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L'OMS part en guerre contre l'obésité

Fabien Deglise   29 avril 2004 
Taxer la malbouffe, réduire la teneur en sucre, en sel et en gras des aliments mais aussi mieux encadrer les publicités sur les produits alimentaires. Pour combattre l'épidémie d'obésité qui ronge actuellement le monde occidental, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en appelle désormais à la responsabilisation des pouvoirs publics et de l'industrie agroalimentaire. Avec des recommandations, présentées dans la version finale de l'avant-projet de sa «stratégie mondiale pour l'alimentation, l'exercice physique et la santé», qui sont loin de faire le bonheur des fabricants de bouffe minute.

Consulté par Le Devoir, ce document que l'OMS se prépare à faire entériner par ses membres lors d'une assemblée qui se tiendra à Genève, en Suisse, du 17 au 22 mai, pose les jalons d'une lutte intégrée contre l'obésité et les maladies qui en découlent. Avec un but clair: «créer les conditions propices à l'application de mesures durables [...] qui, ensemble, réduiront la morbidité et la mortalité liées à une mauvaise alimentation et à la sédentarité», peut-on lire.

Le programme est chargé. Et dans le but d'enrayer la progression des maladies induites par la surcharge pondérale, l'OMS «invite instamment» les États membres, dont le Canada fait partie, à revoir, par exemple, leur politique fiscale. L'objectif? Taxer le fruit de l'industrie agroalimentaire, qui ne peut se vanter d'être sain, et favoriser en même temps, à l'aide d'incitatifs fiscaux, la consommation des aliments que les nutritionnistes préfèrent voir entrer dans les garde-manger. «Les prix ont des répercussions sur les choix des consommateurs, font remarquer les responsables de la stratégie. L'État peut influencer les prix moyennant des taxes, des subventions ou la fixation directe des prix de façon à promouvoir une alimentation saine et l'exercice physique tout au long de la vie.»

L'idée d'une taxe sur le junk food est dans l'air du temps un peu partout où l'obésité est de plus en plus... pesante. Mais selon un sondage commandé la semaine dernière par Le Devoir, cette idée est largement rejetée au Québec, soit par 66 % de la population. «Sans doute parce que nous sommes déjà trop taxés», souligne Paul Boisvert, de la chaire de recherche sur l'obésité de l'Université Laval. «Et puis, l'argent de ces taxes risque de se retrouver dans la construction de routes plutôt que dans des programmes de prévention, ce dont nous avons pourtant grand besoin pour lutter contre l'obésité.»

Les gardiens mondiaux de la santé publique le croient aussi, comme en témoigne l'accent mis sur la lutte préventive dans leur plan d'intervention. En substance, le rapport encourage en effet les États à «adopter des politiques et à prévoir des incitations pour que la marche, le cyclisme et d'autres formes d'exercice physique puissent être pratiqués facilement et en toute sécurité», est-il écrit. Pour commencer.

Car l'OMS voit également dans l'éducation une bonne façon de faire fondre l'excès de tissu adipeux qui ralentit le pas d'un nombre toujours croissant de personnes, surtout celles vivant dans les pays industrialisés. «L'éducation en matière de nutrition et d'exercice physique et l'apprentissage nécessaire pour déchiffrer les médias, qui doivent démarrer dès l'école primaire, sont importants pour combattre les phénomènes de mode dans le domaine alimentaire, mettre en garde contre les conseils diététiques trompeurs et promouvoir une alimentation saine», indiquent les auteurs, qui préconisent au passage la mise à profit dans cette aventure de tous les ministères (Alimentation, Sports, Éducation, Transports, Aménagement urbain et consorts) sous la houlette du ministère de la Santé, chargé de coordonner les programmes mis en place.

«Tout ça vient apporter de l'eau à notre moulin, a commenté Paul Boisvert hier. Il est déplorable de constater qu'aujourd'hui au Québec, les questions d'obésité ne semblent pas prises au sérieux par notre gouvernement. Et quand il est question de prévention, le gouvernement se fait même très discret. Il faut donc espérer que les lignes directrices élaborées par l'OMS, qui appuie nos revendications, viennent enfin renverser la vapeur.»

Et pas seulement lorsqu'il est question d'éducation et d'information en matière d'alimentation. En effet, la stratégie de l'Organisation mondiale de la santé va plus loin en mettant dans sa ligne de mire l'industrie agroalimentaire, qui devrait «limiter la teneur en graisses saturées, en acides gras trans, en sucre et en sel des produits existants», peut-on lire. Les penseurs de lois gagneraient d'ailleurs à se pencher sur ces ingrédients à l'origine du surpoids, croit l'OMS, afin de mieux inciter ceux qui en abusent dans les «boissons et les en-cas» à les mettre au rancart.

Avec un oeil sur les processus de fabrication, l'OMS s'immisce aussi dans le monde de la publicité qui, selon elle, doit davantage, lorsqu'il est question d'alimentation, se discipliner. «Les publicités pour les aliments et les boissons ne devraient pas exploiter l'inexpérience ou la crédulité des enfants», indiquent par exemple les auteurs de la stratégie. Mieux — du moins pour les fervents pourfendeurs de gras —, «les messages qui incitent à avoir des pratiques alimentaires nuisibles à la santé ou un mode de vie sédentaire devraient être combattus au profit de messages qui incitent à rester en bonne santé», peut-on lire plus loin.

«C'est primordial, lance M. Boisvert. Quand on voit en ce moment sur nos écrans de télévision une publicité pour Mastercard qui présente comme normal le fait d'acheter des crottes de fromage et des chocolats à des enfants, il y a de quoi s'insurger... »

Fruit de deux ans de consultations aux quatre coins de la planète, cette stratégie mondiale répond à la demande faite en 2002 par les États membres d'élaborer un plan de lutte contre les maladies dites non transmissibles. Au cours des derniers mois, son élaboration a suscité de vives réactions de la part des représentants de l'industrie de l'alimentation, des boissons gazeuses et du sucre, qui a fait pression sur l'OMS pour faire disparaître du document (dont la première version a été rendue publique en novembre dernier) les références au sucre, à une éventuelle taxation ainsi qu'à la remise en question des pratiques commerciales. En vain, de toute évidence.






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  • Michel Grenier
    Inscrit
    jeudi 29 avril 2004 12h59
    Il y a des problèmes plus urgents
    « L'OMS me tombe sur les nerfs avec son programme de lutte contre l'obésité. L'obésité se retrouve surtout dans les pays industrialisés, ceux dont les habitants jouissent de l'espérance de vie la plus longue. L'OMS devrait se concentrer sur la malaria, le sida et les autres maladies qui touchent davantage les populations du tiers-monde.
    Je suis écoeuré de me faire "éduquer" et taxer par un Big Brother qui, au nom de la prévention, essaye de modifier mes habitudes de vie et de consommation (tabac, alcool, maintenant "junk food" et puis quoi ensuite?).
    Je comprends cependant qu'il est plus facile pour les gouvernements de taxer des produits et de mettre en oeuvre des programmes "d'éducation" que de s'attaquer à des problèmes plus complexes (comme les listes d'attente pour des traitements par exemple). »

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