Petites centrales: Roy Dupuis proteste auprès de Charest
Sept projets sont en préparation au Québec
Louis-Gilles Francoeur
25 mai 2004
Le comédien Roy Dupuis a demandé récemment par lettre au premier ministre Jean Charest l'arrêt de sa politique de développement «au cas par cas» des petites centrales privées, une politique «qui morcelle notre patrimoine collectif et qui sème la division dans notre société».
«La population, écrit Roy Dupuis en se référant aux sept projets en chantier au Québec, souhaite d'abord que les rivières soient préservées dans la mesure du possible et non qu'elles soient cédées à la pièce.»
Dans sa lettre au premier ministre, datée du 13 mai dernier, Roy Dupuis rappelle au nom de la Fondation Rivières, dont il est cofondateur et vice-président, que «les rivières sont d'abord une richesse collective dont l'usage et la responsabilité de la préservation incombent à l'ensemble de la population québécoise». C'est en contravention de ce principe, dit-il, que les dirigeants de la MRC des Basques veulent s'approprier les chutes de la rivière Trois-Pistoles pour en faire un nouveau projet hydroélectrique même si Québec a déboursé 3,3 millions au début de 2003 pour racheter le projet de barrage de Grade Trois-Pistoles, une société qui avait obtenu le feu vert pour sa mini-centrale.
Roy Dupuis soulève aussi le cas du projet de centrale privée de 40 MW sur la rivière à saumons Magpie sur la Côte-Nord, dont le promoteur, écrit-il, «a offert une somme d'argent aux citoyens de la municipalité de Rivière-Saint-Jean, pour obtenir leur assentiment sur ce projet». Le codirecteur de la Fondation Rivières, Alain Saladzius, a précisé pour sa part hier au Devoir que le promoteur, Hydromega Services et le groupe Aecon de Laval, avaient offert à la municipalité 300 000 $, soit une année de taxes, en échange de son appui au projet. La MRC de la Minganie va investir 30 % du capital de ce projet ce qui lui rapportera, a-t-il calculé, 20 millions en 25 ans et 40 millions nets après impôt aux deux promoteurs privés.
«Toutes ces tractations et projets [entre promoteurs et corps publics] sont d'autre part secrètes, car les documents ne sont pas accessibles», déplore Roy Dupuis qui s'implique dans le dossier de la protection des rivières depuis des années. C'est ainsi que le sort des rivières est maintenant décidé par ses riverains et non la collectivité.»
Contrairement au gouvernement Landry, le gouvernement Charest a décidé de donner à nouveau le feu vert aux projets de petites centrales, mais sans recourir à la politique d'appel d'offres recommandée par la commission Doyon afin d'éviter les magouilles et les excès qui ont justifié une enquête publique dans la dernière décennie. Le gouvernement Charest préfère laisser se multiplier les projets sans lui-même encadrer ce développement par un programme gouvernemental balisé et transparent. Le gouvernement Landry, qui avait relancé la petite hydraulique privée, avait finalement décidé, au moment de divulguer la Politique nationale de l'eau, d'annuler le programme de construction de petites centrales privées devant la mobilisation des citoyens en région et de dizaines d'artistes et de personnalités publiques.
Présentement, au moins sept projets de barrages de moins de 50 MW sont déjà en planification ou en phase d'évaluation environnementale, dont un sur la rivière à saumons Magpie. L'autre projet, et sans doute le plus controversé, est de la rivière Trois-Pistoles, que Québec a racheté au prix de 3,3 millions du promoteur Grade Trois-Pistoles. Un des actionnaires de Grade Trois-Pistoles, Gestion-Conseil S.C.P., a décidé en effet de représenter le même projet avec comme partenaire, la MRC des Basques, qui l'appuyait.
Gestion-Conseil S.C.P. était actionnaire de Grade Trois-Pistoles avec l'homme d'affaires Jean-Marc Carpentier et le président d'Hydro-Québec Distribution depuis juillet 2003, André Boulanger. Ce dernier était à l'époque vice-président chez Gaz Métropolitain. Selon la déclaration annuelle 2002 de Grade Trois-Pistoles déposée auprès de l'Inspecteur général des Institutions financières (IGIF), M. Boulanger était le principal dirigeant et le premier actionnaire de cette société jusqu'au 15 novembre 2001.
Le projet de la Trois-Pistoles fera l'objet d'un référendum le 13 juin. Les Amis de la rivière Trois Pistoles demandent l'annulation de ce scrutin où les forces en présence, disent-ils, sont disproportionnées et parce qu'aucune règle ne balise les contributions financières et l'information au public. Pour eux, la MRC tente de s'approprier, par un référendum local, une richesse patrimoniale provinciale, rachetée à grand prix pour la sauver du béton.
