Journée mondiale de la jeunesse - Une grande rencontre interculturelle
René Tessier - Responsable des communications au diocèse de Québec
17 juillet 2002
L'opinion de Jean-Marc Léger, ce 10 juillet, a touché quelques-uns d'entre nous dans leur fierté d'être québécois et francophones en terre d'Amérique. Lors de l'annonce, en août 2000, du choix de Toronto par Jean-Paul II, on avait entendu un ou deux commentaires de ce genre, déplorant que cet événement grandiose ne se déroule pas plutôt à Québec ou à Montréal; il faut, à la vérité, ajouter que, deux ans de travail intensif plus tard, Jean-Marc Léger est le premier, à notre connaissance, à ramener cette déception sur le tapis.
De toute évidence, M. Léger n'a jamais participé à la Journée mondiale de la jeunesse (JMJ), dont il sous-estime lourdement le potentiel de rencontres interculturelles, peu importe où se déroule la fête. Il ignore sans doute aussi que l'organisation de la JMJ est entièrement bilingue, ce qui ne se réalise pas toujours aussi facilement qu'on le voudrait, au Canada comme en d'autres pays.
50 000 jeunes pèlerins
Au contraire, la localisation ontarienne de ce rassemblement mondial nous permet d'accueillir au Québec pas moins de 50 000 jeunes pèlerins étrangers, dans le cadre de l'accueil en diocèse et ce qui l'entoure, entre les 18 et 22 juillet principalement. Ceci n'a rien d'un quelconque prix de consolation: nous savons, depuis Paris en 1997 et Rome en 2000, que cette phase de l'accueil en diocèse représente, la plupart du temps, la partie la plus goûtée par les jeunes; c'est précisément l'étape de la JMJ où ils font connaissance avec une culture autre. Ils s'en imbibent, au contact des familles et institutions qui les hébergent, à travers la découverte du patrimoine religieux, par l'immersion dans la vie de l'Église locale et au fil des activités organisées pour eux. À Toronto, il faut savoir que le programme est essentiellement axé sur des catéchèses, des temps de service à caractère social et de grands rassemblements qui permettent de fraterniser avec d'autres jeunes de partout dans le monde; il ne reste alors que peu de temps, sinon carrément pas du tout, pour une quelconque insertion dans la culture ou les traditions de la ville hôtesse.
La candidature de Toronto émane évidemment des instances de ce diocèse, le plus gros au pays. Les évêques canadiens l'ont appuyée avec enthousiasme, y voyant plus d'occasions pour notre jeunesse qu'en Europe, en Australie, à Pékin ou Tokyo, pour ne donner que quelques exemples. Toronto ne se trouve pas à l'autre bout du monde, et s'y retrouver quelques jours n'équivaut certainement pas à «tirer un grand trait sur [notre] histoire, [notre] langue et [notre] culture», comme l'affirme Jean-Marc Léger.
Notre belle ville de Québec offre effectivement de nombreux avantages, souvent uniques en Amérique, pour recevoir des visiteurs de l'étranger. Mais elle n'a ni la taille ni les infrastructures de Paris, Rome ou tant d'autres: un demi-million de jeunes pèlerins étrangers (chiffre toujours très possible pour les 27 et 28 juillet) équivaudrait à une invasion, certes la plus pacifique qu'on puisse imaginer, mais tout de même très difficile à accueillir en bloc. Au lendemain du Sommet des Amériques, on comprend très bien que notre archevêque n'ait même pas essayé de soumettre une telle idée au premier magistrat de la Vieille Capitale!
Une anecdote
En regard des propos d'Henri Bourassa, que M. Léger cite («le droit sacré de chaque peuple à sa langue et sa culture» ou «le rôle du français dans la diffusion du christianisme sur ce continent»), nous aurions nous aussi applaudi très chaleureusement si nous avions été de ce monde en 1910. Mais relier cette anecdote (parmi tant d'autres) d'un passé lointain à un rassemblement mondial de jeunes du troisième millénaire nous apparaît aussi étrange que passéiste; les jeunes d'aujourd'hui diraient sans doute que nous avons trois ou quatre générations de retard... Ce qui ne veut pas dire que l'histoire ne les intéresse pas; du moins, ici à Québec, nous comptons bien leur faire apprivoiser notre histoire et notre présent, tous deux sous le signe de la culture et de la langue françaises, de leur survivance, au prix de combats parfois épiques, et de leur avenir à travers une jeunesse à la fois différente et semblable à toutes celles qui l'ont précédée.
S'il fallait, au terme des activités de la JMJ, qu'on puisse dire que l'Amérique d'expression française a été ignorée (le titre du texte de M. Léger), nous en serions probablement aussi désappointés que vous. Nous croyons avoir fait ce qu'il fallait pour que, dans cette grande fête mondiale de la jeunesse et de la foi, notre culture trouve au moins sa juste place, aux côtés de tant d'autres. La langue anglaise et l'American way of life (qui peut inspirer le Québec autant que le reste du Canada) ne devraient pas y occuper plus d'espace qu'ailleurs sur notre planète. Nous pouvons même anticiper que dans cette rencontre des cultures, ce sera plutôt le contraire: la lingua franca moderne et les valeurs propagées par Hollywood risquent fort d'y être battues en brèche, voire marginalisées, plus que dans tout événement international.
