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Un budget bleu

Jean-Robert Sansfaçon   12 juin 2004 
On a beaucoup commenté les déclarations de certains candidats conservateurs sur les questions morales, mais on ne s'est pas arrêté aux propositions de ce parti en matière de fiscalité. Or, si on se fie à la plate-forme rendue publique la semaine dernière, nous sommes loin d'avoir affaire à la réédition de la «révolution du bon sens» de Mike Harris.

Avec la perspective de l'élection d'un gouvernement minoritaire, les engagements conservateurs dans le domaine budgétaire méritent qu'on s'y arrête. Le parti de Stephen Harper étant l'héritier d'un croisement entre deux organisations de droite, personne ne sera surpris de retrouver des propositions, ou des omissions, caractéristiques de la mouvance néolibérale dans la plate-forme conservatrice. Ainsi, on pourra lire de longs passages sur la répression du crime, mais on cherchera en vain quelque projet de bonification de l'assurance-emploi.

Cela étant, la plate-forme conservatrice n'annonce pas de revirement radical en matière de financement de la santé et des programmes sociaux, de transferts aux individus ou aux provinces. Si les conservateurs étaient portés au pouvoir, il y aurait bien quelques baisses d'impôt, mais elles seraient plutôt modestes — à peine 1,6 milliard l'an prochain pour tout le pays — et concentrées dans la classe moyenne. Aux ménages à revenu modeste, on promet d'accroître de 25 % leur crédit de TPS. Par ailleurs, on s'engage aussi à éliminer la partie de cette taxe calculée sur l'autre taxe fédérale sur l'essence et de l'éliminer complètement sur la portion du prix de l'essence qui dépasse les 85 ¢ le litre. Le genre de bonbon électoral un peu bête mais sans conséquence.

Pour les familles, les conservateurs s'engagent à rétablir une déduction fiscale de 2000 $ par enfant, une mesure d'équité que les libéraux avaient abolie au profit de crédits d'impôt réservés aux seules familles à revenu inférieur à la moyenne. Dans le dossier de l'assurance-emploi, on entend réduire les cotisations afin d'éliminer les excédents annuels qui, sous les libéraux, ont servi à mille autres fins politiques que le financement du régime.

Les entreprises auraient aussi droit à une baisse d'impôt de un milliard la première année, mais seulement à partir de 2006-07 et financée en totalité par une réduction des subventions deux fois plus importante.

En somme, les conservateurs ne nous disent peut-être pas tout, mais ce qu'ils s'engagent à faire en matière fiscale se limite à corriger certains excès des libéraux. Si un gouvernement Harper respecte ses promesses, les contribuables canadiens paieront 16,5 milliards de moins par année dans quatre ans, mais compte tenu de la croissance prévue des revenus de 38 milliards cette même année, vaut mieux une baisse d'impôt qu'une hausse équivalente des dépenses fédérales! D'autant que, loin de diminuer, ces dépenses fédérales auront quand même suivi une pente ascendante évaluée à 3 % par année à cause des engagements en santé et en défense. Ce qui est moins que la moyenne de 7 % enregistrée par les libéraux au cours des quatre dernières années, mais qui s'en plaindra?

D'un point de vue québécois, la plate-forme conservatrice fait peu de place à une correction structurelle du déséquilibre fiscal, mais les engagements à réduire les impôts, à ralentir la croissance des dépenses et à éliminer les scandaleux excédents budgétaires devraient freiner l'ardeur du gouvernement fédéral à vouloir s'immiscer dans les programmes de compétence provinciale. De cela aussi, qui osera se plaindre?
 
 
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