L'argent des autres
Jean-Robert Sansfaçon
9 juin 2004
Année après année, les rapports de nos vérificateurs généraux sont toujours aussi déprimants. Cette fois, c'est le précédent gouvernement du Québec qui est mis en cause dans deux dossiers majeurs: la SGF et le prolongement du métro vers Laval. À croire qu'une fois élus, tous les politiciens oublient que chaque dollar dépensé provient du travail acharné des hommes et des femmes qui leur ont fait confiance.
Entre 1998 et 2002, alors qu'elle était dirigée par Claude Blanchet, la Société générale de financement a engagé 2,3 milliards de fonds publics dans 221 projets totalisant 10,6 milliards d'investissements. En autorisant ainsi la «super SGF» à s'associer à des partenaires privés, le gouvernement du Parti québécois cherchait à attirer chez nous des entreprises en leur offrant une participation minoritaire susceptible de réduire leur risque. Dans plusieurs cas, ce fut un succès, dans d'autres, pas. Les aventures de la Gaspésia, par exemple, du Technodôme ou de Mosel Vitelic, sont autant d'exemples d'échecs parfois coûteux.
Cela dit, le travail de la vérificatrice ne visait pas à déterminer si la SGF avait fait de bons investissements, mais simplement si elle avait fait preuve d'une saine gestion. Or, dans une majorité de dossiers étudiés, la direction de la SGF n'aurait pas respecté ses propres règles d'appels d'offres pour des services professionnels. Elle n'a pas, non plus, assuré le suivi nécessaire des coûts de ces études et, dans certains cas, elle aurait omis de fournir toute l'information pertinente à une prise de décisions éclairée par le conseil. De là à conclure que certaines des décisions d'investissements aient pu être prises à l'aveuglette, il n'y a qu'un pas que la vérificatrice n'hésite pas à franchir.
Au chapitre de la rémunération de ses cadres, la vérificatrice reproche à la SGF d'avoir mis en application une politique qui insistait trop sur l'objectif d'investir le plus d'argent possible et pas assez sur leur rentabilité. La SGF a versé des primes atteignant 50 % de la rémunération de base à ses 14 cadres supérieurs, malgré le fait qu'elle enregistrait des déficits et que certains projets récompensés ne voyaient jamais le jour. Cela expliquerait-il qu'on ait tant dépensé pour des projets gigantesques mais peu crédibles, tel Mosel Vitelic (trois milliards)? Cela expliquerait-il aussi l'insistance des hauts dirigeants à obtenir de plus en plus de fonds du gouvernement pour l'avenir?
Dans le dossier du métro de Laval, là aussi le constat de la vérificatrice générale est désastreux. Adopté à la hâte et sans études suffisantes, le projet de prolongement du métro coûtera 809 millions au lieu des 179 prévus il y a six ans. Comment est-il possible qu'un gouvernement entier, ses ministres, leurs sous-ministres et toute la direction de l'Agence métropolitaine de transport aient pu ainsi laisser filer la facture sans remise en cause? Pourtant, nous dit aujourd'hui l'AMT, on savait que le métro de Toronto avait coûté beaucoup plus cher du kilomètre que les premières estimations faites pour Montréal ne le laissaient voir. L'Agence ne voulait même pas de ce projet, alors pourquoi ce jeu de cache-cache?
Pourquoi, sinon parce que le gouvernement lui-même ne voulait rien entendre qui puisse l'amener à renier une promesse?
Ces rapports aussi sérieux qu'accablants à l'endroit du gouvernement du Parti québécois laisseront des cicatrices. D'ici aux prochaines élections, le parti ne pourra pas faire l'économie d'une remise en question de l'équipe qui a dirigé le Québec pendant deux mandats consécutifs.
jrsansfacon@ledevoir.ca
Entre 1998 et 2002, alors qu'elle était dirigée par Claude Blanchet, la Société générale de financement a engagé 2,3 milliards de fonds publics dans 221 projets totalisant 10,6 milliards d'investissements. En autorisant ainsi la «super SGF» à s'associer à des partenaires privés, le gouvernement du Parti québécois cherchait à attirer chez nous des entreprises en leur offrant une participation minoritaire susceptible de réduire leur risque. Dans plusieurs cas, ce fut un succès, dans d'autres, pas. Les aventures de la Gaspésia, par exemple, du Technodôme ou de Mosel Vitelic, sont autant d'exemples d'échecs parfois coûteux.
Cela dit, le travail de la vérificatrice ne visait pas à déterminer si la SGF avait fait de bons investissements, mais simplement si elle avait fait preuve d'une saine gestion. Or, dans une majorité de dossiers étudiés, la direction de la SGF n'aurait pas respecté ses propres règles d'appels d'offres pour des services professionnels. Elle n'a pas, non plus, assuré le suivi nécessaire des coûts de ces études et, dans certains cas, elle aurait omis de fournir toute l'information pertinente à une prise de décisions éclairée par le conseil. De là à conclure que certaines des décisions d'investissements aient pu être prises à l'aveuglette, il n'y a qu'un pas que la vérificatrice n'hésite pas à franchir.
Au chapitre de la rémunération de ses cadres, la vérificatrice reproche à la SGF d'avoir mis en application une politique qui insistait trop sur l'objectif d'investir le plus d'argent possible et pas assez sur leur rentabilité. La SGF a versé des primes atteignant 50 % de la rémunération de base à ses 14 cadres supérieurs, malgré le fait qu'elle enregistrait des déficits et que certains projets récompensés ne voyaient jamais le jour. Cela expliquerait-il qu'on ait tant dépensé pour des projets gigantesques mais peu crédibles, tel Mosel Vitelic (trois milliards)? Cela expliquerait-il aussi l'insistance des hauts dirigeants à obtenir de plus en plus de fonds du gouvernement pour l'avenir?
Dans le dossier du métro de Laval, là aussi le constat de la vérificatrice générale est désastreux. Adopté à la hâte et sans études suffisantes, le projet de prolongement du métro coûtera 809 millions au lieu des 179 prévus il y a six ans. Comment est-il possible qu'un gouvernement entier, ses ministres, leurs sous-ministres et toute la direction de l'Agence métropolitaine de transport aient pu ainsi laisser filer la facture sans remise en cause? Pourtant, nous dit aujourd'hui l'AMT, on savait que le métro de Toronto avait coûté beaucoup plus cher du kilomètre que les premières estimations faites pour Montréal ne le laissaient voir. L'Agence ne voulait même pas de ce projet, alors pourquoi ce jeu de cache-cache?
Pourquoi, sinon parce que le gouvernement lui-même ne voulait rien entendre qui puisse l'amener à renier une promesse?
Ces rapports aussi sérieux qu'accablants à l'endroit du gouvernement du Parti québécois laisseront des cicatrices. D'ici aux prochaines élections, le parti ne pourra pas faire l'économie d'une remise en question de l'équipe qui a dirigé le Québec pendant deux mandats consécutifs.
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