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Martin n'anticipe aucune percée à Washington

Manon Cornellier   29 avril 2004 
Washington — Malgré les odeurs persistantes d'élections, ce n'est pas avec des résultats flamboyants que le premier ministre Paul Martin compte marquer des points lors de sa rencontre avec le président américain George W. Bush demain.

Depuis une semaine, ses conseillers s'emploient à atténuer les attentes, en particulier dans les dossiers de la «vache folle» et du bois d'oeuvre. «Nous n'anticipons aucune percée particulière dans ces dossiers clés, mais nous utiliserons nos nombreuses réunions de travail pour les faire avancer», ont-ils affirmé lors d'une séance d'information. La réalité est que ce n'est pas le président qui a autorité dans ces domaines, d'expliquer un conseiller.

C'est donc autrement que Paul Martin pourrait chercher à s'illustrer à la veille des élections. En se livrant surtout à un exercice d'équilibriste que seuls les Canadiens pourront vraiment juger et que surveilleront de près les partis d'opposition. Peu importe comment il s'en tirera, il déplaira à quelqu'un, mais la question sera de savoir s'il réussira à en indisposer le moins possible.

D'où la nécessité pour lui de démontrer aux gens de l'Ouest et à bien des conservateurs qu'il peut avoir des relations fructueuses avec les Américains. Mais pour la gauche de son parti et bien des Canadiens, il devra prouver que cela est possible sans pour autant tomber dans l'à-plat-ventrisme dont il accuse le chef conservateur Stephen Harper.

Paul Martin devra jouer ses cartes de manière à ne pas avoir l'air d'être trop copain avec George Bush, un président dont les politiques rebutent à beaucoup de Canadiens, en particulier au Québec. Il devra enfin démontrer qu'il est possible de faire cette démarche sans négliger le reste de la politique étrangère canadienne, ce que craignent le Bloc québécois et le NPD.

Tout son programme semble avoir été conçu non seulement avec ses préoccupations de politique étrangère en tête, mais en fonction aussi d'en donner un peu à chacun. Ainsi, il lancera sa visite ce matin par un discours devant deux instituts de recherche et portant sur sa vision du rôle du Canada dans le monde. Il se rendra ensuite rencontrer les leaders du Congrès afin de montrer qu'il tient à créer des ponts plus larges que ceux de la Maison-Blanche. Ses conseillers soulignent d'ailleurs qu'il s'agit d'un exemple de ce qu'il entend par une relation «plus sophistiquée» avec les États-Unis, c'est-à-dire qui ne repose pas seulement sur les deux chefs de gouvernement mais aussi sur les ministres, les parlementaires, les provinces et les États et des organisations de toutes sortes.

Demain, il commencera sa journée par une table ronde avec des organisations non gouvernementales avec lesquelles il entend discuter d'aide au développement, de lutte contre le sida et d'allégement de la dette. Il rencontrera ensuite le président Bush en tête-à-tête et assistera à un déjeuner de travail en compagnie de ministres et de conseillers. On parlera d'affaires bilatérales et multilatérales sans pompe ni faste. Pas de partie de golf ou de pêche en perspective.

À travers tout ça, on se fait modeste à Ottawa. Dans le dossier de la vache folle, on serait déjà heureux de savoir quand l'examen des commentaires sur un projet de règlement favorable au Canada sera complété, ce qui pourrait accélérer la réouverture des frontières pour l'exportation de boeuf de plus de 30 mois.

Dans le dossier du bois d'oeuvre, le dernier projet d'entente a été rejeté par les provinces. On fera donc plutôt le point sur la situation tout en étant attentif à une décision qu'un tribunal de l'ALENA doit rendre demain, jour même de la rencontre entre MM. Bush et Martin. Ce tribunal avait, en première instance, donné raison au Canada.

En matière de politique étrangère, aucun engagement majeur n'est prévu. Il sera évidemment question de l'Irak, de l'Afghanistan et d'Haïti, mais il s'agira avant tout de faire le point sur la situation actuelle et d'examiner ce qui peut être fait à long terme pour assurer la reconstruction de ces pays. Les deux hommes devraient aussi aborder la question du Moyen-Orient et du sort du processus de paix israélo-palestinien, des sujets qui seront au coeur du prochain sommet du G8 que présidera M. Bush du 8 au 10 juin.

Le but de ce voyage n'est donc pas, affirme-t-on, de signer des documents mais d'établir cette relation bilatérale sur des bases solides. «C'est un voyage de travail, pas un sommet», de répéter un des fonctionnaires qui offraient une séance d'information vendredi dernier.

Des objectifs à plus long terme se profilent toutefois avec insistance: convaincre les Américains que le Canada fait sa part en matière de sécurité et contrer autant que possible le protectionnisme qui fait rage chaque fois que les élections approchent aux États-Unis.

Le Canada en fait souvent les frais, en particulier au Congrès où les représentants et les sénateurs rivalisent d'imagination avec leurs projets de loi. C'est d'ailleurs pour limiter ce genre de dégâts que le premier ministre compte, lors de rencontres avec des leaders du Congrès aujourd'hui, rappeler l'importance de l'intégration économique des deux pays. M. Martin veut s'informer aussi de l'état des projets de loi ayant un intérêt particulier pour le Canada, question d'identifier ceux qui ont une chance d'être adoptés — le taux est généralement bas — et d'offrir une riposte lorsque cela s'avérera nécessaire.

Le Canada est aussi la cible des critiques de plusieurs législateurs américains lorsqu'il est question d'assurer la sécurité du continent, une obsession depuis les attentats du 11 septembre. Davantage préoccupé par l'impact négatif qu'aurait une fermeture de la frontière, le Canada se démène depuis, ce qui est bien vu par l'administration Bush. Les deux hommes devraient d'ailleurs examiner s'il convient de pousser plus loin le projet de frontière intelligente amorcé en 2001.

Paul Martin a par ailleurs évité que le controversé bouclier antimissile figure à l'ordre du jour, et ce, malgré l'impatience des Américains à l'égard des hésitations canadiennes. «On n'a pas besoin de prendre de décision maintenant», a avancé un conseiller en guise d'explication. Le Pentagone attend pourtant de savoir si le Canada participera ou non au bouclier pour décider si le commandement relèvera de NORAD ou d'une institution exclusivement américaine. Le temps presse car les premiers intercepteurs au sol doivent être déployés dès cet automne, en Alaska et en Californie. Dans les rangs libéraux par contre, on préférerait une décision après les élections et M. Bush semble avoir accepté de ne pas embarrasser leur chef.

George W. Bush est lui aussi en campagne électorale, mais la visite de M. Martin n'y changera pas grand-chose, le Canada passant généralement inaperçu aux États-Unis. Ce sera d'ailleurs sûrement le cas aujourd'hui puisque tout le monde aura les yeux rivés sur la rencontre entre le président Bush, le vice-président Dick Cheney et la commission qui enquête sur les attentats du 11 septembre 2001.






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