La déclaration d'Ariel Sharon a des précédents - L'expansion d'Israël, ou la conquête territoriale à l'américaine
La déclaration d'Ariel Sharon du 14 avril 2004 sur le retrait de l'État d'Israël de la bande de Gaza et son ambition avouée de retenir une grande partie de la Cisjordanie inquiètent la communauté internationale. Mais pour bien comprendre cette inquiétude, l'analyse doit aller au-delà des personnalités politiques afin de saisir la tendance expansionnisme de l'État d'Israël dans la durée.
Deux questions viennent à l'esprit. Ainsi, les territoires occupés palestiniens deviendront-il l'objet de conquête définitive comme le souhaiteraient les fondamentalistes chrétiens à la recherche des conditions préalables pour préparer la résurrection de Jésus? Gaza et la Syrie deviendront-elles les «Mexiques» de l'État hébreu une fois définitivement amputées respectivement de la Cisjordanie et du Golan?
Il ne fait aucun doute que l'armée israélienne se comporte comme une armée coloniale victorieuse, mais elle est en difficulté politique parce que son gouvernement est incapable de proposer un arrangement politique aux vaincus (c'est-à-dire le peuple palestinien et ses dirigeants) qui mettrait une fin définitive au conflit israélo-palestinien.
En 2002, une hypothèse tragique a été émise par certains chercheurs; celle voulant que «[...] la Maison-Blanche soit d'accord avec M. Sharon, qui vise à détruire les fondements de l'économie et de la société des Palestiniens et à les expulser du territoire du Mandat» (Le Débat stratégique, no 61, mars 2002). Cette hypothèse s'appuyait alors sur les dires de Sharon lui-même, qui reconnaissait que sa politique est «la suite de la guerre de 1948», propos retenus par le journal Le Monde (7 et 8 avril 2002, page 3).
Plus explicite fut le général Effi Eitam, du Parti national religieux, pour qui il faut chasser les Palestiniens en plus grand nombre et ceux qui restent doivent avoir le statut d'immigrés précaires. Cela veut dire que dans tout ce qui était la Palestine d'avant 1948, seul l'État d'Israël serait souverain; c'est l'aboutissement d'«Eretz Israël» de Théodore Herzl.
Le 14 avril semble être le début de la confirmation de cette hypothèse. Si le comportement de Sharon n'étonne plus personne, c'est l'attitude du président des États-Unis qui rend le monde perplexe. En effet, arrivé au pouvoir après l'échec du processus d'Oslo, Sharon n'avait pas pour programme de parvenir à la paix avec les Palestiniens, et il n'envisageait pas non plus de reprendre les négociations sur le statut final de la Palestine amorcées par son prédécesseur, Éhoud Barak.
On ne peut s'empêcher de souligner que la déclaration de Sharon s'est établie sur un précédent, nommément l'échange épistolaire entre lord Arthur James Balfour (ministre britannique des Affaires étrangères en 1917) et lord Lionel Walter Rothschild (homme d'affaires sioniste britannique), qui a abouti à la création de l'État d'Israël en territoire palestinien. Toutefois, ce précédent, en lui-même, ne dit rien de l'attitude du président des États-Unis envers Sharon et de l'évolution de l'hégémonie israélienne dans sa propre durée. Il s'agit de conquérir et de créer un nouveau droit sur des situations de faits accomplis après conquête.
En fait, Sharon veut que le prolongement territorial de l'État d'Israël dans ce qui reste de la Palestine adopte le même processus que l'extension de l'État américain dans l'ouest de ce que sont aujourd'hui les États-Unis. Si ces derniers et Israël se ressemblent beaucoup de par leur passé de conquête territoriale, ils ne diffèrent pas non plus dans leur présent.
