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Prisonniers irakiens: un rapport souligne l'aspect systématique des sévices

N/A ZZZN/A   4 mai 2004 
Arrêtés dimanche à Bagdad, ces quatre suspects irakiens ont aussitôt été mis en détention par les forces de l’armée américaine qui comptent les interroger. Un rapport de l’armée américaine montre que, contrairement aux affirmations du chef
Arrêtés dimanche à Bagdad, ces quatre suspects irakiens ont aussitôt été mis en détention par les forces de l’armée américaine qui comptent les interroger. Un rapport de l’armée américaine montre que, contrairement aux affirmations du chef
Washington — Un rapport de l'armée américaine sur les exactions commises par des soldats américains contre des prisonniers irakiens souligne l'aspect systématique du phénomène, contrairement aux affirmations du chef d'état-major interarmées américain, le général Richard Myers.

Le rapport de 53 pages écrit par le général Antonio Taguba et étiqueté «Secret/pas de diffusion à des étrangers» affirme que «plusieurs soldats ont commis des actes indignes et de graves violations de la loi internationale à Abou Gharib et au camp Bucca», selon des extraits publiés dans le Los Angeles Times.

«Entre octobre et décembre 2003, à la prison d'Abou Gharib, de nombreux sévices sadiques, flagrants et gratuits ont été infligés à plusieurs détenus. Ces sévices liés au système et illégaux sur des détenus ont été commis de manière intentionnelle par plusieurs membres de la police militaire» américaine, écrit le général Taguba.

Le général Myers a tenté dimanche de minimiser la portée de ces révélations en affirmant qu'il s'agissait de dérives isolées. «Ce n'est pas systématique», a-t-il affirmé, tout en reconnaissant qu'il n'avait «pas vu ce rapport».

Le scandale a été révélé le 28 avril par la diffusion de photos par la chaîne de télévision américaine CBS montrant des détenus nus entassés devant des soldats américains hilares.

Le rapport réalisé à la demande du général américain Ricardo Sanchez, chef des forces terrestres de la coalition en Irak, relève toute une série de sévices: des soldats américains ont «frappé» et «sauté sur les pieds nus» des prisonniers, «utilisé des chiens sans muselière pour faire peur aux détenus», «sodomisé un détenu», «menacé les détenus masculins de viol». Selon d'autres extraits cités dans le magazine New Yorker, les prisonniers ont été battus à l'aide d'un manche à balai et l'un d'entre eux a été sodomisé par «une lampe électrique et peut-être un manche à balai».

Le général Taguba laisse entendre que les sévices ont été commis sur les conseils des services de renseignement militaires. Il cite le sergent Javal Davis qui «a entendu dire que les renseignements militaires ont incité les gardiens à faire subir des sévices aux détenus».

Selon ce sergent, le renseignement militaire aurait dit: «Assouplis ce type pour nous. Assure-toi qu'il ait une mauvaise nuit. Assure-toi qu'il ait le traitement.»

Le renseignement militaire faisait ensuite des «compliments» comme «Bon travail, ils s'effondrent vraiment vite. Ils répondent à chaque question. Ils donnent de bonnes informations, finalement», d'après le sergent Davis.

La générale de réserve Janis Karpinski, chargée de la gestion du système pénitentiaire militaire américain en Irak et qui a été suspendue de ses fonctions, a également accusé le renseignement militaire.

Janis Karpinski «attribue la plupart des sévices qui se sont produits à Abou Gharib au renseignement militaire et a affirmé que le renseignement militaire avait donné à la police militaire des "idées" qui ont conduit aux sévices sur des prisonniers», écrit le général Taguba.

Le général Karpinski a affirmé sur la chaîne de télévision ABC ne pas avoir été au courant de ces actes. «Ce sont des actes méprisables. Si j'avais été au courant, j'aurais sans doute réagi très rapidement», a-t-elle déclaré.

