vendredi 10 février 2012 Dernière mise à jour 18h11
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Anciens alliés et ennemis réunis en Normandie

60e anniversaire consensuel du «jour J» dans un monde tendu

Reuters   7 juin 2004 
Le président américain George W. Bush a montré un peu de fatigue hier, à Arromanches, tandis qu’il assistait, en compagnie de Laura Bush, à la cérémonie marquant le 60e anniversaire du débarquement allié en Normandie. Près du couple se trouva
Photo : Agence Reuters
Le président américain George W. Bush a montré un peu de fatigue hier, à Arromanches, tandis qu’il assistait, en compagnie de Laura Bush, à la cérémonie marquant le 60e anniversaire du débarquement allié en Normandie. Près du couple se trouva
Caen — Confrontés à leurs propres divergences dans un contexte international tendu, anciens alliés et ennemis de la Seconde Guerre mondiale ont célébré dans la gravité hier le 60e anniversaire du débarquement en exaltant leurs valeurs communes de tolérance contre l'obscurantisme.

«Devant les dangers du temps et du monde, ce monde où la violence et la haine enflamment trop souvent les hommes et les peuples, le message des héros de ce "jour le plus long", le flambeau que nos pères ont porté si haut et qu'ils nous ont transmis sont notre héritage commun», a déclaré Jacques Chirac.

Sous le ciel bleu de la Normandie, bien loin du mauvais temps qui prévalait le 6 juin 1944 et des nuages qui se sont amoncelés ces derniers temps à l'horizon international, les 22 chefs d'État et de gouvernement invités ont tous insisté sur ce qui les unissait, et ont tu ce qui les divisait.

Lors d'une cérémonie commune avec le président français au cimetière américain de Colleville, George W. Bush a soigneusement évité d'établir, comme il l'avait fait il y a quelques jours aux États-Unis, un parallèle, décrié en Europe, entre le combat pour la liberté des GI de 1944 et celui mené aujourd'hui par l'armée américaine en Irak.

La veille, à Paris, les présidents américain et français avaient tenté d'amorcer un rapprochement de circonstance sur la question irakienne, sans toutefois parvenir à gommer leurs divergences fondamentales.

Sur les côtes normandes, George W. Bush a estimé que l'alliance forgée entre les États-Unis et l'Europe lors du dernier conflit mondial demeurait «forte et nécessaire».

Une réconciliation franco-allemande «exemplaire»

Si le besoin s'en faisait sentir, «l'Amérique recommencerait pour ses amis» une autre opération Overlord, a-t-il assuré, sans mentionner la présence en Normandie de Gerhard Schröder, premier chancelier allemand invité aux célébrations.

Jacques Chirac a salué au contraire «l'exemplarité» de la réconciliation franco-allemande et a souligné qu'«il n'y a pas d'avenir dans la haine».

«Alors que nous commémorons ces moments décisifs de notre histoire, j'ai souhaité que l'Allemagne se souvienne avec nous de ces heures où l'idéal de liberté a de nouveau soufflé sur notre continent», a déclaré le président français lors de la cérémonie internationale à Arromanches, point culminant de près de vingt commémorations officielles réparties sur la côte, entre Deauville et Utah Beach. Lors d'une cérémonie franco-allemande sans précédent au Mémorial de la paix de Caen, Jacques Chirac a souligné que la réconciliation franco-allemande prouvait qu'«il y a toujours un chemin possible pour la paix».

Il a dit recevoir Gerhard Schröder en «frère» avant de lui donner l'accolade, un geste symbolique dans la lignée de la poignée de mains, en 1984, de François Mitterrand et Helmut Kohl à l'Ossuaire de Douaumont (Meuse), érigé après la Première Guerre mondiale.

Gerhard Schröder, qui avait deux mois en juin 1944, a exprimé la «reconnaissance» de l'Allemagne aux combattants alliés pour l'avoir libérée d'un «régime de terreur». Il a dit que l'Allemagne assumait sa «responsabilité face à l'histoire».

Le chancelier allemand n'a jamais connu son père, soldat dans la Wehrmacht, tué à l'âge de 32 ans en Roumanie quatre mois après le jour J.

À deux reprises, à Colleville, puis à Arromanches, Jacques Chirac a insisté sur la dette contractée il y a 60 ans par la France, et par l'Europe en général, envers les États-Unis.

«La France n'oubliera jamais ce qu'elle doit à l'Amérique, son amie et son alliée de toujours. Elle mesure, aujourd'hui comme hier, toute la force, toute l'exigence de ce lien ancien fait d'amitié, de valeurs partagées, de confiance et de respect mutuel», a dit le président français.

«Elle [la France] sait, comme tous les pays d'Europe, combien l'Alliance atlantique, forgée dans l'épreuve, demeure, devant les menaces nouvelles, un élément fondamental de notre sécurité collective», a-t-il souligné, jetant un voile pudique sur les tensions nées entre de Gaulle et les États-Unis lors du 20e anniversaire, en pleine crise franco-américaine, et sur le fossé qui sépare actuellement les États-Unis d'une partie de l'Europe.

Les vétérans volent la vedette

À Arromanches, devant les vestiges du port artificiel construit peu après le débarquement, Jacques Chirac a évoqué un à un les pays ayant participé à la plus grande opération militaire de tous les temps.

«Au coeur des ténèbres, tous ces combattants de la liberté ont subi la même épreuve [...] Cette épreuve que subissaient aussi, sur le front de l'Est, les héroïques soldats de l'Armée rouge, qui [...] avaient ouvert la voie et progressaient de façon irrésistible», a ajouté Jacques Chirac devant le président russe Vladimir Poutine.

Vladimir Poutine est devenu hier le premier chef du Kremlin à participer aux commémorations du 6 juin 1944, une reconnaissance historique du rôle crucial joué par l'Armée rouge dans la victoire contre l'Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le 6 juin 1944, les troupes russes se trouvaient à plusieurs milliers de kilomètres à l'est de la bataille de Normandie, mais leur offensive d'été fut capitale pour empêcher Hitler de démobiliser des soldats du front de l'est pour les envoyer en France.

Vladimir Poutine a reconnu samedi que le débarquement de Normandie avait été un événement décisif dans la victoire des alliés contre Hitler. Moscou avait jusqu'ici minimisé l'importance du jour J, considérant que les batailles de Stalingrad, première grande défaite d'Hitler, et de Koursk, sur le front de l'est, avaient porté un coup fatal au régime nazi.

En fin de journée, avant un dîner avec le président français à la préfecture de Caen, il a appelé les pays alliés durant la Seconde Guerre mondiale à ne pas sous-estimer leurs engagements respectifs dans la défaite du nazisme.

En invitant Vladimir Poutine, le chef de l'État français soulignait le «rôle central» qu'avait été «celui de l'Union soviétique dans la lutte contre le nazisme», et en particulier celui de «la bataille de Stalingrad» (septembre 1942-février 1943).

Mais, tout au long de ce week-end, les véritables vedettes aux yeux du million de visiteurs présents sur les côtes ont été les anciens combattants.

Choyés, honorés, applaudis avec ferveur, ces octogénaires, signant force autographes, ont raconté mille fois leur aventure à un auditoire jamais rassasié et conscient que ce 60e anniversaire était pour certains vétérans le dernier pèlerinage sur les lieux de leurs actes de bravoure et de leur souffrance.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Recherche complète sur le même sujet


Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012