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Duceppe démolit la plate-forme du PC

Alec Castonguay   6 juin 2004 21h48 
Sept-Îles — Pour l’une des rares fois depuis le début de la campagne, Gilles Duceppe a haussé le ton et a critiqué sans détour le Parti conservateur hier, passant sa plate-forme électorale à la moulinette. Le chef bloquiste est même allé jusqu’à douter de la sincérité du PC lorsqu’il dit vouloir corriger le déséquilibre fiscal, ce qui constitue pourtant le point commun le plus important entre les deux partis.

Samedi, le PC a rendu publics les derniers éléments de son programme électoral. Si le Parti conservateur reconnaît l’existence du déséquilibre fiscal et dit vouloir le corriger, aucune mesure concrète n’apparaît dans la plate-forme de 45 pages. «J’ai été déçu, a lancé Gilles Duceppe. Il n’y a rien que des mots là-dedans. Qu’il nous prouve qu’il veut le régler. Qu’il chiffre ses intentions comme nous le faisons au Bloc.»
Sur ce point, Gilles Duceppe estime que les libéraux et les conservateurs ont la même position, une première dans la présente campagne. «C’est quoi la différence entre ne pas reconnaître le déséquilibre fiscal [comme les libéraux] et le reconnaître si, concrètement, on ne fait rien pour l’éliminer?»
Le déséquilibre fiscal étant un sujet qui rallie habituellement les deux partis depuis plusieurs années, il ne reste guère de points communs entre le Bloc et le PC.
Les alliances, mêmes ponctuelles, entre le Bloc et le parti de Stephen Harper paraissent plus improbables que jamais. En fait, Gilles Duceppe a démoli toutes les propositions du PC sans pouvoir en souligner une seule qui mette son parti sur la même longueur d’ondes.
«Il y a plusieurs choses avec lesquelles nous sommes fondamentalement en désaccord», a-t-il dit avant d’énumérer rapidement ce qui ne lui plaisait pas dans le programme de son adversaire. Le refus d’adhérer au Protocole de Kyoto et le redéploiement de l’argent destiné à sa mise en oeuvre vers d’autres applications; les normes nationales obligatoires en santé pour que les provinces touchent l’argent d’Ottawa; l’absence de cadre financier pour bonifier la péréquation; le refus d’appuyer concrètement les énergies renouvelables, etc.
Dans le cas de l’assurance-emploi, Gilles Duceppe estime «qu’il n’y a rien pour résoudre le problème». «[Les conservateurs] veulent baisser les cotisations, mais il n’y a rien pour retourner aux travailleurs les 45 milliards de dollars qui ont été détournés, a-t-il soutenu. Il n’y a rien pour faire en sorte que le programme serve vraiment à ce pour quoi il a été créé.»
Stephen Harper a également mis en avant un droit de retrait avec pleine compensation financière des programmes fédéraux pour les provinces. Autre critique de la part de Gilles Duceppe: «Quand on lit la plate-forme, on se rend compte qu’ils [les conservateurs] parlent dans le cas de programmes existants. S’il s’agit d’un nouveau domaine où le fédéral intervient et que les provinces veulent mettre en place leur programme en même temps, il y aurait des conditions à respecter et des normes nationales à suivre. Ce n’est pas le retrait avec pleine compensation dans tous les cas. Il n’y a pas de différence en cela avec les gouvernements passés, qu’ils soient libéraux ou conservateurs. Ça ne correspond pas à nos demandes.»
Gilles Duceppe a aussi décoché quelques flèches à l’endroit des libéraux. Concédant que les programmes conservateur et libéral étaient différents sur plusieurs points, il a toutefois mis en exergue les prises de position semblables des deux formations. «Sur le bouclier anti-missile, ils disent la même chose. Sur la Loi contre les jeunes contrevenants, les deux sont sur le même “enlignement”. Sur les normes nationales obligatoires en santé, on voit que les deux sont pareils. Sur le mariage gai, les libéraux étaient bien contents de nous avoir, parce qu’il y a une bonne partie de leurs députés qui ont voté comme les conservateurs.»
Selon lui, le Parti libéral se cache sous un couvert progressiste en campagne électorale, mais n’applique pas souvent ses paroles. «Les libéraux font souvent campagne comme le NPD et, une fois au pouvoir, ils gouvernent comme les conservateurs. J’ai vu ça depuis quelques années à Ottawa.»

Sondage dévastateur pour le PLC
Le Bloc québécois entame sa troisième semaine de campagne — et la dernière avant les débats télévisés qui auront lieu lundi 14 et mardi 15 juin prochains — avec un autre sondage national qui montre la montée des conservateurs ailleurs au pays, positionnant le PC dans le siège du conducteur d’un gouvernement minoritaire.
Selon le coup de sonde publié samedi par le Globe and Mail et la chaîne CTV, le Parti conservateur domine en Ontario pour la première fois en 19 ans. 35 % des intentions de vote vont au PC et 32 % au PLC. Dans l’ensemble du Canada, le sondage montre deux formations à égalité, les libéraux obtenant 32 % et les conservateurs 31 %.
Pressé de questions depuis plusieurs jours sur un éventuel arbitrage du Bloc dans un gouvernement minoritaire conservateur, Gilles Duceppe estime que cette politique-fiction «met la charrue avant les boeufs» et qu’il faut éviter de «discuter de l’hypothèse avant de discuter du contenu». «Est-ce qu’un gouvernement minoritaire écoute plus? Ben oui, c’est pas un gros scoop que je vous donne là, a-t-il dit. Mais on n’en est pas là. Il reste trois semaines de campagne encore.»
Le chef bloquiste était de passage sur la Côte-Nord hier après-midi, afin de donner un coup de pouce à son candidat Gérard Asselin, qui lutte contre Pierre Ducasse, le lieutenant de Jack Layton au Québec. Le chef du NPD était d’ailleurs venu prêter main-forte à M. Ducasse lors de la première semaine de la campagne, faisant un passage remarqué.
Gilles Duceppe mentionne qu’il va à Sept-Îles, «comme dans toutes les régions du Québec» et que la situation dans la circonscription de Manicouagan ne l’inquiète pas du tout. «Pierre Ducasse représente un parti fédéraliste assez centralisateur, c’est son problème, pas le miens, a-t-il lancé. On remportera ce comté. On fait une bonne campagne, et je suis convaincu que ce sera M. Asselin qui sera élu dans Manicouagan.» En soirée, l’équipe du Bloc devait s’envoler vers Chicoutimi pour une assemblée devant des militants.






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