hui qu'il manque une génération sur les chantiers et dans les ateliers des architectes, la reprise étant finalement venue, je suis convaincu que les architectes d'ici, peu importe leur origine, ont subi alors, de manière à peu près égale, les affres des années 90. Et que l'Ordre des architectes ne compte pour rien dans ces malheurs.
La réalité est que la profession d'architecte, pour attrayante qu'elle soit, est très peu coutumière en Amérique du Nord. Au Québec, aujourd'hui, il y a 17 fois plus d'ingénieurs (46 400), 11 fois plus de comptables (29 900), sept fois plus d'avocats (19 800) et six fois plus de médecins (18 200) que d'architectes (2700). Et il semble que cela soit toujours aussi ardu de le devenir.
Comme bien d'autres professions, le droit de pratiquer l'architecture au Québec s'accorde selon les trois exigences suivantes: diplôme de niveau universitaire, stage de formation en milieu de travail, examens d'admission. Les exigences de chacune de ces épreuves étaient relativement simples jusqu'au milieu des années 90.
Malgré cela, pour deux étudiants entreprenant le baccalauréat dans une des trois universités québécoises (Montréal, Laval, McGill) dans les années 80, un seul allait pratiquer l'architecture un jour au Québec.
En fait les conditions de pratique ont commencé à se détériorer après les Jeux olympiques de Montréal au point de devenir médiocres dès 1985. Quoi qu'il en soit, une comparaison des nouveaux architectes d'ici avec leurs collègues néo-québécois montrait le même taux de réussite global moyen à la fin (un architecte pour deux aspirants), avec des variantes (université étrangère ayant délivré le diplôme, profil linguistique), les candidats occidentaux ayant un taux de réussite plus grand que leurs collègues d'ailleurs dans le monde.
À cette époque, une centaine de candidats devenaient membres de l'Ordre par année, dont le quart sur la base d'un diplôme obtenu à l'étranger et reconnu équivalent. En fait, durant les années 1985 à 1995, l'Ordre a admis environ 1000 nouveaux membres, dont 250 candidats diplômés à l'étranger.
Je ne connais pas la situation qui prévalait à l'époque dans les autres corporations professionnelles. Mais je crois qu'un tel groupement, permettant, avec toutes les exigences raisonnables, que le quart de ses nouveaux effectifs proviennent de l'extérieur, pourrait être qualifié de largement ouvert.
Puis vint la longue récession des années 90, qui frappa durement la construction et, forcément, tous ses acteurs. Le drame de M. Michon a été vécu, sous des formes diverses, par tous les membres de la profession, sans égard à leur origine, leur âge, leur sexe. Et plus ils étaient en début de carrière, plus ces difficultés furent déterminantes.
Plusieurs de mes confrères et consoeurs ont traversé cette époque avec de conséquences dramatiques: revenus misérables, fermeture de bureau, recours à toute l'épargne, perte de la maison, divorce, toxicomanies. D'autres sont partis à Toronto, certains pensaient à la France, mais la plupart sont revenus: c'était pareil là-bas. Pas de travail, pas de stage; pas de stage, pas d'examen; et pas de droit de pratique. Ce beau diplôme, national ou équivalent, ne servait à rien.
Je sympathise énormément avec M. Michon. Mais, alors que je constate aujourd'hui qu'il manque une génération sur les chantiers et dans les ateliers des architectes, la reprise étant finalement venue, je suis convaincu que les architectes d'ici, peu importe leur origine, ont subi alors, de manière à peu près égale, les affres des années 90. Et que l'Ordre des architectes ne compte pour rien dans ces malheurs.
La réalité est que la profession d'architecte, pour attrayante qu'elle soit, est très peu coutumière en Amérique du Nord. Au Québec, aujourd'hui, il y a 17 fois plus d'ingénieurs (46 400), 11 fois plus de comptables (29 900), sept fois plus d'avocats (19 800) et six fois plus de médecins (18 200) que d'architectes (2700). Et il semble que cela soit toujours aussi ardu de le devenir.
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