D'autre part, la rivière Batiscan, qui a été le théâtre d'un affrontement juridique remporté par Québec contre le promoteur Boralex qui avait porté l'affaire jusqu'en Cour suprême, pourrait faire bientôt l'objet de trois projets de barrage. Y compris une relance du projet de Boralex qui n'a pas jeté l'éponge, mais qui devra cette fois réussir le test de l'audience publique qu'elle avait tenté d'éviter.
Le dernier projet en lice, celui d'Axor à Saint-Adelphe, a mobilisé samedi soir 185 citoyens autour du nouveau comité Eau vive Batiscan. Le projet barrage, qui transformerait 13 km de cours d'eau en réservoir hydroélectrique, permettrait de produire 17 MW. Le chanteur Paul Piché est venu appuyer le noyau de citoyens mobilisés «pour faire comprendre au gouvernement Charest que la population ne veut rien savoir des promoteurs privés dans nos rivières, qui appartiennent à tous: il va nous retrouver sur son chemin partout, autant en région qu'au niveau national».
Enfin, à Montauban, toujours sur la Batiscan, la MRC fait face à Chute libre, un autre comité de citoyens qui s'oppose au projet du préfet Jules Paquin de harnacher la puissante cataracte locale.
Enfin, les autochtones de la bande innu de Betsiamites ont déposé récemment deux projets de barrages hydroélectriques privés sur la rivière Sault-aux-Cochons, qui se jette dans l'estuaire à la hauteur de Forestville. Les deux barrages se retrouveraient entre les deux centrales de RSP de la famille Lemaire. La tête de la même rivière, autrefois réputée pour sa beauté sauvage et la facilité de ses parcours canotables, a été détournée par Hydro-Québec vers les turbines de Bersimis, derrière la réserve de Betsiamites.
Quant au projet de la Magpie, présentement en évaluation devant le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), il serait situé là où se trouve l'ancienne centrale désaffectée d'Hydro-Québec, à un demi-kilomètre de l'embouchure dans le golfe. Selon la Société de la faune et des parcs, le projet pourrait contrevenir à la Politique québécoise sur les débits réservés ainsi qu'à la Politique nationale de l'eau. Et le promoteur, ajoute l'évaluation de la FAPAQ, n'a pas suffisamment évalué le potentiel salmonicole en aval du barrage.
Pour la Fondations rivières, expliquait hier Alain Saladzius, il faudrait plutôt envisager de démolir l'ancienne centrale et faciliter la remontée des saumons dans les trois kilomètres en amont, ce qui conférerait une valeur nouvelle à ce cours d'eau, déjà considéré par les spécialistes comme un des plus beaux parcours de kayak et de rafting à l'est des Rocheuses.
«La population, écrit Roy Dupuis en se référant aux sept projets en chantier au Québec, souhaite d'abord que les rivières soient préservées dans la mesure du possible et non qu'elles soient cédées à la pièce.»
Dans sa lettre au premier ministre, datée du 13 mai dernier, Roy Dupuis rappelle au nom de la Fondation Rivières, dont il est cofondateur et vice-président, que «les rivières sont d'abord une richesse collective dont l'usage et la responsabilité de la préservation incombent à l'ensemble de la population québécoise». C'est en contravention de ce principe, dit-il, que les dirigeants de la MRC des Basques veulent s'approprier les chutes de la rivière Trois-Pistoles pour en faire un nouveau projet hydroélectrique même si Québec a déboursé 3,3 millions au début de 2003 pour racheter le projet de barrage de Grade Trois-Pistoles, une société qui avait obtenu le feu vert pour sa mini-centrale.
Roy Dupuis soulève aussi le cas du projet de centrale privée de 40 MW sur la rivière à saumons Magpie sur la Côte-Nord, dont le promoteur, écrit-il, «a offert une somme d'argent aux citoyens de la municipalité de Rivière-Saint-Jean, pour obtenir leur assentiment sur ce projet». Le codirecteur de la Fondation Rivières, Alain Saladzius, a précisé pour sa part hier au Devoir que le promoteur, Hydromega Services et le groupe Aecon de Laval, avaient offert à la municipalité 300 000 $, soit une année de taxes, en échange de son appui au projet. La MRC de la Minganie va investir 30 % du capital de ce projet ce qui lui rapportera, a-t-il calculé, 20 millions en 25 ans et 40 millions nets après impôt aux deux promoteurs privés.
«Toutes ces tractations et projets [entre promoteurs et corps publics] sont d'autre part secrètes, car les documents ne sont pas accessibles», déplore Roy Dupuis qui s'implique dans le dossier de la protection des rivières depuis des années. C'est ainsi que le sort des rivières est maintenant décidé par ses riverains et non la collectivité.»
