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Lettres: Un vote pour la démocratie

Guy Demers - Montréal, 18 mai 2004  25 mai 2004 
Ce qui fait une démocratie, dit-on, c'est de pouvoir changer le parti au pouvoir. Comme cela s'est fait tout récemment en Inde, contre toute attente et d'une manière remarquable. Mais c'est aussi d'avoir un système de contrepoids. Aux États-Unis ce système repose en bonne partie sur la séparation des pouvoirs du Congrès, de la présidence et des tribunaux. Au Canada, il repose sur la séparation (moins nette) des pouvoirs entre l'État fédéral et les États provinciaux. Mais il faut aussi un système parlementaire vivant et efficace, où peut s'exercer constamment une opposition sérieuse et vigilante, soucieuse du bien collectif.

Il est vital de pouvoir changer de gouvernement ou de président. Dans le respect absolu des règles de la démocratie, ce qui n'est cependant pas toujours évident, comme cela fut le cas lors de la dernière élection présidentielle américaine. Mais changer de gouvernement ne suffit pas, si ce gouvernement n'est pas tenu de rendre des comptes devant le Parlement. On l'a vu récemment, au Canada, avec le scandale des commandites. Mais cela est vrai autant pour le respect du Protocole de Kyoto et la défense de la règle de droit au niveau international. La force du Canada n'est pas un gouvernement qui sait tout faire mais un gouvernement tenu de rendre des comptes au Parlement. (Plus, des médias indépendants, bien entendu !)

Le vote parfait qui permettrait d'être gagnant sur tous les tableaux n'existe pas. Quoi qu'on entende dire, il peut y avoir des votes chanceux, mais il n'y a pas de vote perdu. Sauf dans le cas de circonstances exceptionnelles, comme ce fut le cas en France il y a quelques années, quand il a fallu bloquer la montée d'un parti d'extrême droite, voter contre le pouvoir est aussi important que de voter pour le pouvoir. C'est voter pour la démocratie.

Lors de la prochaine élection fédérale canadienne, je voterai donc encore, comme je le fais depuis 40 ans, pour un parti d'opposition soucieux de démocratie, qui risque même de jouer la balance du pouvoir: le Nouveau Parti démocratique ou le Bloc québécois. C'est comme cela. Étant aussi Québécois que Canadien, il ne me paraît pas sans intérêt de penser que les Québécois vont encore pouvoir continuer de jouer un rôle prépondérant dans le Parlement canadien au cours des prochaines années. La tradition du rouge à Ottawa, bleu à Québec (ou vice versa) a du bon sens. Un peu de vert aussi, ne fait pas de tort!
 
 
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