Un plan qui a du souffle
Josée Boileau
25 mai 2004
Jean Charest en a fait le coeur de ses forums régionaux: la démographie doit être à l'avant-plan des préoccupations des Québécois. Voilà qui rend fondamentale la mise en place d'un plan d'action cohérent en matière d'immigration, et c'est précisément ce que Michelle Courchesne, ministre des Relations avec les citoyens et de l'Immigration (MRCI), a à offrir.
Dans ses grandes lignes comme dans les détails de ses 135 pages, le plan d'action présenté la semaine dernière par la ministre Michelle Courchesne est fort intéressant. À la base, la ministre convient d'une réalité vécue par tous les immigrants: l'intégration ne passe pas seulement par l'apprentissage du français, aussi indispensable soit-il, mais aussi par l'accès à un emploi. Il faut donc mieux arrimer les compétences professionnelles des candidats à l'immigration aux besoins de main-d'oeuvre du Québec.
ll faut aussi assurer un meilleur encadrement des nouveaux arrivants, dès leur pays d'origine et au Québec, ce qui sera fait notamment grâce à de nouveaux outils du MRCI comme ce «carnet de route» remis à chacun et un service d'agents d'accueil.
En retour, toutes les sphères de la société — régions, universités, ordres professionnels, employeurs, policiers, etc. — seront sollicitées pour vraiment faire de la place aux immigrants. La ministre est même parvenue à dépasser le stade des bonnes intentions, qui dominaient la première version du plan dont Le Devoir avait obtenu copie cet hiver. Ainsi, cinq millions sont consacrés au Programme d'aide à l'intégration des immigrants et des minorités visibles en emploi pour soutenir les employeurs qui embaucheront ceux-ci.
De même, les ménages qui emploient des aides familiales — ces employées de maison particulièrement isolées et facilement exploitables — auront l'obligation de leur laisser du temps pour suivre des cours de français. Le plan a d'ailleurs pour ambition générale de briser l'isolement souvent vécu par les femmes immigrantes.
Bref, tout cela est bel et bon. Mais le projet tiendra-t-il la route? C'est là l'inconnue. Il est pour le moment porté par la nature fougueuse de la ministre Courchesne, qui connaît bien son dossier et qui a pour atout un passé de sous-ministre à Québec. La machine gouvernementale ne lui fait pas peur. Elle en connaît suffisamment les rouages pour savoir comment donner un nouveau souffle à un dossier.
Mais l'argent reste le nerf de la guerre, et la ministre, qui annonce 21 millions d'argent neuf pour soutenir son plan, n'a quand même pas retrouvé l'entièreté des 24 millions supprimés dans le dernier budget Séguin.
L'armature du plan repose par ailleurs sur un partenariat entre le MRCI et Emploi-Québec, la même instance qui doit déjà offrir une aide personnalisée aux assistés sociaux afin qu'ils puissent mieux «s'insérer en emploi», selon le jargon gouvernemental. Mais Emploi-Québec, qui a pour double mission d'aider les chômeurs et les sans-emploi, doit assumer des compressions de 57 millions depuis l'arrivée au pouvoir des libéraux. Elles se traduisent par des réductions de personnel et des difficultés à répondre aux commandes gouvernementales.
De plus, Emploi-Québec est réfractaire à toute approche ciblée: on est là pour tous ceux qui cherchent un travail, pas spécifiquement pour les jeunes, les femmes ou les immigrants, pour qui la recherche d'un emploi se double d'une acclimatation culturelle.
Les changements de mentalité sont possibles, plaide la ministre. Ne serait-ce que parce qu'un immigrant sans travail se retrouvera à l'aide sociale, donc aura forcément affaire avec Emploi-Québec. Mieux vaut dès lors s'occuper de lui en amont, faisait valoir Mme Courchesne au Devoir la semaine dernière. Soit. Mais dans une structure déjà ébranlée, ce sera la croix et la bannière de vaincre les résistances sur le terrain.
Il faudra en fait donner une chance au temps. Plusieurs mesures du plan d'action reconnaissent cette nécessité. Au gouvernement, et surtout au premier ministre, d'y croire à leur tour.
M. Charest fera-t-il de l'Immigration un poste où les ministres font trois petits tours et puis s'en vont, comme ce fut le cas sous le Parti québécois (sept ministres s'y sont succédé en neuf ans!). Ou renouera-t-il avec l'époque de Robert Bourassa, où Louise Robic et Monique Gagnon-Tremblay avaient pu faire leur marque en occupant la fonction de ministre l'une pendant trois ans et demi et l'autre cinq ans?
