Le repli sur soi
Bernard Descôteaux
21 mai 2004
Le mouvement défusionniste peut à juste titre prétendre avoir remporté la bataille de la signature des registres. Sa victoire dans un nombre significatif d'arrondissements hier montre combien les partisans des défusions peuvent être opiniâtres. Le temps n'a d'aucune façon altéré leur détermination. Ils n'ont jamais accepté l'intégration de leurs anciennes municipalités aux nouvelles grandes villes et ils n'accepteront rien de moins que le retour au statu quo.
Cette première victoire des défusionnistes est la victoire du peuple sur les élites politiques, soutenait hier un collègue journaliste partisan des défusions. À certains égards, cela est vrai: en effet, le mouvement de résistance aux nouvelles villes repose sur une participation populaire. On pourrait même y voir une révolte contre la classe politique dans son ensemble. Mais il y a plus. Ce mouvement est aussi le refus d'une intégration sociale et culturelle dans un grand ensemble. Le refus d'une vision audacieuse de l'avenir des villes, qui auront à assumer un rôle de plus en plus grand en matière de développement.
À Montréal, la fracture culturelle et économique est évidente. Les arrondissements où auront lieu des référendums sont presque tous dans la partie ouest de l'île. Ce n'est pas un hasard. L'Ouest-de-l'île est le lieu de résidence de la communauté anglophone, qui se sentirait davantage rassurée de pouvoir contrôler ses institutions. Réflexe bien compréhensible, dira-t-on, mais aussi repli sur soi. C'est aussi dans l'Ouest-de-l'île qu'on retrouve les arrondissements généralement les plus riches de Montréal. Les plus pauvres sont à l'est. À cet égard, la question est toujours la même, que l'on soit de l'ancienne Mont-Royal ou de l'ancienne Sillery: pourquoi payer plus pour moins de services?
«Maudite banlieue!», a laissé échapper le maire de Québec, Jean-Paul L'Allier, il y a quelques semaines. Reçue par plusieurs comme une insulte, l'expression traduit bien la réalité du débat actuel. Les défusionnistes sont pour la plupart de purs produits de la culture de la banlieue. Au cours des dernières décennies, ils ont fui par milliers les villes centres à la recherche d'une meilleure qualité de vie. Ils ont fui les comptes de taxes élevés et, du même coup, leurs responsabilités envers les villes centres, où ils continuaient pour la plupart à trouver leur gagne-pain. Les problèmes de la ville centre ne les regardent surtout pas. Du moins, c'est ce qu'ils croient. Repli sur soi ici aussi.
La résistance à la réforme Harel, on le constate aujourd'hui, est plus grande qu'on ne l'imaginait au point de départ. Que Westmount, Baie-d'Urfé ou Saint-Bruno retrouvent leur statut d'autrefois ne serait pas tragique. La réforme Harel garderait tout son sens, ce qui ne serait pas le cas si un trop grand nombre d'arrondissements les imitaient. À moyen terme, les villes défusionnées auraient un poids politique que le gouvernement Charest pourrait difficilement ignorer. Elles pourraient exiger de retrouver le statut qu'elles avaient à l'époque des communautés urbaines, comme certains porte-parole défusionnistes ont commencé à le faire.
En permettant les défusions, le gouvernement Charest a ouvert une porte qu'il aura de la difficulté à refermer si les défusionnistes l'emportent massivement aux référendums du 20 juin. Leur victoire à la signature des registres leur donne un élan que les partisans des nouvelles villes n'ont pas au moment d'entreprendre la campagne référendaire. Ils n'ont plus qu'un mois pour faire comprendre à leurs concitoyens que le repli sur soi n'est pas une façon de préparer l'avenir. Il est temps pour eux de monter sur les tribunes.
Cette première victoire des défusionnistes est la victoire du peuple sur les élites politiques, soutenait hier un collègue journaliste partisan des défusions. À certains égards, cela est vrai: en effet, le mouvement de résistance aux nouvelles villes repose sur une participation populaire. On pourrait même y voir une révolte contre la classe politique dans son ensemble. Mais il y a plus. Ce mouvement est aussi le refus d'une intégration sociale et culturelle dans un grand ensemble. Le refus d'une vision audacieuse de l'avenir des villes, qui auront à assumer un rôle de plus en plus grand en matière de développement.
À Montréal, la fracture culturelle et économique est évidente. Les arrondissements où auront lieu des référendums sont presque tous dans la partie ouest de l'île. Ce n'est pas un hasard. L'Ouest-de-l'île est le lieu de résidence de la communauté anglophone, qui se sentirait davantage rassurée de pouvoir contrôler ses institutions. Réflexe bien compréhensible, dira-t-on, mais aussi repli sur soi. C'est aussi dans l'Ouest-de-l'île qu'on retrouve les arrondissements généralement les plus riches de Montréal. Les plus pauvres sont à l'est. À cet égard, la question est toujours la même, que l'on soit de l'ancienne Mont-Royal ou de l'ancienne Sillery: pourquoi payer plus pour moins de services?
«Maudite banlieue!», a laissé échapper le maire de Québec, Jean-Paul L'Allier, il y a quelques semaines. Reçue par plusieurs comme une insulte, l'expression traduit bien la réalité du débat actuel. Les défusionnistes sont pour la plupart de purs produits de la culture de la banlieue. Au cours des dernières décennies, ils ont fui par milliers les villes centres à la recherche d'une meilleure qualité de vie. Ils ont fui les comptes de taxes élevés et, du même coup, leurs responsabilités envers les villes centres, où ils continuaient pour la plupart à trouver leur gagne-pain. Les problèmes de la ville centre ne les regardent surtout pas. Du moins, c'est ce qu'ils croient. Repli sur soi ici aussi.
La résistance à la réforme Harel, on le constate aujourd'hui, est plus grande qu'on ne l'imaginait au point de départ. Que Westmount, Baie-d'Urfé ou Saint-Bruno retrouvent leur statut d'autrefois ne serait pas tragique. La réforme Harel garderait tout son sens, ce qui ne serait pas le cas si un trop grand nombre d'arrondissements les imitaient. À moyen terme, les villes défusionnées auraient un poids politique que le gouvernement Charest pourrait difficilement ignorer. Elles pourraient exiger de retrouver le statut qu'elles avaient à l'époque des communautés urbaines, comme certains porte-parole défusionnistes ont commencé à le faire.
En permettant les défusions, le gouvernement Charest a ouvert une porte qu'il aura de la difficulté à refermer si les défusionnistes l'emportent massivement aux référendums du 20 juin. Leur victoire à la signature des registres leur donne un élan que les partisans des nouvelles villes n'ont pas au moment d'entreprendre la campagne référendaire. Ils n'ont plus qu'un mois pour faire comprendre à leurs concitoyens que le repli sur soi n'est pas une façon de préparer l'avenir. Il est temps pour eux de monter sur les tribunes.
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