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L'imbroglio irakien

Serge Truffaut   18 mai 2004 
La confusion la plus totale règne à un mois et demi de l'installation d'un gouvernement intérimaire en Irak. Que ce soit sur le plan militaire, économique ou politique, on ne sait toujours pas de quoi demain sera fait. À tous égards c'est donc l'imbroglio. Celui-ci est largement attribuable à cette recherche d'une porte de sortie tant de la part de l'administration Bush que du gouvernement Blair.

À Londres, le 10 Downing Street a surpris tout un chacun en évoquant ouvertement une stratégie de sortie. Le premier ministre Blair se serait rangé à l'avis de son ex-ministre des Affaires étrangères et adversaire avoué à l'aventure irakienne, Robin Cook. Le gouvernement envisagerait un retrait de l'Irak après la tenue des élections générales prévues pour janvier 2005. Ainsi, on écarte tout maintien des troupes qui durerait tant et aussi longtemps que le pays n'aurait pas été sécurisé. Bref, le contingent britannique plierait bagage l'an prochain et non en 2006 ou 2007 comme on l'avait prévu antérieurement.

À Washington, les propos de hauts responsables du Pentagone contredisant ceux du département d'État ont obligé Colin Powell à préciser quelle politique la Maison-Blanche avait arrêtée pour tout ce qui a trait à la présence des troupes américaines. Et alors? Si le gouvernement intérimaire irakien demande le départ des militaires, ceux-ci partiront. Même si elle demeure hypothétique, la seule prise en considération de cette éventualité en dit long sur l'humeur de l'exécutif.

Actuellement, tant à Londres qu'à Washington on ne sait plus trop sur quel pied danser à cause évidemment de la tournure des événements en Irak où hier encore on a assassiné le chef du Conseil intérimaire du gouvernement, mais aussi en raison du vide juridique qui caractérise la suite des choses. Ainsi, sur le plan militaire, Washington tient à conserver tous les leviers du commandement. Ils ne veulent pas être sous l'autorité du gouvernement intérimaire ni celle, possible, de l'ONU.

Dans les couloirs de l'ONU où se négocie une résolution devant être présentée au tout début du mois de juin, les Français et les Russes estiment qu'il faudrait accorder aux officiers irakiens la possibilité de refuser d'obéir à des ordres signés par des Américains. Bonjour l'ambiance! Côté américain, on pense que les membres du contingent devraient être exemptés de poursuites devant des tribunaux irakiens. En clair, on veut l'immunité pour chacun d'entre eux.

Sur le front strictement politique, l'impasse est vertigineuse. L'identité du futur chef du gouvernement intérimaire n'est toujours pas connue. Quand bien même on la connaîtrait, c'est à se demander de quels pouvoirs lui et les membres de son cabinet vont hériter. Les experts en droit ont noté que, la suite des choses n'ayant guère été balisée, ce gouvernement n'aurait pratiquement aucun pouvoir législatif. Économiquement aussi l'horizon est embrouillé. La Banque mondiale et d'autres organisations internationales conservant la responsabilité comptable des sommes engagées, les Irakiens pourront difficilement se faire entendre. L'effort de clarification s'impose.
 
 
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  • Olivier Legros
    Inscrit
    mardi 18 mai 2004 11h22
    Horizon embrouillé, c'est le mot !
    Comme vous le dites, tout semble embrouillé. Ce qui est un peu plus prévisible, c'est la variable du comportement des chiites, qui veulent la part du lion dans l'administration de l'Irak. Les Sunnites et les Kurdes observeront ce spectacle non sans réagir. Après tout, chacuns de ces groupes ont leurs intérêts et l'idée du droit de véto au Kurdes est bien beau en théorie, mais avec la détermination des Chiites, les choses risquent d'éclater en guerre civile. Ceci est sans compter la "variable" du comportement de l'Iran... Une guerre civile après l'invasion de l'Irak confirmerait à bien des égards l'échec de l'administration Bush et de ses faucons.

    L'Irak une fédération décentralisée ? Et encore ! Il est peut-être un peu pessimiste de ma part de plus ou moins croire à la vie harmonieuse qui pourrait émerger entre sunnites, chiites et kurdes, mais une lecture de l'histoire du Moyen-Orient pourrait soutenir ce pessimisme, du moins depuis la mort de Nasr et de l'effritement du panarabisme...

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