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Québec élimine les subventions au patrimoine religieux

Stéphane Baillargeon   8 juin 2004 
Les édifices religieux font la quête, mais Québec ne donne plus. Le gouvernement Charest n'accordera aucune subvention cette année au programme de Soutien à la restauration du patrimoine religieux, selon les informations obtenues par Le Devoir.

Ce programme, administré par la Fondation du patrimoine religieux (FPR), un organisme multiconfessionnel, a distribué près de 135 millions depuis 1996, toujours pour réaliser des travaux de restauration d'églises ou de synagogues de la province. Les libéraux ont comprimé les budgets de la Fondation dès leur première année de pouvoir, en ne lui accordant que 11,4 millions en 2003-2004, par rapport à quelque 20 millions l'année précédente. Pire, Québec n'a remis à la FPR que la moitié des sommes promises, même si l'année budgétaire est terminée depuis plus de deux mois.

La ministre de la Culture, Line Beauchamp, a distribué 6,4 millions l'an dernier, dont trois millions pour la seule cathédrale de Valleyfield.

Le diocèse de Montréal n'a reçu que 494 000 $ de cette enveloppe réduite. L'argent n'a permis d'ouvrir qu'un seul chantier dans la métropole, pour la restauration partielle de la toiture de l'église polonaise St. Michael's, à l'intersection Saint-Urbain et Saint-Viateur. La toiture très endommagée n'était plus assurée depuis trois ans. Le demi-million ne couvrira que la moitié des réparations nécessaires.

La porte-parole du ministère de la Culture et des Communications évoque «l'état des finances publiques» pour justifier les choix budgétaires. Elle rappelle que le service de la dette accaparera bientôt un dollar sur cinq du budget annuel du ministère. «Le problème est exponentiel», dit Isabelle Melançon.

Les besoins aussi. Le programme triennal (2003-2004-2005) de la Fondation évalue à près de 172 millions les travaux urgents à réaliser dans les églises ou les ensembles conventuels du Québec. Et encore, il ne s'agit que de colmater les brèches, refaire les toitures ici, éviter que les murs ne s'écroulent là.

«Il ne s'agit pas de caprice de décorateur, dit l'abbé Claude Turmel, secrétaire de la FPR. On parle de problèmes graves qui peuvent parfois mettre en danger les occupants ou les utilisateurs de ces lieux. [...] Vous me donneriez cent millions que je les dépenserais en deux ans très facilement, et toujours pour des travaux nécessaires.»

Les besoins montréalais établis par la Fondation totalisaient 68 millions pour trois ans. Les lieux de culte de la Capitale nationale et ceux de la région Chaudière-Appalache réclamaient 20,3 millions chacun. Suivaient par ordre d'importance budgétaire la Montérégie (17,8 millions), la Rive-Nord (Laval-Laurentides, Lanaudière, Outaouais, pour 13,5 millions) et Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine (7,4 millions).

Pas moins de 74 projets ont été recensés à Montréal, dont le tiers concerne des lieux de toutes confessions et traditions de valeur jugée «exceptionnelle». Dans le lot catholique, il faut par exemple refaire la toiture de la Basilique Notre-dame (3 millions), l'intérieur et l'extérieur de la Cathédrale Marie-Reine-du-Monde (4,8 millions) et retoucher la maçonnerie, la toiture, le système électrique et le clocher de l'église Immaculée-Conception (2,4 millions).

Les anglicans doivent restaurer l'intérieur de la Cathédrale Christ Church (682 000 $) de même que la maçonnerie, l'orgue et les vitraux de St. George's (1 million). L'Église Unie a 3,5 millions de travaux impératifs en plan, l'Église orthodoxe environ 1,9 million, les Presbytériens 140 000 $ (seulement!). Le temple des Adventistes du 7e jour de Westmount a déposé des demandes d'aide de 550 000 $, et il faudrait presque autant pour refaire l'électricité et les murs intérieurs de la synagogue Temple Solomon de Montréal.

«St. Michael's, c'était notre cas majeur, dit l'abbé Turmel, Il y en a d'autres. La toiture d'Immaculée-Conception attend depuis vingt ans. La maçonnerie de façade menace de s'écrouler. Même chose à Sainte-Madeleine d'Outremont. Les besoins sont les mêmes à Québec et, en fait, presque partout.»

Du côté des communautés religieuses, la Fondation a recensé huit chantiers, touchant l'Oratoire Saint-Joseph, le couvent Sainte-Anne, la Maison mère des Soeurs-Grises, le Grand Séminaire, Notre-Dame-de-Lourdes, le Séminaire Saint-Sulpice, la maison Villa Maria et la permanence des Hospitalières de Saint-Joseph. Le plan triennal d'intervention sur ces lieux qui ont tous reçu la cote A (pour «valeur exceptionnelle») nécessiterait environ six millions.

La Fondation multiplie les pressions sur les élus depuis quelques mois. L'abbé Turmel a rencontré Monique Jérôme-Forget, présidente du Conseil du trésor. Il sollicite des députés, des ministres, bref, il s'active pour faire comprendre l'urgence de la situation. «Si l'État se retire complètement, ce sera une catastrophe, dit le secrétaire de la FPR. Les communautés religieuses ne peuvent faire face seules à la situation. Sans intervention, à courte échéance, d'ici cinq ans, certains lieux vont disparaître.»

Il donne l'exemple de l'église Saint-Jean-Baptiste, sur le plateau Mont-Royal, où se déroulaient récemment les funérailles du comédien Serge Turgeon. La Fondation y a injecté 1,4 million en cinq ans, mais il faut encore refaire la toiture, la fenestration et un peu de maçonnerie. «Si on abandonne le chantier, les dégâts seront irréparables d'ici cinq ans. C'est pareil pour St. Michael's: à quoi bon réaliser la moitié de la toiture, si on laisse l'autre moitié couler.»

Il faudrait de l'argent, même pour démolir ces cathédrales de pierre. La vente éventuelle de ces édifices nécessite aussi des études qui coûtent cher et appellent l'intervention de l'État. «Les systèmes électriques de 95 % des lieux de culte datent de plus de 50 ans, souvent de la construction même, dit Claude Turmel. Ces édifices ne respectent pas les règles de sécurité. Le programme administré par la Fondation a permis de sauver des dizaines d'églises. Il en reste encore beaucoup à sauver.»






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