Froide résolution
Serge Truffaut
8 juin 2004
Dans les jours antérieurs aux célébrations consacrées au débarquement du 6 juin 1944, la Maison-Blanche espérait que l'impasse sur le dossier irakien serait levée à la faveur des rencontres au sommet favorisées par cet événement. Lors de la conférence de presse des présidents Bush et Chirac, plus d'un observateur a noté que l'évocation de «la précarité» en Irak par le second avait quelque peu irrité le premier. Au point que celui-ci mit un terme à la conférence. Mais bon, ici et là on croyait que les ressorts de l'alliance prendraient le dessus.
L'espace de vingt-quatre heures, on a d'ailleurs cru que le discours prononcé par Chirac au lendemain de cet épisode symbolisait le réchauffement des relations entre ces deux chefs d'État. On tablait là-dessus jusqu'à ce qu'on apprenne que les représentants de l'Allemagne, de la Chine, de la Russie et évidemment de la France avaient exigé des précisions sur la résolution composée et présentée aux membres du Conseil de sécurité de l'ONU par le duo américano-britannique.
L'ambassadeur de France au premier chef avait indiqué le souhait de son pays que la force multinationale soit assujettie au gouvernement irakien. En clair, il demandait qu'un droit de veto soit accordé au gouvernement provisoire à compter du 30 juin. Ce diplomate ainsi que plusieurs de ses confrères souhaitaient, et souhaitent toujours, que la souveraineté de l'Irak soit pleine et entière. On avançait cette idée en insistant sur le fait que le casse-tête auquel sont confrontés ceux qui siègent au sein du Conseil de sécurité devait être résolu. D'autant plus que les membres de cette instance sont appelés à reconnaître un gouvernement qui, dans les faits, a été coopté. Qui est loin en tout cas de la formulée articulée par l'ONU.
Parallèlement à cette négociation de la dernière heure, le secrétaire d'État Colin Powell et le premier ministre irakien Iyad Allaoui ont conclu un marché. Afin de satisfaire le désir de l'administration Bush d'interdire toute subordination du contingent américain à une autorité étrangère et afin également que ces forces épaulent le futur gouvernement dans ses efforts de sécurisation de l'Irak, ces deux parties ont élaboré un nouveau amendement.
Selon l'échange de lettres entre Allaoui et Powell, une «instance de coordination» avec la force multinationale sera créée. Celle-ci permettra aux militaires de disposer d'une large marge de manoeuvre passablement éloignée de ce que voulait l'Élysée. Si la Maison-Blanche se dit prête à collaborer avec les Irakiens, elle s'est gardée de lâcher trop de corde. Qu'on se le dise, la force multinationale doit «rester prête à assumer une large variétés de tâches.»
Conséquemment à tout le remue-ménage diplomatique observé ces deux derniers jours, l'amendement de la France n'a pas été retenu. En lieu et place, c'est bel et bien la solution américaine qui a été inscrite dans le texte sur lequel aujourd'hui chacun des membres du Conseil devra voter. En l'état actuel des choses, il est fort probable que la résolution sera adoptée. Il est en tout cas certain qu'aucun veto ne sera brandi. Il est tout aussi certain qu'il y aura des abstentions. Bref, l'humeur des grands de ce monde est tiède.
L'espace de vingt-quatre heures, on a d'ailleurs cru que le discours prononcé par Chirac au lendemain de cet épisode symbolisait le réchauffement des relations entre ces deux chefs d'État. On tablait là-dessus jusqu'à ce qu'on apprenne que les représentants de l'Allemagne, de la Chine, de la Russie et évidemment de la France avaient exigé des précisions sur la résolution composée et présentée aux membres du Conseil de sécurité de l'ONU par le duo américano-britannique.
L'ambassadeur de France au premier chef avait indiqué le souhait de son pays que la force multinationale soit assujettie au gouvernement irakien. En clair, il demandait qu'un droit de veto soit accordé au gouvernement provisoire à compter du 30 juin. Ce diplomate ainsi que plusieurs de ses confrères souhaitaient, et souhaitent toujours, que la souveraineté de l'Irak soit pleine et entière. On avançait cette idée en insistant sur le fait que le casse-tête auquel sont confrontés ceux qui siègent au sein du Conseil de sécurité devait être résolu. D'autant plus que les membres de cette instance sont appelés à reconnaître un gouvernement qui, dans les faits, a été coopté. Qui est loin en tout cas de la formulée articulée par l'ONU.
Parallèlement à cette négociation de la dernière heure, le secrétaire d'État Colin Powell et le premier ministre irakien Iyad Allaoui ont conclu un marché. Afin de satisfaire le désir de l'administration Bush d'interdire toute subordination du contingent américain à une autorité étrangère et afin également que ces forces épaulent le futur gouvernement dans ses efforts de sécurisation de l'Irak, ces deux parties ont élaboré un nouveau amendement.
Selon l'échange de lettres entre Allaoui et Powell, une «instance de coordination» avec la force multinationale sera créée. Celle-ci permettra aux militaires de disposer d'une large marge de manoeuvre passablement éloignée de ce que voulait l'Élysée. Si la Maison-Blanche se dit prête à collaborer avec les Irakiens, elle s'est gardée de lâcher trop de corde. Qu'on se le dise, la force multinationale doit «rester prête à assumer une large variétés de tâches.»
Conséquemment à tout le remue-ménage diplomatique observé ces deux derniers jours, l'amendement de la France n'a pas été retenu. En lieu et place, c'est bel et bien la solution américaine qui a été inscrite dans le texte sur lequel aujourd'hui chacun des membres du Conseil devra voter. En l'état actuel des choses, il est fort probable que la résolution sera adoptée. Il est en tout cas certain qu'aucun veto ne sera brandi. Il est tout aussi certain qu'il y aura des abstentions. Bref, l'humeur des grands de ce monde est tiède.
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