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L'ignorance de Blair

Serge Truffaut   11 mai 2004 
Après l'administration Bush, voilà que le gouvernement de Tony Blair est confronté à son tour à un barrage de critiques pour le comportement que certains soldats britanniques ont eu à l'endroit de prisonniers irakiens. À la différence notable des responsables américains, les pendants britanniques, Tony Blair au premier chef, ont dit avoir été informés des méfaits commis seulement tout récemment.

À l'évidence, quelqu'un ment. Est-ce Blair ou son ministre de la Défense Geoff Hoon? Nul ne sait pour l'instant. Par contre, ce que l'on sait permet de répéter et de souligner qu'il y a du mensonge en cette histoire. Car, selon les précisions apportées par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), un inventaire des sévices, tortures et mauvais traitements infligés aux prisonniers a été remis aux autorités politiques concernées en janvier dernier. Au passage, on notera qu'Amnistie internationale a indiqué avoir informé en mai 2003 le gouvernement britannique sur les exactions commises en Irak.

Ce rapport mérite deux ou trois observations. Ainsi que l'a rappelé le président du CICR Jakob Kellenberger, son organisation a effectué plusieurs missions d'informations auprès des gradés militaires et «de leurs supérieurs». Et d'une. Et de deux, dans un communiqué composé après que le Wall Street Journal eut publié de larges extraits du bilan dressé par le CICR, on apprend que celui-ci a rencontré des responsables de la coalition afin de les sensibiliser verbalement au fait que plusieurs des personnes emprisonnées subissaient un traitement contraire aux obligations contenues dans la IIIe et la IVe Convention de Genève. Et de deux trois, selon les témoignages recueillis auprès des soldats eux-mêmes le CICR estime que 70 % des personnes emprisonnées l'ont été par... erreur! Mais bon, Tony Blair ne savait pas.

Grâce à ce scandale, un fait extrêmement troublant a été mis en lumière. Le nombre d'individus employés par des entreprises privées pour agir en tant que mercenaires, interrogateurs et autres fonctions avoisine les 20 000. De fait, le contingent de personnes payées par des compagnies en fait le deuxième en importance après celui des États-Unis et devant la Grande-Bretagne. C'est bien simple, il est deux fois plus imposant que le britannique.

La présence très prononcée du privé sur le champ de bataille irakien soulève un sacré problème. Contrairement à l'armée, le privé bénéficie d'un vide juridique. Aucun des salariés de la compagnie x ou y qui ont participé à des interrogatoires musclés n'est passible de la cour martiale tant et aussi longtemps que le Congrès n'a pas voté une déclaration de guerre. Dans le cas qui nous occupe, il n'y a pas eu de telle déclaration.

Cette prédisposition de l'administration Bush à privatiser la guerre gêne tant les Britanniques que l'état-major de sa Majesté est à couteaux tirés avec son correspondant américain. Tant et si bien que les militaires britanniques ont signifié à Blair qu'il était hors de question qu'ils demeurent sous commandement américain après le 30 juin. Mais bon, Tony Blair n'était au courant de rien.
 
 
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