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Crise du logement - La mauvaise foi d'une étude bidon

Frédéric Dubois - Organisateur de campagne auprès du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ)  16 juillet 2002 
Une étude intitulée «Comment résoudre la crise du logement au Québec?» est atterrie sur mon bureau une semaine avant le 1er juillet. Quelques jours plus tard, l'Institut économique de Montréal (IEDM), qui en est le promoteur, faisait étalage de sa recette magique pour combattre la crise du logement en conférence de presse.

Dans un simplisme sans pareil, l'Institut, financé par des intérêts privés, a réussi à démontrer son manque total de bonne foi sur les questions socioéconomiques. L'étude propose trois mesures principales pour pallier à la crise actuelle, soit de déréglementer le prix des loyers, de déréglementer l'industrie de la construction et d'abolir la construction de logements sociaux au profit de soutiens financiers aux individus les plus démunis.

Le timide contrôle des loyers qui existe au Québec est exercé uniquement lorsqu'un locataire refuse une augmentation de loyer. Dans la majorité des cas, les augmentations massives de loyers et, dans une plus grande mesure encore, des loyers les plus bas, se font au moment d'un changement de locataire. Ainsi, le marché opère pratiquement librement comme le souhaite l'IEDM depuis nombre d'années. Les deux dernières années ont cependant vu croître de façon spéculative et déraisonnable la moyenne des augmentations de loyer. La marginalisation et la discrimination sur la base de la condition sociale qui s'ensuit entraîne son lot d'appauvrissement, ce qui à son tour agrandit la crise du logement. La déréglementation aurait pour effet de paupériser une frange grandissante de la société et d'agrandir l'écart entre le pouvoir d'achat réel et le prix du loyer d'un locataire. Dans le cas de baux commerciaux, des entreprises et propriétaires fixent le prix du loyer par rapport aux lois du marché, la différence étant que ces entités sont à but commercial et que les hausses qu'elles subissent sont transmises directement au consommateur via une hausse du prix de ses produits et services. Le citoyen locataire lui, n'est pas un consommateur-producteur, mais bien un être humain avec des besoins essentiels à combler. Il ne peut donc pas répondre des seules lois du marché.

Déréglementer une industrie de la construction qui bénéficie déjà de largesses gouvernementales et de normes minimales à respecter est risible. S'il n'y a pas de construction de nouvelles unités de logements locatifs, c'est parce que la construction de condos et résidences pour personnes âgées est devenue trop intéressante financièrement. Les constructeurs vont là où se cache le magot, c'est une évidence sous un régime capitaliste. Si par contre le gouvernement voulait vraiment sortir le Québec de sa crise du logement, il devrait mettre un terme aux activités spéculatives, notamment par l'imposition de plafonds aux profits sans précédent réalisés par la construction de tels immeubles. Cela remettrait les pendules à l'heure, si bien que l'immobilier serait perçu à nouveau comme ce qu'il est, soit un investissement rentable et stable à long terme. Un réinvestissement massif dans la construction — et surtout la rénovation — serait alors stimulé.

Il est ensuite faux d'affirmer que le supplément au loyer est moins cher en bout de ligne que la construction de logements sociaux. Plusieurs études ont déjà démontré le contraire. Les suppléments au loyer aident temporairement, mais n'arrivent pas à s'attaquer aux causes profondes qui sous-tendent le plus souvent la pauvreté d'un ménage. L'IEDM va même jusqu'à prôner le travail au noir pour justifier que le secteur privé est plus efficace dans la gestion d'immeubles que le secteur public par ses HLM. Encourager le non-respect des lois dans une étude, c'est à mon sens se retirer toute crédibilité, en plus de véhiculer des faussetés. Le logement social est nécessaire dans plusieurs cas, dépendamment des besoins de la population auxquels une gestion privée ne peut pas répondre. À ce chapitre, le seul critère de rentabilité et de maximisation des profits pour sortir le Québec d'une telle crise socioéconomique, omettant du coup les critères sociaux, révèle les intentions uniquement marchandes se cachant derrière cette étude.

L'IEDM, dans la plus pure tradition des think tank, «groupes d'experts» promouvant les idées néolibérales et la privatisation tous azimuts, a habilement mis en lumière l'incompétence de son discours économique biaisé. L'analyse présentée en pleine crise du logement laisse présager une volonté d'influence des instances décisionnelles aux prises avec les mesures d'urgence. Les prochains mois seront ceux d'une lutte omniprésente, soit celle du droit au logement face au droit de propriété. Les Québécoises et Québécois devront invariablement se positionner pour savoir quel droit devrait avoir préséance sur l'autre. Là se trouve la solution à la crise du logement.
 
 
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