Libre opinion: Avortement, l'inquiétante ambiguïté des conservateurs
Lucie Pépin - Sénateure, ex-présidente du Conseil consultatif canadien sur la situation de la femme
8 juin 2004
Monsieur Harper, à l'instar de bon nombre de Québécoises qui ont consacré plusieurs années de leur vie pour assurer aux femmes un accès sûr et légal à la contraception et à l'avortement, j'ai été renversée d'apprendre que vous seriez favorable à l'introduction d'un projet de loi privé prohibant l'interruption de grossesse. Ma déception est grande de vous entendre cautionner la réouverture d'un tel débat; un débat dépassé sur un droit que les femmes considèrent comme acquis depuis longtemps.
L'ambiguïté de votre position et celle de votre parti sur l'avortement est inquiétante et démontre une irresponsabilité totale. Il est en effet incompréhensible que vous songiez à recriminaliser l'avortement.
La remise en question du droit à l'interruption de grossesse signifie l'anéantissement de près de 40 années d'efforts collectifs. J'aimerais vous rappeler que la décriminalisation des choix en matière de reproduction n'a pas été obtenue par chance. Elle a été acquise, de haute lutte et avec passion, par des femmes déterminées de partout au Canada. Nous avons travaillé sans relâche pour que les Québécoises et Canadiennes puissent bénéficier d'un plus haut niveau d'acceptation, de liberté et d'égalité.
Je souhaiterais également vous rappeler que l'amendement du Code criminel en 1969, qui a irrévocablement changé nos vies en permettant l'avortement thérapeutique avec l'approbation d'un comité, n'a pas été la fin de nos peines. Nos démarches ont donc recommencé dans les années 70 et 80 afin que l'interruption de grossesse soit entièrement décriminalisée.
À notre plus grand bonheur, l'adoption de la Charte des droits et libertés en 1982 a radicalement changé l'attitude du Canada à l'égard de l'avortement. Il n'était plus seulement question d'acte médical et de décision du médecin, mais aussi du droit des femmes au libre choix. De plus, en 1988, la Cour suprême du Canada a invalidé la loi sur l'avortement, la déclarant inconstitutionnelle.
Cette décision judiciaire ne nous fit pas pour autant voir le bout du tunnel. Nous avons encore dû travailler ardemment au début des années 90 pour protester contre des projets de loi fédéraux et provinciaux. Enfin, depuis le rejet du projet de loi C-43 par le Sénat en 1991, l'avortement est décriminalisé. L'interruption de grossesse est donc acceptée. Cette nouvelle liberté a servi de tremplin pour les nombreuses autres libertés qui ont métamorphosé le rôle des femmes dans notre société.
Monsieur Harper, j'espère vous avoir convaincu de mettre définitivement un terme à ce débat irresponsable. Vous y parviendrez à coup sûr en disant ouvertement et sans nuance votre ferme opposition à un quelconque changement de loi sur l'interruption de grossesse. C'est seulement en adoptant une telle attitude que vous pourriez nous démontrer que vous n'oeuvrez pas à saboter la longue marche des femmes vers l'égalité, encore moins à anéantir les acquis que nous avons si difficilement obtenus.
L'ambiguïté de votre position et celle de votre parti sur l'avortement est inquiétante et démontre une irresponsabilité totale. Il est en effet incompréhensible que vous songiez à recriminaliser l'avortement.
La remise en question du droit à l'interruption de grossesse signifie l'anéantissement de près de 40 années d'efforts collectifs. J'aimerais vous rappeler que la décriminalisation des choix en matière de reproduction n'a pas été obtenue par chance. Elle a été acquise, de haute lutte et avec passion, par des femmes déterminées de partout au Canada. Nous avons travaillé sans relâche pour que les Québécoises et Canadiennes puissent bénéficier d'un plus haut niveau d'acceptation, de liberté et d'égalité.
Je souhaiterais également vous rappeler que l'amendement du Code criminel en 1969, qui a irrévocablement changé nos vies en permettant l'avortement thérapeutique avec l'approbation d'un comité, n'a pas été la fin de nos peines. Nos démarches ont donc recommencé dans les années 70 et 80 afin que l'interruption de grossesse soit entièrement décriminalisée.
À notre plus grand bonheur, l'adoption de la Charte des droits et libertés en 1982 a radicalement changé l'attitude du Canada à l'égard de l'avortement. Il n'était plus seulement question d'acte médical et de décision du médecin, mais aussi du droit des femmes au libre choix. De plus, en 1988, la Cour suprême du Canada a invalidé la loi sur l'avortement, la déclarant inconstitutionnelle.
Cette décision judiciaire ne nous fit pas pour autant voir le bout du tunnel. Nous avons encore dû travailler ardemment au début des années 90 pour protester contre des projets de loi fédéraux et provinciaux. Enfin, depuis le rejet du projet de loi C-43 par le Sénat en 1991, l'avortement est décriminalisé. L'interruption de grossesse est donc acceptée. Cette nouvelle liberté a servi de tremplin pour les nombreuses autres libertés qui ont métamorphosé le rôle des femmes dans notre société.
Monsieur Harper, j'espère vous avoir convaincu de mettre définitivement un terme à ce débat irresponsable. Vous y parviendrez à coup sûr en disant ouvertement et sans nuance votre ferme opposition à un quelconque changement de loi sur l'interruption de grossesse. C'est seulement en adoptant une telle attitude que vous pourriez nous démontrer que vous n'oeuvrez pas à saboter la longue marche des femmes vers l'égalité, encore moins à anéantir les acquis que nous avons si difficilement obtenus.
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