Outre le fait d'épargner le ministère d'autres compressions, le sérieux du gouvernement se mesurera aussi à de tels choix.
jboileau@ledevoir.ca
Dans ses grandes lignes comme dans les détails de ses 135 pages, le plan d'action présenté la semaine dernière par la ministre Michelle Courchesne est fort intéressant. À la base, la ministre convient d'une réalité vécue par tous les immigrants: l'intégration ne passe pas seulement par l'apprentissage du français, aussi indispensable soit-il, mais aussi par l'accès à un emploi. Il faut donc mieux arrimer les compétences professionnelles des candidats à l'immigration aux besoins de main-d'oeuvre du Québec.
ll faut aussi assurer un meilleur encadrement des nouveaux arrivants, dès leur pays d'origine et au Québec, ce qui sera fait notamment grâce à de nouveaux outils du MRCI comme ce «carnet de route» remis à chacun et un service d'agents d'accueil.
En retour, toutes les sphères de la société — régions, universités, ordres professionnels, employeurs, policiers, etc. — seront sollicitées pour vraiment faire de la place aux immigrants. La ministre est même parvenue à dépasser le stade des bonnes intentions, qui dominaient la première version du plan dont Le Devoir avait obtenu copie cet hiver. Ainsi, cinq millions sont consacrés au Programme d'aide à l'intégration des immigrants et des minorités visibles en emploi pour soutenir les employeurs qui embaucheront ceux-ci.
De même, les ménages qui emploient des aides familiales — ces employées de maison particulièrement isolées et facilement exploitables — auront l'obligation de leur laisser du temps pour suivre des cours de français. Le plan a d'ailleurs pour ambition générale de briser l'isolement souvent vécu par les femmes immigrantes.
Bref, tout cela est bel et bon. Mais le projet tiendra-t-il la route? C'est là l'inconnue. Il est pour le moment porté par la nature fougueuse de la ministre Courchesne, qui connaît bien son dossier et qui a pour atout un passé de sous-ministre à Québec. La machine gouvernementale ne lui fait pas peur. Elle en connaît suffisamment les rouages pour savoir comment donner un nouveau souffle à un dossier.
Mais l'argent reste le nerf de la guerre, et la ministre, qui annonce 21 millions d'argent neuf pour soutenir son plan, n'a quand même pas retrouvé l'entièreté des 24 millions supprimés dans le dernier budget Séguin.
L'armature du plan repose par ailleurs sur un partenariat entre le MRCI et Emploi-Québec, la même instance qui doit déjà offrir une aide personnalisée aux assistés sociaux afin qu'ils puissent mieux «s'insérer en emploi», selon le jargon gouvernemental. Mais Emploi-Québec, qui a pour double mission d'aider les chômeurs et les sans-emploi, doit assumer des compressions de 57 millions depuis l'arrivée au pouvoir des libéraux. Elles se traduisent par des réductions de personnel et des difficultés à répondre aux commandes gouvernementales.
De plus, Emploi-Québec est réfractaire à toute approche ciblée: on est là pour tous ceux qui cherchent un travail, pas spécifiquement pour les jeunes, les femmes ou les immigrants, pour qui la recherche d'un emploi se double d'une acclimatation culturelle.
Les changements de mentalité sont possibles, plaide la ministre. Ne serait-ce que parce qu'un immigrant sans travail se retrouvera à l'aide sociale, donc aura forcément affaire avec Emploi-Québec. Mieux vaut dès lors s'occuper de lui en amont, faisait valoir Mme Courchesne au Devoir la semaine dernière. Soit. Mais dans une structure déjà ébranlée, ce sera la croix et la bannière de vaincre les résistances sur le terrain.
Il faudra en fait donner une chance au temps. Plusieurs mesures du plan d'action reconnaissent cette nécessité. Au gouvernement, et surtout au premier ministre, d'y croire à leur tour.
M. Charest fera-t-il de l'Immigration un poste où les ministres font trois petits tours et puis s'en vont, comme ce fut le cas sous le Parti québécois (sept ministres s'y sont succédé en neuf ans!). Ou renouera-t-il avec l'époque de Robert Bourassa, où Louise Robic et Monique Gagnon-Tremblay avaient pu faire leur marque en occupant la fonction de ministre l'une pendant trois ans et demi et l'autre cinq ans?
Outre le fait d'épargner le ministère d'autres compressions, le sérieux du gouvernement se mesurera aussi à de tels choix.
jboileau@ledevoir.ca
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