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Deuxième Guerre mondiale - Le journaliste Marcel Ouimet débarque en Normandie

Aimé-Jules Bizimana - Doctorant sur les médias et la guerre, et chargé de cours au département des communications de l'Université du Québec à Montréal  5 juin 2004 
6 juin 1944. Le plus grand débarquement de l'histoire est mis en branle par les armées alliées contre les forces d'Adolf Hitler et les puissances de l'Axe. Accrédité à la couverture du débarquement, Marcel Ouimet, journaliste canadien-français de Radio-Canada, accompagnait les troupes canadiennes faisant partie de l'armada alliée qui largua les amarres sur les côtes françaises, en Normandie.

Les guerres contemporaines (en l'occurrence l'Irak) ne sont pas les seules à attirer un nombre impressionnant de journalistes. De 1939 à 1945, près de 1600 correspondants de guerre ont couvert les opérations militaires sur divers champs de bataille de l'Europe à l'Asie en passant par l'Afrique du Nord. Événement crucial pendant la Deuxième Guerre mondiale, le débarquement de Normandie a convié des centaines de journalistes pour rapporter l'opération Overlord sous le commandement du général américain Dwight Eisenhower.

Neuf correspondants étaient accrédités auprès de l'armée canadienne. Parmi eux, Marcel Ouimet, de Radio-Canada. Correspondant bilingue, il alimentait les rédactions française et anglaise respectivement à Radio-Canada et à CBC. Ouimet était arrivé au front en juin 1943 en compagnie de deux autres confrères francophones, Paul Barette et Benoît Lafleur.

La campagne de l'Italie

Avant de couvrir les opérations en Normandie, Marcel Ouimet s'était illustré par ses excellents reportages de la campagne de l'Italie. En novembre 1943, c'est en plein coeur de l'action que Ouimet avait rapporté la bataille de San Marco. Son reportage percutant avait alors été repris notamment par la radio britannique BBC dans War Report, une émission phare sur la guerre.

Le 25 décembre de la même année, au son du cantique Adeste fideles, Marcel Ouimet rapportait ceci: «Pour la première fois de la guerre, des soldats canadiens passent Noël sur la ligne de feu. Un Noël dans la boue et à la pluie battante, avec l'espoir de faire leur part pour redonner la paix la plus complète dans le monde.» La campagne de l'Italie s'est conclue par la prise de Rome le 5 juin 1944, soit un jour avant le grand débarquement de Normandie.

La Normandie

Le jour J, Marcel Ouimet est arrivé sur les plages de Normandie peu après les premières vagues d'assaut. Il a débarqué à Bernières-sur-Mer en compagnie de Ralph Allen, correspondant du quotidien The Globe and Mail. Sur les ondes de Radio-Canada, le reportage de Marcel Ouimet mettait en exergue la valeur d'un débarquement symbolique pour le contingent canadien-français: «La Normandie, cette Normandie, que l'on veut toujours revoir, comme le dit la chanson, après tout, c'est un peu chez nous. D'autant plus chez nous aujourd'hui que certains de nos soldats y dorment leur dernier sommeil, sous ce sol riche que leurs ancêtres ont quitté pour aller fonder la Nouvelle-France.»

À l'instar d'autres journalistes, les correspondants francophones relataient d'une manière générale les événements de la Deuxième Guerre mondiale et surtout les faits de leurs compatriotes au sein de l'armée canadienne. Marcel Ouimet était là afin de rapporter pour le public canadien et québécois (alors canadien-français) une guerre que les Alliés devaient remporter en vue de stopper le rouleau compresseur nazi.

Contrôle étroit

Le commandant suprême allié, l'Américain Dwight Eisenhower, était favorable à la présence de correspondants pour couvrir le débarquement. Eisenhower avait lui-même qualifié les correspondants de guerre de «quasi-officiers d'état-major». Cependant, les correspondants de guerre faisaient l'objet d'un contrôle étroit de la part des belligérants. Les censeurs de l'armée devaient s'assurer que les nouvelles du front contribuaient également à l'effort de guerre.

Pour les autorités politiques et militaires, le contrôle de l'information est une dimension importante de la conduite de la guerre. Quand Marcel Ouimet a débarqué à Bernières-sur-Mer, il était bien sûr sous la surveillance d'un officier accompagnateur qui devait lire ses reportages avant publication et épier ses déplacements. Ces officiers accompagnateurs chargés d'observer les faits et gestes de la presse sur le terrain relevaient de la section des relations publiques de l'armée canadienne et du commandement allié. Seul le ministère de la Défense nationale était habilité à accréditer les journalistes canadiens, lesquels étaient obligés de respecter des règles précises, notamment celle de soumettre leurs textes à la censure. Dans l'armée canadienne, les correspondants de guerre avaient le statut d'officier avec rang de capitaine.

Sur la route de la libération

Après le débarquement sur les côtes normandes, Marcel Ouimet a suivi la progression des troupes alliées en France et rapporté le recul allemand dans l'Hexagone face à l'avancée alliée. Dans ses nombreux reportages, le journaliste allait raconter entre autres la célébration de la Saint-Jean-Baptiste par les unités canadiennes-françaises le 24 juin et la libération de plusieurs villes.

Le 9 juillet 1944, Ouimet et son collègue Matthew Halton, de la CBC, accompagnaient les troupes canadiennes et britanniques qui investissaient la ville de Caen. À partir de Caen, désormais libre, Ouimet rapportait l'accueil reconnaissant des Caennais aux forces alliées au chant de La Marseillaise.

Près de trois mois après avoir foulé le sol normand, c'est aux premières loges, dans une jeep d'un convoi de la 2e Division blindée du général Leclerc, que Marcel Ouimet entrait dans Paris libéré, objectif ultime de la campagne de France. De la Normandie à Paris, Ouimet avait raconté l'histoire des libérateurs qui allaient délivrer la France, sous le joug hitlérien depuis juin 1940.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Marcel Ouimet a réalisé un travail remarquable de la stature du grand journalisme de guerre. Correspondant de guerre méconnu, ses reportages français lors du débarquement de Normandie ont pourtant valeur de patrimoine. Mort en 1985 à l'âge de 70 ans, Marcel Ouimet n'a toujours pas la place qui lui revient au panthéon des grands noms du journalisme d'ici.
 
 
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