dimanche 22 novembre 2009 Dernière mise à jour 11h52


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Riopelle: finie la chicane de famille

Stéphane Baillargeon   27 avril 2004 
Succession Jean-Paul Riopelle
Succession Jean-Paul Riopelle
La gigantesque chicane de famille des héritiers de l'artiste Jean-Paul Riopelle tire à sa fin. Les deux filles du peintre, Iseult et Sylvie, de même que sa dernière compagne, Huguette Vachon, sont sur le point de conclure une entente réglant l'ensemble du litige qui les a fait s'affronter devant les tribunaux au cours des dernières années.

Selon les informations obtenues par Le Devoir, les héritières ont convenu de vendre à des particuliers «quelques toiles» de la collection laissée en héritage pour régler les dernières dettes urgentes de la Succession. Les transactions, conclues au cours des dernières semaines, ont notamment servi à rembourser un prêt de 2,7 millions contracté auprès d'une banque québécoise.

Les acheteurs ont demandé la confidentialité sur leurs identités comme sur les sommes payées et les oeuvres concernées. Aucun musée québécois ou étranger ne serait toutefois lié par ce commerce. Des personnes consultées au cours des derniers jours affirment cependant que certaines des toiles vendues devraient être offertes à des institutions muséales nationales au cours des prochains mois par les acquéreurs désireux de profiter des avantages fiscaux reliés aux dons d'oeuvres.

Les héritières ont aussi commencé à partager en parts égales les centaines de lots restants (dont beaucoup décrits comme «mineurs») et les autres biens légués par l'artiste. Le travail avance tellement bien que, selon les avocates consultées, le dossier complet devrait se régler pendant l'été.

«Nous ne visons pas une date précise, mais nous espérons tout conclure dans les prochains mois», dit Me Céline Garneau, mandatée par la Succession. Il n'y a plus aucun serrement de gorge du point de vue financier. Les dettes sont payées. Nous ne fonctionnons plus sur le poumon artificiel. Les relations sont très harmonieuses et même excellentes. Malgré les désaccords, nous réussissons à dialoguer. En fait, je ne vois pas d'anicroche qui nous obligerait à retourner devant les tribunaux. Je serais très surprise que nous nous retrouvions là.»

Sa consoeur abonde dans ce sens. «Les attitudes ont complètement changé, et le dossier ne s'en porte que mieux», enchaîne Me Marie-Josée Hogue, du cabinet Heenan Blaikie, qui représente les deux filles Riopelle. «Il existe maintenant une collaboration étroite entre les liquidateurs et les héritières pour procéder à une liquidation totale, de sorte que chacun reçoive le lot qui lui revient. Nous devrions conclure ce dossier dans le courant de l'été.»

Cette bonne entente contraste avec le tumulte des dernières années alors que la chicane de la célèbre famille se transportait devant les tribunaux et défrayait les manchettes. Jean-Paul Riopelle est décédé il y a tout juste deux ans, en mars 2002, laissant des biens et des capitaux d'une valeur totale de 30 à 50 millions.

Le testament avantageait trois personnes, ses deux filles et sa dernière compagne, même si Yann Fravalo, un fils né hors mariage a eu droit, en vertu d'une loi française, à une partie des biens, en fait une résidence située en Europe. Le testament désignait aussi Mme Vachon comme un des liquidateurs de la Succession, avec le comptable du couple, Michel Trudel.

Cette position comme juge et partie de la belle-mère a envenimé des relations déjà tendues avec Iseult et Sylvie, qui contestaient en cour, avant même la mort de leur père, le rôle joué par Mme Vachon. Les filles reprochaient aussi à Mme Vachon d'avoir créé une compagnie à numéro pour acheter 742 oeuvres de la collection Riopelle (en 1996) et pour recevoir des prêts d'environ 1,4 million du peintre, juste avant son décès.

Les honoraires des avocats ont maintenant largement dépassé le million. Uniquement entre février 2002 et mars 2003, le cabinet de Me Garneau a facturé à la Succession 821 613 $. Le dossier binational, très complexe, a forcé les avocats à faire appel à une multitude d'experts de toutes sortes, fiscalistes, comptables, etc.

En novembre dernier, la bisbille se transportait à nouveau devant la Cour supérieure. Les deux filles obtenaient alors une injonction pour interdire la vente aux enchères de près de 70 oeuvres de la collection de leur célèbre père, dont une majorité de sa main, une vente décrétée par les mandataires de la Succession. «Je regarde toute cette saga et je me dis qu'on est au point où des ego très forts se battent et ne veulent rien céder», déclarait alors Michel Tétreault, un des derniers galeristes de Riopelle.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer le revirement des derniers mois. Un juge de la Cour supérieure du Québec a accepté de conduire une médiation entre les parties. «Son implication est maintenant terminée», explique Me Hogue qui ne révèle pas le nom de ce médiateur.

Le cabinet Heenan & Blaikie a remplacé son équipe d'avocats. L'électrochoc judiciaire de l'automne a calmé le jeu de part et d'autre. Le Devoir a aussi appris qu'il ne restait plus que deux liquidateurs, soit Mme Vachon et Michel Trudel. John Porter, directeur du Musée national des beaux-arts du Québec, a remis sa démission de la Succession dans la foulée de la controverse entourant l'injonction. Le quatrième liquidateur, le notaire Yvan Desjardins, a suivi peu après, en invoquant des raisons personnelles.

«Depuis l'injonction, une collaboration beaucoup plus grande s'est installée entre les deux liquidateurs restants, commente Mme Hogue. Plutôt que de se retrouver de nouveau dans des procédures judiciaires et sans combler la vacance à la Succession — où il faudrait normalement compter trois liquidateurs —, nous avons établi une communication bénéfique, dans un esprit de collaboration, entre les liquidateurs et les héritiers. Et ça a fonctionné! D'ailleurs, souvent, les batailles mouvementées [devant les tribunaux] provoquent des prises de conscience.»

Les deux filles souhaiteraient toujours mettre sur pied une fondation pour s'occuper des oeuvres de Jean-Paul Riopelle. Surtout Iseult, qui dirige depuis des années la constitution d'un catalogue raisonné des créations de son père. «Il s'agit toujours d'un objectif premier des enfants», conclut l'avocate Marie-Josée Hogue.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
0 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009