Tandis que l'État d'Israël pouvait encore, il y a quelque temps, envier le niveau relativement élevé de la sécurité du territoire américain, ceci ne semble plus être le cas après le 11 septembre 2001, même si le terrorisme palestinien et celui d'Oussama ben Laden n'ont ni la même origine ni le même objectif. Et, comme par malheur, le rapport entre l'imitateur (Israël) et l'imité (États-Unis) se renverse: les États-Unis créent leurs propres territoires occupés à la suite de leur conquête de l'Irak et seraient en passe d'imiter les pratiques anti-intifada éprouvées de l'État d'Israël. Dans ce nouveau contexte géostratégique, c'est seulement parmi les plus optimistes et dans la rhétorique politique que la démocratie est un des devenirs possibles. Mais en toute probabilité, l'horizon se dessine comme une gestion militaire chaotique de toute la sous-région.
La répétition de l'acte de naissance d'Israël
L'histoire nous enseigne donc que la déclaration de Sharon du 14 avril 2004 n'est pas originale. Le 2 novembre 1917, lord Arthur James Balfour envoie une lettre à lord Lionel Walter Rothschild, annonçant la sympathie de son gouvernement pour les aspirations territoriales sionistes en Palestine. Reprenant l'essentiel d'une lettre reçue de Rothschild, Balfour annonce que le gouvernement britannique «envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif». Contradictoire dans son contenu, la désormais célèbre déclaration Balfour ajoute que dans la réalisation de cet objectif, rien ne sera fait qui puisse porter atteinte aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine.
Il a fallu 30 ans pour que l'objet de la déclaration Balfour se réalise concrètement avec la création de l'État d'Israël, en 1948. Après six guerres entre Israël et les États arabes, la Syrie deviendra l'infirme, amputée du Golan, comme l'est aujourd'hui le Mexique. Aussi, les territoires palestiniens deviennent sujets d'annexion, comme l'a été l'ouest des États-Unis, même si, cette fois-ci, les conquérants et les conquis sont les mêmes enfants d'Abraham.
Le 14 avril 2004, Sharon et Bush répètent l'acte de naissance de l'État d'Israël presque nostalgiquement. À l'issue de la discussion bilatérale à la Maison-Blanche, le président américain appuie sans réserve la position d'Ariel Sharon sur le retrait des colonies israéliennes de la bande de Gaza et le maintien de cinq grandes colonies en Cisjordanie occupée.
La déclaration Balfour et la décision de George Bush ont beaucoup d'affinités. Les deux sont initiées par des sionistes et des Israéliens et se sont transformées en politiques officielles des deux puissances, respectivement le Royaume-Uni dans les années 40 et les États-Unis en 2004, qui donnent la terre d'un peuple sans le consentement de celui-ci à une tierce partie!
Il ne fait aucun doute que les deux déclarations violent la loi internationale. Elles modifient la carte de la Palestine et les territoires occupés. La première viole la promesse donnée aux Arabes par la voie de la correspondance entre MacMahon (représentant de la Grande-Bretagne) et Hussein (parlant au nom des Arabes); la deuxième enfreint les résolutions nos 242 et 338 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui ont reçu le vote favorable des États-Unis en 1967 et 1973.
Hégémonie américaine et israélienne: même combat?
Depuis la guerre des Six Jours, en juin 1967, la position de tous les gouvernements américains consiste à ne pas reconnaître la souveraineté israélienne sur les territoires arabes occupés, y compris la bande de Gaza, la Cisjordanie (comprenant la partie est de Jérusalem) et les hauteurs du Golan. L'annexion du Golan, territoire syrien, et celle de Jérusalem-Est sont jugées illégales par le Conseil de sécurité des Nations unies. Tous les présidents américains ont refusé de déménager l'ambassade de leur pays de Tel-Aviv à Jérusalem, en conformité avec les résolutions onusiennes, et ce, malgré un vote favorable récemment passé par le Congrès des États-Unis. Tous ont aussi jugé inadmissible la colonisation des territoires occupés.
Le changement de la politique américaine sous George W. Bush ouvre un nouveau chapitre dans les relations des États-Unis avec tout le Moyen-Orient. Tandis que l'arrogance, caractéristique de l'empire, aveugle les décideurs américains, la faiblesse et la complaisance excessives des régimes arabes, corrompus et non démocratiques, les paralysent face aux agissements israéliens dans les territoires occupés et l'appui inconditionnel de Washington à ces actions.