Contrairement au gouvernement Landry, le gouvernement Charest a décidé de donner à nouveau le feu vert aux projets de petites centrales, mais sans recourir à la politique d'appel d'offres recommandée par la commission Doyon afin d'éviter les magouilles et les excès qui ont justifié une enquête publique dans la dernière décennie. Le gouvernement Charest préfère laisser se multiplier les projets sans lui-même encadrer ce développement par un programme gouvernemental balisé et transparent. Le gouvernement Landry, qui avait relancé la petite hydraulique privée, avait finalement décidé, au moment de divulguer la Politique nationale de l'eau, d'annuler le programme de construction de petites centrales privées devant la mobilisation des citoyens en région et de dizaines d'artistes et de personnalités publiques.
Présentement, au moins sept projets de barrages de moins de 50 MW sont déjà en planification ou en phase d'évaluation environnementale, dont un sur la rivière à saumons Magpie. L'autre projet, et sans doute le plus controversé, est de la rivière Trois-Pistoles, que Québec a racheté au prix de 3,3 millions du promoteur Grade Trois-Pistoles. Un des actionnaires de Grade Trois-Pistoles, Gestion-Conseil S.C.P., a décidé en effet de représenter le même projet avec comme partenaire, la MRC des Basques, qui l'appuyait.
Gestion-Conseil S.C.P. était actionnaire de Grade Trois-Pistoles avec l'homme d'affaires Jean-Marc Carpentier et le président d'Hydro-Québec Distribution depuis juillet 2003, André Boulanger. Ce dernier était à l'époque vice-président chez Gaz Métropolitain. Selon la déclaration annuelle 2002 de Grade Trois-Pistoles déposée auprès de l'Inspecteur général des Institutions financières (IGIF), M. Boulanger était le principal dirigeant et le premier actionnaire de cette société jusqu'au 15 novembre 2001.
Le projet de la Trois-Pistoles fera l'objet d'un référendum le 13 juin. Les Amis de la rivière Trois Pistoles demandent l'annulation de ce scrutin où les forces en présence, disent-ils, sont disproportionnées et parce qu'aucune règle ne balise les contributions financières et l'information au public. Pour eux, la MRC tente de s'approprier, par un référendum local, une richesse patrimoniale provinciale, rachetée à grand prix pour la sauver du béton.
D'autre part, la rivière Batiscan, qui a été le théâtre d'un affrontement juridique remporté par Québec contre le promoteur Boralex qui avait porté l'affaire jusqu'en Cour suprême, pourrait faire bientôt l'objet de trois projets de barrage. Y compris une relance du projet de Boralex qui n'a pas jeté l'éponge, mais qui devra cette fois réussir le test de l'audience publique qu'elle avait tenté d'éviter.
Le dernier projet en lice, celui d'Axor à Saint-Adelphe, a mobilisé samedi soir 185 citoyens autour du nouveau comité Eau vive Batiscan. Le projet barrage, qui transformerait 13 km de cours d'eau en réservoir hydroélectrique, permettrait de produire 17 MW. Le chanteur Paul Piché est venu appuyer le noyau de citoyens mobilisés «pour faire comprendre au gouvernement Charest que la population ne veut rien savoir des promoteurs privés dans nos rivières, qui appartiennent à tous: il va nous retrouver sur son chemin partout, autant en région qu'au niveau national».
Enfin, à Montauban, toujours sur la Batiscan, la MRC fait face à Chute libre, un autre comité de citoyens qui s'oppose au projet du préfet Jules Paquin de harnacher la puissante cataracte locale.
Enfin, les autochtones de la bande innu de Betsiamites ont déposé récemment deux projets de barrages hydroélectriques privés sur la rivière Sault-aux-Cochons, qui se jette dans l'estuaire à la hauteur de Forestville. Les deux barrages se retrouveraient entre les deux centrales de RSP de la famille Lemaire. La tête de la même rivière, autrefois réputée pour sa beauté sauvage et la facilité de ses parcours canotables, a été détournée par Hydro-Québec vers les turbines de Bersimis, derrière la réserve de Betsiamites.
Quant au projet de la Magpie, présentement en évaluation devant le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), il serait situé là où se trouve l'ancienne centrale désaffectée d'Hydro-Québec, à un demi-kilomètre de l'embouchure dans le golfe. Selon la Société de la faune et des parcs, le projet pourrait contrevenir à la Politique québécoise sur les débits réservés ainsi qu'à la Politique nationale de l'eau. Et le promoteur, ajoute l'évaluation de la FAPAQ, n'a pas suffisamment évalué le potentiel salmonicole en aval du barrage.
Pour la Fondations rivières, expliquait hier Alain Saladzius, il faudrait plutôt envisager de démolir l'ancienne centrale et faciliter la remontée des saumons dans les trois kilomètres en amont, ce qui conférerait une valeur nouvelle à ce cours d'eau, déjà considéré par les spécialistes comme un des plus beaux parcours de kayak et de rafting à l'est des Rocheuses.
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