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Le syndicalisme va-t-il continuer sa progression ?

René Roy - Secrétaire général de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)  30 avril 2004 
Pour la quatrième année d'affilée, le taux de présence syndicale a augmenté au Québec en 2003, selon le dernier relevé rendu public récemment par Statistique Canada. Pour la quatrième année également, le Québec se classe à cet égard au premier rang au Canada et en Amérique du Nord. Nous sommes encore loin des taux beaucoup plus élevés atteints dans les pays scandinaves et quelques autres pays d'Europe, mais c'est quand même une réussite remarquable.

Cette performance témoigne de la vitalité de notre mouvement syndical, contrairement à ce qu'affirment certains analystes, de droite ou de gauche, qui parlent du déclin des syndicats chez nous. Certes, le syndicalisme ne se pratique plus aujourd'hui exactement comme dans les années 60 ou 70, signe qu'il évolue avec son temps et sait s'adapter au monde qui change, comme l'illustre notamment le travail du Fonds de solidarité de la FTQ. Mais sa force et son rapport de force sont toujours bel et bien là.

Le taux de présence syndicale au Québec en 2003 est monté à 41,2 % de la main-d'oeuvre, comparé à 40,4 % en 2002 et à 39,5 % en 1999. Cette progression s'est traduite par l'arrivée de 44 000 nouveaux syndiqués l'an dernier et 200 000 depuis cinq ans, ce qui en a porté le nombre total à plus de 1 303 000. En comparaison, pour l'ensemble du Canada, le taux se situe à 32,4 %, en très légère hausse sur l'année précédente (32,2 %). Dans presque toutes les provinces canadiennes, le taux de présence syndicale est resté sensiblement le même. Aux États-Unis, le taux stagne à moins de 15 %.

Selon le relevé effectué par notre service de la recherche à partir des données gouvernementales, la FTQ représente environ 43 % des syndiqués au Québec, les syndicats indépendants 23 %, la CSN 21 %, la CSQ 9 % et la CSD 4 %.

Des motifs d'inquiétude

Malgré ces progrès, nous avons des motifs d'inquiétude. On peut craindre en effet que la progression du taux de présence syndicale soit stoppée, et même que nous subissions des reculs, à la suite des lois antisyndicales votées sous le bâillon par le gouvernement Charest à l'automne, en particulier les amendements au Code du travail qui ouvrent toute grande la porte à la sous-traitance de cheap labor.

N'oublions pas non plus ces lois adoptées pour empêcher carrément la syndicalisation de deux groupes: le personnel des garderies en milieu familial et les personnes qui gardent à domicile des aînés ou des gens en perte d'autonomie.

Autre motif d'inquiétude: la grande différence qui persiste entre le taux de présence syndicale dans le secteur public, qui atteint 81,4 % de la main-d'oeuvre, et dans le secteur privé, qui n'est que de 28,4 %. Pour le secteur privé, on note quand même une progression de un point de pourcentage en un an. Le faible taux de présence syndicale dans le secteur privé explique pourquoi la FTQ s'est toujours battue et se bat encore pour améliorer la législation du travail en vue de faciliter l'accès à la syndicalisation, surtout pour les petits salariés. Car le meilleur moyen de lutter contre la pauvreté, c'est non seulement d'avoir un emploi, mais un emploi syndiqué.

Selon Statistique Canada, le salaire horaire moyen des syndiqués (hommes et femmes) au Québec en 2003 est de 20,01 $, alors que celui des non-syndiqués est de 15,67 $, un écart de 4,34 $ l'heure en faveur des syndiqués. L'avantage syndical est plus grand pour les femmes que pour les hommes. Ainsi, le salaire horaire moyen des femmes syndiquées est de 19,17 $, comparé à 13,87 $ pour les non-syndiquées. Chez les hommes, le salaire horaire moyen des syndiqués est de 20,73 $, comparé à 17,45 $ pour les non-syndiqués. Et ce, sans parler des meilleures conditions de travail et des avantages sociaux comme les régimes d'assurances et de retraite.

Le principal défi du mouvement syndical reste de s'implanter davantage dans le secteur tertiaire privé, parmi le personnel de bureau, de commerces et de services. Un sondage Léger Marketing réalisé récemment pour le compte de la FTQ révèle que 42 % des salariés non-syndiqués préféreraient être syndiqués s'ils en avaient le choix. Cette proportion monte à presque 60 % chez les jeunes de 18 à 24 ans.

Ce dernier résultat est fort encourageant, car ce sont les jeunes qui vont assurer non seulement la continuité et la progression, mais aussi le renouvellement du mouvement syndical. Si le syndicalisme veut continuer, il faut en effet qu'il change, qu'il sache s'adapter et se moderniser, qu'il pratique des stratégies offensives et créatives. Un mouvement syndical, c'est l'évidence, doit rester en mouvement, sinon il cesse d'avancer. Et s'il veut avancer encore, il faut qu'il continue de changer.
 
 
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