L'incapacité des puissances moins importantes de faire entendre leur voix dans le bruit de la guerre en Irak et en Afghanistan et l'absence de toute contre-puissance valable (sans être nostalgique du système bipolaire) sont d'autres raisons laissant libre la scène du conflit israélo-arabe aux Américains.
Quel que soit l'écart en matière d'espace-temps qui distingue l'hégémonie américaine de l'hégémonie israélienne, il n'en demeure pas moins que les comportements des deux se rejoignent dans la durée. Dans leurs ambitions conquérantes, tour à tour, l'une sert de modèle à l'autre. Si l'histoire américaine des conquêtes territoriales a servi de modèle à l'expansion de l'État d'Israël, la présence de celui-ci dans les territoires occupés sert de modèle à l'occupation américaine de l'Irak. Celui-ci n'est-il pas devenu le territoire occupé des États-Unis? L'unilatéralisme ne caractérise-t-il pas les deux hégémonies?
Quel dénouement?
Quelques heures après avoir appuyé sans réserve la position d'Ariel Sharon sur les territoires occupés palestiniens, George Bush a reçu son partenaire dans la guerre en Irak, le premier ministre britannique Tony Blair. Forcé par le pragmatisme britannique et la montée des pertes de soldats américains en Irak, le président Bush modifie quelque peu ses propos du 14 avril, laissant planer la possibilité de revoir sa position sur les colonies israéliennes en Cisjordanie.
Il est très difficile, sinon impossible, de comprendre ce qui est finalement la politique américaine. Les propos de M. Bush sont parfois équivoques et sèment la confusion. Il faut s'attendre à plus de confusion au cours de cette année électorale. Tout en prêchant la démocratisation au Moyen-Orient étendu, il prend des décisions pour le peuple palestinien, absent de la dernière discussion entre Bush et Sharon.
Malgré la prise de décision unilatérale et la violation du droit international dans la question du conflit israélo-arabe, il est permis d'espérer d'autres revirements dans la position américaine à l'endroit des problèmes du Moyen-Orient. La détérioration de la sécurité en Irak obligerait Washington à aménager un vrai rôle actif et central à l'ONU dans le domaine politique, la passation du pouvoir et la reconstruction de ce pays ravagé. Il est aussi souhaitable qu'un rôle accru soit accordé aux organisations internationales régionales (Ligue des États arabes, Organisation de la conférence islamique) en Irak et dans le conflit palestinien (ONU et Union européenne).
C'est le président lui-même qui, après tout, reconnaît un lien direct entre la situation en Irak et celle des territoires palestiniens occupés. George Bush servira bien la cause de la paix et l'intérêt national de son pays en ne dupliquant pas le rôle de lord Balfour mais en prenant la responsabilité attachée au statut de l'empire: arbitrer justement les situations injustes!
Deux questions viennent à l'esprit. Ainsi, les territoires occupés palestiniens deviendront-il l'objet de conquête définitive comme le souhaiteraient les fondamentalistes chrétiens à la recherche des conditions préalables pour préparer la résurrection de Jésus? Gaza et la Syrie deviendront-elles les «Mexiques» de l'État hébreu une fois définitivement amputées respectivement de la Cisjordanie et du Golan?
Il ne fait aucun doute que l'armée israélienne se comporte comme une armée coloniale victorieuse, mais elle est en difficulté politique parce que son gouvernement est incapable de proposer un arrangement politique aux vaincus (c'est-à-dire le peuple palestinien et ses dirigeants) qui mettrait une fin définitive au conflit israélo-palestinien.
En 2002, une hypothèse tragique a été émise par certains chercheurs; celle voulant que «[...] la Maison-Blanche soit d'accord avec M. Sharon, qui vise à détruire les fondements de l'économie et de la société des Palestiniens et à les expulser du territoire du Mandat» (Le Débat stratégique, no 61, mars 2002). Cette hypothèse s'appuyait alors sur les dires de Sharon lui-même, qui reconnaissait que sa politique est «la suite de la guerre de 1948», propos retenus par le journal Le Monde (7 et 8 avril 2002, page 3).