Selon le général Karpinski, au vu des photographies, un plus grand nombre d'Américains seraient impliqués que les militaires déjà mis en cause. Et il s'agirait «d'autres gens que la police militaire».

Pour elle, le commandement militaire américain cherche donc à faire porter le chapeau de ces sévices au corps des réservistes, afin d'exonérer les hommes du renseignement militaire (Military intelligence, MI).

«Ils veulent mettre ça sur le dos de la police militaire, et espérer que ça va disparaître. Eh bien, ça ne va pas disparaître». Sur ABC, elle a précisé que les cellules d'Abou Gharib où se sont déroulés certains des sévices présumés étaient «sous le contrôle du renseignement militaire», la prison étant dans les faits sous commandement de ces mêmes services.

Le général Myers a démenti toute implication du renseignement militaire. «Je serais très surpris s'il y avait quelqu'un dans le renseignement disant: "Fais ceci", car tout le monde sait que c'est mal», a-t-il affirmé.

De son côté, le général Mark Kimmitt, principal porte-parole des forces militaires américaines en Irak, dit ne pas croire à un lien avec le renseignement militaire, et réaffirme qu'il s'agit «d'actes individuels de comportement criminel». Au cours de la même émission sur ABC, il ajoute: «Ils ont choisi de se livrer à ces actes. Et maintenant, ils ont l'air un peu inquiets de s'être fait attraper et d'être poursuivis pour cela.»

Reste que l'enquête en cours examine «les inquiétudes exprimées au sujet du renseignement militaire», a-t-il admis.

Dans son rapport, le général Taguba tente d'expliquer comment ces exactions ont pu être commises. Il a constaté notamment le manque «d'instruction ou de formation fournie à la police militaire sur les règles d'application de la Convention de Genève sur le traitement des prisonniers de guerre».

Il souligne également «des facteurs psychologiques, comme la différence de culture, la qualité de vie des soldats, la présence réelle de danger de mort sur une longue période, et l'échec du commandement à reconnaître l'existence de ces pressions» qui ont «contribué à l'atmosphère qui a existé à Abou Gharib».

Mesures disciplinaires

Des mesures disciplinaires ont été prises à l'encontre de sept soldats américains, à la suite d'allégations de mauvais traitements sur des prisonniers irakiens dans cette prison, a annoncé un haut gradé américain, hier. Sur les ordres du général Ricardo Sanchez, commandant des forces américaines en Irak, six de ces soldats — tous officiers ou officiers de réserve — ont reçu un blâme, la sanction administrative la plus élevée de l'armée américaine, a dit cette source sous couvert de l'anonymat. Le septième officier a été sanctionné moins sévèrement.

Cette source militaire a précisé qu'il croyait que les enquêtes sur ces officiers étaient terminées et qu'ils ne devraient pas encourir d'autres sanctions. Toutefois, la sanction infligée pourrait signifier la fin de leur carrière.

Six membres de la police militaire américaine risquent quant à eux une inculpation criminelle.

Par ailleurs, l'inspecteur central de l'agence centrale du renseignement américain (CIA) participe à l'enquête sur la mort d'un prisonnier à Abou Gharib, a annoncé hier un responsable de la CIA. Ce responsable a précisé que des agents de la CIA y participaient à des interrogatoires de prisonniers, sans pouvoir indiquer si certains avaient participé à des sévices tels que ceux révélés depuis la semaine dernière par les médias.

***

Soldats britanniques torturant un prisonnier: «Ce n'est pas un canular»

Londres — (AFP) Deux soldats britanniques niaient hier tout «canular» concernant les photos chocs fournies au Daily Mirror montrant des militaires torturant un Irakien, mais la majorité des experts cités dans la presse se montraient extrêmement sceptiques

«Nous avons dit la vérité et nous maintenons chaque mot de notre histoire», réaffirmaient hier dans le Daily Mirror les deux soldats du Queen's Lancashire Regiment par qui ces clichés très crus étaient arrivés à la une du journal samedi.

