dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 01h01
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

L'UPA pourrait renoncer aux OGM

La question est sur la table, confirme Laurent Pellerin

Fabien Deglise   26 avril 2004 
Un Québec dépourvu de tout organisme génétiquement modifié (OGM) et où les produits — forcément importés — qui en contiendraient seraient obligatoirement étiquetés. Depuis des années, les environnementalistes en rêvent. Et ils ne sont désormais plus les seuls, puisque l'idée commence sérieusement à faire son chemin dans le rang même des agriculteurs de la province réunis au sein de l'Union des producteurs agricoles (UPA).

Le Devoir a appris en effet que l'organisme, qui représente l'ensemble des artisans de la terre, jonglait désormais avec l'idée d'un Québec où les OGM n'auraient plus droit de cité dans les champs. Un Québec aussi où l'étiquetage des fruits de la biotechnologie deviendrait non plus volontaire, comme l'Union l'a toujours encouragé, mais plutôt obligatoire.

«La population se questionne de plus en plus sur les OGM, et les agriculteurs en font tout autant, explique une source proche du dossier. Ce type de semences ne fait pas l'unanimité dans tous les secteurs de l'industrie, et la création d'un Québec 100 % sans OGM semble être maintenant une solution préconisée par plusieurs.»

Laurent Pellerin, président de l'UPA, le confirme. «La question [de l'interdiction des OGM au Québec] est actuellement sur la table, a-t-il expliqué hier en entrevue téléphonique au Devoir. Des gens militent dans ce sens, comme il y a aussi des gens qui militent pour un étiquetage obligatoire. Mais aucune décision n'a été prise pour le moment.»

Les OGM sont au coeur des préoccupations des agriculteurs du Québec qui, comme le reste de la société, s'interrogent sur les effets de ces transgènes sur la santé (physique et financière) de leurs exploitations, comme sur l'environnement, et s'en inquiètent. En décembre dernier, les participants au congrès annuel de l'UPA ont même adopté une résolution visant à repenser collectivement le rapport qu'entretiennent les fermiers de la province avec ces organismes.

Et ils ont été entendus. Dans les prochaines semaines, le comité de l'UPA sur les biotechnologies doit en effet se mettre au travail pour disséquer la délicate question des OGM. «Histoire de réévaluer l'usage qui en est fait et d'actualiser la discussion au regard des événements et des faits nouveaux qui sont survenus depuis deux ans [date de la dernière rencontre], indique M. Pellerin. Bien sûr, je n'ai pas les conclusions de cette réunion à venir. Mais j'espère que le débat va être constructif et que la réflexion va aller jusqu'au fond des choses.»

Actuellement, les OGM ne sont que peu utilisés au Québec contrairement aux autres provinces canadiennes. Au total, 31 % du maïs et 28 % du soya produits ici sont génétiquement modifiés. Ces deux plus importantes cultures d'OGM se concentrent d'ailleurs dans six régions seulement — Mauricie, Estrie, Chaudière-Appalaches, Lanaudière, Laurentides, Montérégie. Le canola, lui, est à 65 % issu du génie génétique. Mais sa présence, principalement dans les régions périphériques, reste encore très marginale puisqu'en 2002, selon la Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec, on n'en a planté que 7500 hectares. Soit, en proportion, 20 fois moins que le maïs et le soya. En dehors de ces trois cultures, aucun autre OGM n'est exploité commercialement.

N'empêche, à l'heure où le consommateur reste perplexe devant la révolution transgénique et où plusieurs marchés d'exportation ferment leurs portes aux graines et légumineuses améliorées dans les laboratoires de Monsanto, BASF, Aventis et consorts, l'idée d'un Québec qui s'afficherait totalement exempt des ces gènes modifiés semble séduire. «Pour les exportations, ce serait un élément positif, c'est sûr, dit le président de l'UPA. D'autant qu'au Québec, en raison du climat, nous avons historiquement développé des cultures traditionnelles productives qui sont encore très présentes.»

Voilà pour les bons côtés. À l'inverse toutefois, bannir les OGM pourrait enlever le sourire à plusieurs exploitants qui, en y succombant dans les dernières années, ont considérablement amélioré leurs conditions de vie. Et pour cause. Exigeant moins d'épandage de pesticides, les OGM sur plants nécessitent du même coup moins de travail. Ces organismes contribuent également à réduire les quantités de produits chimiques dans les champs, affirment les cultivateurs qui se réjouissent au passage des bienfaits de la chose sur leur santé et sur celle de leur entourage.

«C'est effectivement une dimension dont on entend peu parler, souligne M. Pellerin. Dans le cas du canola, ces organismes sont aussi une bonne source de protéines pour l'alimentation du bétail dans les régions périphériques, qui n'ont alors pas besoin d'en importer d'autres régions du Québec. Si l'on doit s'en débarrasser, il va falloir trouver d'autres solutions.»

Nouveau contrat social

Avec, sur les planches à dessin, la mise au rancart possible des OGM, l'Union des producteurs agricoles semble vouloir amorcer un changement de cap. Et le vent nouveau qui l'anime aujourd'hui pourrait l'amener encore plus loin.

En témoigne le rapport de la Table sur les fermes à dimension humaine que le Conseil général de l'UPA a entériné le 30 mars dernier et qui, dans les grandes lignes, encourage désormais les agriculteurs à définir un «nouveau contrat social liant les productrices, producteurs agricoles, les contribuables, les consommateurs et l'État», peut-on lire.

L'urgence est là. «L'agriculture québécoise vit actuellement une crise sociale majeure, poursuivent les auteurs de ce rapport. Traditionnellement un secteur bien considéré de la société, le secteur agricole a vu ses méthodes de production remises en question, et son acceptabilité sociale diminuer.»

Pire, l'inquiétude des producteurs serait même, dans le contexte, à la hausse «et ils appréhendent un ralentissement du développement de l'agriculture qui s'est déjà en partie concrétisé par un temps d'arrêt dans la production porcine imposé par l'État», indique-t-on plus loin.

Tout en reconnaissant que la croissance des dernières années n'a pas eu «que des côtés positifs», mais aussi que «l'agriculture au Québec est à un tournant majeur de son développement», l'UPA souhaite donc revoir de fond en comble les pratiques de ses membres pour mieux s'inscrire dans l'air du temps.

Avec au programme: une gestion différente de l'aide financière pour encourager les petites productions ou encore les agriculteurs, toujours plus nombreux, à temps partiel; des politiques visant à maintenir le plus grand nombre de fermes possible; un accent mis sur la diversification des cultures et des produits offerts, mais aussi une amélioration du contrôle des agriculteurs sur leur production afin de les rendre moins dépendants... des vendeurs de semences, par exemple.

«On doit trouver un nouvel équilibre entre les objectifs économiques, environnementaux et sociaux, résume M. Pellerin. On doit aussi répondre aux besoins et aux préoccupations de la population. Tout en étant réaliste: aujourd'hui 66 % des consommateurs font encore leur choix sur un seul critère: le prix. Et il faut les satisfaire, si l'on ne veut pas que nos produits soient remplacés par d'autres qui viennent du Brésil ou du Mexique. Mais il y a aussi de la place pour d'autres types de produits et de productions que l'UPA va continuer à représenter.»

Le changement de cap de l'organisme — «c'est plutôt une évolution normale», dit M. Pellerin — sera présenté aux membres de l'organisation le 17 juin prochain lors d'un congrès spécial.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012