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Sommet du G8 - Washington et Paris s'affrontent sur l'«otanisation» de l'Irak

Associated Press   10 juin 2004 
Photo de famille au sommet du G8: le premier ministre turc Recet Erdogan, le Yéménite Abdoul-Qader Baggamal, le Japonais Junichiro Koizumi, le président Bush, son homologue afghan Hamid Karzai, le roi de Jordanie Abdoullah II ben Hussein, le premier m
Photo : Agence Reuters
Photo de famille au sommet du G8: le premier ministre turc Recet Erdogan, le Yéménite Abdoul-Qader Baggamal, le Japonais Junichiro Koizumi, le président Bush, son homologue afghan Hamid Karzai, le roi de Jordanie Abdoullah II ben Hussein, le premier m
Sea Island, Géorgie — Les chefs d'État et de gouvernement du G8 réunis à Sea Island ont consacré hier leur journée de travail aux dossiers de l'économie et du «Grand Moyen-Orient» (GMO), initiative que Washington a fait approuver, mais dans une version allégée. Mais c'est l'Irak qui a une nouvelle fois dominé les débats au lendemain du vote à l'ONU de la résolution sur le transfert de souveraineté.

Fort de l'adoption à l'unanimité du texte américano-britannique, George W. Bush a dit envisager un rôle plus important pour l'OTAN dans l'Irak de l'après-30 juin, marquant ainsi ce qui sera son prochain objectif lors du sommet de l'Alliance atlantique, à la fin du mois à Istanbul.

Le Canada «sera là» si l'OTAN est invitée à intervenir davantage en Irak, mais sa participation se bornera à un apport d'«expertise» car les troupes canadiennes sont déjà mobilisées en Afghanistan et en Haïti, a dit le premier ministre Paul Martin hier.

«On est membre de l'OTAN et on est certainement prêt à accepter nos responsabilités, a indiqué M. Martin. Il y a un nouveau gouvernement en Irak. C'est à ce gouvernement d'évaluer la situation puis de faire cette demande. Évidemment, si le nouveau gouvernement irakien devait demander une intervention plus grande de l'OTAN, je suis sûr que tous les membres seraient prêts à examiner» cette requête, a estimé M. Martin.

«Si cela prenait une forme de participation d'expertise à l'intérieur de l'OTAN, on pourrait le faire, mais [actuellement], on n'a pas les troupes disponibles à envoyer», a-t-il ajouté, rappelant l'engagement du Canada en Haïti et en Afghanistan.

De son côté, le président français Jacques Chirac est monté au créneau pour s'opposer à la stratégie américaine dans l'Irak d'après-guerre. M. Chirac a nettement marqué ses divergences avec le président américain George W. Bush sur les moyens de stabiliser l'Irak et de reconstruire le pays, toujours plongé dans la violence.

«Je ne crois pas qu'il soit dans la vocation de l'OTAN d'intervenir en Irak. De surcroît, je n'ai pas le sentiment que ce serait opportun, ni même forcément bien compris», a déclaré M. Chirac lors d'une conférence de presse. La France considère qu'une «otanisation» de l'Irak risquerait d'aggraver le sentiment chez les Irakiens d'une guerre entre l'Occident et le monde musulman.

Hôte du sommet, le président Bush a présenté à ses partenaires du G8 le nouveau président du gouvernement transitoire irakien, Ghazi al-Yaouar, invité à Sea Island. «Je n'aurais jamais pensé il y a un an et demi que je serais assis à côté du président irakien d'un pays libre. Et vous voilà», a-t-il déclaré lors d'une séance de photos avec le responsable irakien avant un entretien en tête à tête. De son côté, Ghazi al-Yaouar a promis de faire avancer son pays vers la démocratie. «Nous avançons à pas réguliers vers elle», a-t-il assuré.

Mais le dossier du jour — et aussi du sommet maintenant que la résolution sur l'Irak est passée — était le «GMO». C'est avec les dirigeants des pays invités originaires d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient que le thème a été abordé. Reste que le Maroc, l'Arabie Saoudite et l'Égypte ont décliné l'invitation de Washington sur ce dossier qui fâche.

Le président Jacques Chirac, qui, au cours d'une conférence de presse, a mis l'accent sur la nécessité de régler les conflits au Proche-Orient comme tout «préalable», a rappelé le soutien de la France à la feuille de route et l'hypothèse de l'envoi au Proche-Orient d'une force de paix internationale. «La réforme ne se décrète pas de l'extérieur. Elle s'accomplit à l'intérieur. Les valeurs imposées ne s'assimilent jamais. Elles gardent toujours le goût de l'humiliation», a-t-il déclaré au cours du déjeuner avec les dirigeants invités, selon le document de travail rendu public par l'Élysée.

Les États-Unis ont tenté de convaincre le G8 de procéder à une annulation massive de la dette irakienne, mais derrière leurs déclarations optimistes, les grandes puissances semblaient toujours loin d'être d'accord sur l'ampleur des sommes à oublier. Certes, les dirigeants se disent tous prêts à renoncer à une partie de leurs créances, mais ils ne font pas tous preuve de la même générosité. D'un côté, les Américains — auxquels Bagdad ne doit pas grand-chose — plaident en faveur d'une annulation de 80 à 90 % de la dette irakienne qui, en accumulant les intérêts depuis plus de 20 ans, a grimpé aujourd'hui autour de 120 milliards de dollars.

Français et Allemands ne sont prêts à tirer un trait que sur la moitié des sommes dues par Bagdad. Les Russes pousseraient jusqu'aux deux tiers. Les Japonais sont restés muets jusqu'ici sur l'ampleur de l'effort qu'ils consentiraient à faire, et seuls les Canadiens, toujours vertueux, ont déjà dit qu'ils annuleraient la totalité de leurs créances qui, il est vrai, ne totalisent que 750 millions $US.
 
 
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