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Charest intervient dans la campagne fédérale

Le chef du PLQ veut des réponses sur le déséquilibre fiscal

Tommy Chouinard   17 mai 2004 
Trois-Rivières — Le premier ministre du Québec, Jean Charest, met les libéraux fédéraux de Paul Martin dans l'embarras. À la veille du déclenchement des élections à Ottawa, Jean Charest demande à tous les chefs des partis politiques fédéraux de révéler comment ils entendent corriger le déséquilibre fiscal une fois au pouvoir.

Or seul le Parti libéral du Canada nie l'existence d'un tel déséquilibre et ferme la porte à tout transfert de points d'impôt ou de la TPS en faveur du Québec. Le Parti conservateur de Stephen Harper, le Bloc québécois de Gilles Duceppe et le Nouveau Parti démocratique de Jack Layton reconnaissent l'existence du déséquilibre fiscal et se sont déjà prononcés en faveur du règlement de ce litige qui oppose Ottawa et les provinces.

«Au nom des Québécois, je pose deux questions aux chefs des partis: en respectant les compétences des deux ordres de gouvernement, quand allez-vous assumer votre part du financement de la santé? Et comment proposez-vous régler la question du déséquilibre fiscal?», a affirmé Jean Charest, hier, lors de son discours de clôture du conseil général du PLQ, qui a réuni 700 militants à Trois-Rivières cette fin de semaine.

Se défendant bien de vouloir dicter le vote des électeurs, Jean Charest a souligné que les Québécois pourraient faire leur choix «à la lumière» des réponses que donneraient les partis fédéraux. Si ceux-ci refusent de se prononcer, Jean Charest a rappelé, en conférence de presse, que «les citoyens jugent des réponses et agissent en conséquence».

Cette prise de position du premier ministre du Québec arrive à point nommé puisque le premier ministre du Canada, Paul Martin, prononcera ce soir, à Laval, un important discours sur la place du Québec à l'intérieur du Canada (voir page A 4).

Jean Charest considère l'imminence du déclenchement de la campagne électorale fédérale comme «le moment pour poser les questions» et «le moment pour les chefs de parti d'y répondre». Manifestement, les libéraux fédéraux n'obtiendront pas l'appui espéré du Parti libéral du Québec à l'heure où la lutte s'annonce très chaude.

Si Jean Charest adopte une telle stratégie, ce n'est pas pour s'immiscer dans la campagne fédérale, a-t-il affirmé, mais bien pour prendre ses «responsabilités» de premier ministre et cerner «les enjeux qui touchent les intérêts du Québec, c'est-à-dire le financement de la santé et le déséquilibre fiscal».

Le premier ministre a rappelé que plusieurs «outils» s'offraient aux partis fédéraux pour corriger ce déséquilibre. «Ça peut être une autre formule que les points d'impôt, car ça peut ne pas être la formule idéale. Mais c'est une piste de solution. La TPS, c'en est une autre. Le transfert en argent, c'en est une autre. L'essentiel est d'avoir une solution qui permette de corriger le déséquilibre fiscal», a-t-il dit.

L'Assemblée nationale a adopté une motion unanime visant à obtenir d'Ottawa les revenus qu'il tire de la TPS au Québec, c'est-à-dire sept milliards de dollars par année. Lors des audiences de la commission Séguin sur le déséquilibre fiscal, le PLQ avait proposé le transfert de points d'impôt. Or Paul Martin a écarté ces deux options au cours des derniers jours.

Dans son discours de clôture, Jean Charest a souligné que le déséquilibre fiscal représentait un problème tel qu'il encourageait Ottawa à investir les champs de compétence des provinces. «C'est devenu un déséquilibre politique», a-t-il lancé.

La sortie de Jean Charest indispose toutefois des militants du Parti libéral du Québec. Le président de l'association libérale de la circonscription de l'Acadie, Terry Tatasciore, a confié au Devoir que cette initiative ne ferait pas l'affaire de bien des libéraux du Québec et que Jean Charest donnait un coup de pouce au Bloc québécois. «Le Bloc québécois va être très content. C'est dangereux de jouer ce jeu-là. On est un parti fédéraliste», a-t-il dit. M. Tatasciore faisait partie des quelques militants libéraux qui ne se sont pas levés pour ovationner Jean Charest lorsque celui-ci a demandé aux chefs de partis fédéraux de se prononcer au sujet du déséquilibre fiscal.

Le conseil de la fédération pourrait également intervenir dans la campagne électorale fédérale sur le même sujet. Ce front commun des provinces constituerait une première.
 
 
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