«Cela est arrivé, ce n'est pas un canular, et l'armée sait qu'il y a eu bien davantage», ajoute l'un d'eux. «Les photos sont vraies», assure-t-il, revenant sur ces clichés montrant des soldats britanniques frappant un civil irakien à coups de pied et de crosse de fusil, avant de lui uriner sur le corps.

«Peut-être que les officiers ne savent pas ce qui se passe, mais tous les autres le savent», insiste l'autre soldat, affirmant avoir vu circuler «des centaines de photos» de ce type.

Excepté ce tabloïd, de tendance pro-travailliste, mais engagé contre la guerre en Irak, l'ensemble de la presse britannique hier semblait sérieusement douter de l'authenticité de ces clichés.

Décryptant ces photos, Simon Treselyan, formateur pendant 19 ans au sein des SAS, unité commando déployée pour les opérations risquées de l'armée britannique, relevait ainsi plus d'une dizaine d'indices douteux.

Selon cet expert, cité par le Daily Telegraph (droite) mais aussi par le Guardian (centre-gauche), ni l'arme utilisée par ces présumés tortionnaires, ni le camion dans lequel le calvaire de ce prisonnier se serait déroulé, ne sont par exemple utilisés par les troupes en Irak.

L'arme en évidence sur les clichés serait en fait un «Soft Air», la réplique japonaise du «SA80 mk-1», l'ancien fusil utilisé par les soldats britanniques qui utilisent désormais une version plus moderne (SA80 mk-2), affirme Terry Foley, ancien membre des services de renseignements militaires, cité par le Sun.

Des sources proches du Queen's Lancashire Regiment soulignaient en outre l'absence de blessures visibles sur le corps de la supposée victime, censée avoir été passée à tabac pendant huit heures.
***
Cinq enquêtes sont en cours
Washington — (AP) Le Pentagone a annoncé hier que cinq enquêtes séparées concernant des allégations d’abus infligés par des soldats américains à des prisonniers irakiens ont été lancées. George W. Bush a téléphoné hier à son secrétaire d’État à la Défense Donald Rumsfeld pour s’assurer que les militaires ayant infligé de mauvais traitements à des prisonniers fassent l’objet d’un châtiment à la mesure des «actes honteux» qu’ils ont commis.
Selon un de ses proches conseillers ayant requis l’anonymat, le chef de la Maison Blanche a exigé qu’un rapport détaillant les mauvais traitements découverts par le Pentagone lui soit remis rapidement. L’enquêteur spécial des Nations unies sur la torture, Theo van Boven, a diffusé hier soir un communiqué exprimant ses sérieuses inquiétudes concernant des cas de torture et d’«autres traitements cruels, inhumains ou dégradants».
Selon le porte parole de Donald Rimsfeld, Larry Di Rita, ces sévices, censés avoir été commis à l’automne dernier, ont été signalés pour la première fois au commandement américain le 13 janvier par un soldat de la 800e Brigade de police militaire, commandée par le général Janis Karpinsky.
Une enquête criminelle a été lancée le lendemain et s’est achevée le 15 mars, selon M. Di Rita. Le 20 mars, des charges criminelles ont été retenues contre six policiers militaires.
Le 31 janvier a débuté une enquête sur les pratiques et procédures dans les centres de détention et d’interrogatoires qui s’est achevée le 3 mars par lerapport du général Antonio Taguba. Début février, l’inspecteur général de l’armée américaine a commencé à passer en revue les lieux de détention en Irak et en Afghanistan. A peu près au même moment, le chef des réservistes, le général James Helmly, a débuté une évaluation de l’entraînement des policiers militaires et des services de renseignements militaires.
Une dernière enquête a enfin été ouverte le 23 avril sur les procédures et pratiques des services de renseignements en Irak. Elle est dirigée par le général George Fay.






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