De toute évidence, M. Léger n'a jamais participé à la Journée mondiale de la jeunesse (JMJ), dont il sous-estime lourdement le potentiel de rencontres interculturelles, peu importe où se déroule la fête. Il ignore sans doute aussi que l'organisation de la JMJ est entièrement bilingue, ce qui ne se réalise pas toujours aussi facilement qu'on le voudrait, au Canada comme en d'autres pays.
50 000 jeunes pèlerins
Au contraire, la localisation ontarienne de ce rassemblement mondial nous permet d'accueillir au Québec pas moins de 50 000 jeunes pèlerins étrangers, dans le cadre de l'accueil en diocèse et ce qui l'entoure, entre les 18 et 22 juillet principalement. Ceci n'a rien d'un quelconque prix de consolation: nous savons, depuis Paris en 1997 et Rome en 2000, que cette phase de l'accueil en diocèse représente, la plupart du temps, la partie la plus goûtée par les jeunes; c'est précisément l'étape de la JMJ où ils font connaissance avec une culture autre. Ils s'en imbibent, au contact des familles et institutions qui les hébergent, à travers la découverte du patrimoine religieux, par l'immersion dans la vie de l'Église locale et au fil des activités organisées pour eux. À Toronto, il faut savoir que le programme est essentiellement axé sur des catéchèses, des temps de service à caractère social et de grands rassemblements qui permettent de fraterniser avec d'autres jeunes de partout dans le monde; il ne reste alors que peu de temps, sinon carrément pas du tout, pour une quelconque insertion dans la culture ou les traditions de la ville hôtesse.
La candidature de Toronto émane évidemment des instances de ce diocèse, le plus gros au pays. Les évêques canadiens l'ont appuyée avec enthousiasme, y voyant plus d'occasions pour notre jeunesse qu'en Europe, en Australie, à Pékin ou Tokyo, pour ne donner que quelques exemples. Toronto ne se trouve pas à l'autre bout du monde, et s'y retrouver quelques jours n'équivaut certainement pas à «tirer un grand trait sur [notre] histoire, [notre] langue et [notre] culture», comme l'affirme Jean-Marc Léger.
Notre belle ville de Québec offre effectivement de nombreux avantages, souvent uniques en Amérique, pour recevoir des visiteurs de l'étranger. Mais elle n'a ni la taille ni les infrastructures de Paris, Rome ou tant d'autres: un demi-million de jeunes pèlerins étrangers (chiffre toujours très possible pour les 27 et 28 juillet) équivaudrait à une invasion, certes la plus pacifique qu'on puisse imaginer, mais tout de même très difficile à accueillir en bloc. Au lendemain du Sommet des Amériques, on comprend très bien que notre archevêque n'ait même pas essayé de soumettre une telle idée au premier magistrat de la Vieille Capitale!
Une anecdote
En regard des propos d'Henri Bourassa, que M. Léger cite («le droit sacré de chaque peuple à sa langue et sa culture» ou «le rôle du français dans la diffusion du christianisme sur ce continent»), nous aurions nous aussi applaudi très chaleureusement si nous avions été de ce monde en 1910. Mais relier cette anecdote (parmi tant d'autres) d'un passé lointain à un rassemblement mondial de jeunes du troisième millénaire nous apparaît aussi étrange que passéiste; les jeunes d'aujourd'hui diraient sans doute que nous avons trois ou quatre générations de retard... Ce qui ne veut pas dire que l'histoire ne les intéresse pas; du moins, ici à Québec, nous comptons bien leur faire apprivoiser notre histoire et notre présent, tous deux sous le signe de la culture et de la langue françaises, de leur survivance, au prix de combats parfois épiques, et de leur avenir à travers une jeunesse à la fois différente et semblable à toutes celles qui l'ont précédée.
S'il fallait, au terme des activités de la JMJ, qu'on puisse dire que l'Amérique d'expression française a été ignorée (le titre du texte de M. Léger), nous en serions probablement aussi désappointés que vous. Nous croyons avoir fait ce qu'il fallait pour que, dans cette grande fête mondiale de la jeunesse et de la foi, notre culture trouve au moins sa juste place, aux côtés de tant d'autres. La langue anglaise et l'American way of life (qui peut inspirer le Québec autant que le reste du Canada) ne devraient pas y occuper plus d'espace qu'ailleurs sur notre planète. Nous pouvons même anticiper que dans cette rencontre des cultures, ce sera plutôt le contraire: la lingua franca moderne et les valeurs propagées par Hollywood risquent fort d'y être battues en brèche, voire marginalisées, plus que dans tout événement international.
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