Plus explicite fut le général Effi Eitam, du Parti national religieux, pour qui il faut chasser les Palestiniens en plus grand nombre et ceux qui restent doivent avoir le statut d'immigrés précaires. Cela veut dire que dans tout ce qui était la Palestine d'avant 1948, seul l'État d'Israël serait souverain; c'est l'aboutissement d'«Eretz Israël» de Théodore Herzl.
Le 14 avril semble être le début de la confirmation de cette hypothèse. Si le comportement de Sharon n'étonne plus personne, c'est l'attitude du président des États-Unis qui rend le monde perplexe. En effet, arrivé au pouvoir après l'échec du processus d'Oslo, Sharon n'avait pas pour programme de parvenir à la paix avec les Palestiniens, et il n'envisageait pas non plus de reprendre les négociations sur le statut final de la Palestine amorcées par son prédécesseur, Éhoud Barak.
On ne peut s'empêcher de souligner que la déclaration de Sharon s'est établie sur un précédent, nommément l'échange épistolaire entre lord Arthur James Balfour (ministre britannique des Affaires étrangères en 1917) et lord Lionel Walter Rothschild (homme d'affaires sioniste britannique), qui a abouti à la création de l'État d'Israël en territoire palestinien. Toutefois, ce précédent, en lui-même, ne dit rien de l'attitude du président des États-Unis envers Sharon et de l'évolution de l'hégémonie israélienne dans sa propre durée. Il s'agit de conquérir et de créer un nouveau droit sur des situations de faits accomplis après conquête.
En fait, Sharon veut que le prolongement territorial de l'État d'Israël dans ce qui reste de la Palestine adopte le même processus que l'extension de l'État américain dans l'ouest de ce que sont aujourd'hui les États-Unis. Si ces derniers et Israël se ressemblent beaucoup de par leur passé de conquête territoriale, ils ne diffèrent pas non plus dans leur présent.
Tandis que l'État d'Israël pouvait encore, il y a quelque temps, envier le niveau relativement élevé de la sécurité du territoire américain, ceci ne semble plus être le cas après le 11 septembre 2001, même si le terrorisme palestinien et celui d'Oussama ben Laden n'ont ni la même origine ni le même objectif. Et, comme par malheur, le rapport entre l'imitateur (Israël) et l'imité (États-Unis) se renverse: les États-Unis créent leurs propres territoires occupés à la suite de leur conquête de l'Irak et seraient en passe d'imiter les pratiques anti-intifada éprouvées de l'État d'Israël. Dans ce nouveau contexte géostratégique, c'est seulement parmi les plus optimistes et dans la rhétorique politique que la démocratie est un des devenirs possibles. Mais en toute probabilité, l'horizon se dessine comme une gestion militaire chaotique de toute la sous-région.
La répétition de l'acte de naissance d'Israël
L'histoire nous enseigne donc que la déclaration de Sharon du 14 avril 2004 n'est pas originale. Le 2 novembre 1917, lord Arthur James Balfour envoie une lettre à lord Lionel Walter Rothschild, annonçant la sympathie de son gouvernement pour les aspirations territoriales sionistes en Palestine. Reprenant l'essentiel d'une lettre reçue de Rothschild, Balfour annonce que le gouvernement britannique «envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif». Contradictoire dans son contenu, la désormais célèbre déclaration Balfour ajoute que dans la réalisation de cet objectif, rien ne sera fait qui puisse porter atteinte aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine.
Il a fallu 30 ans pour que l'objet de la déclaration Balfour se réalise concrètement avec la création de l'État d'Israël, en 1948. Après six guerres entre Israël et les États arabes, la Syrie deviendra l'infirme, amputée du Golan, comme l'est aujourd'hui le Mexique. Aussi, les territoires palestiniens deviennent sujets d'annexion, comme l'a été l'ouest des États-Unis, même si, cette fois-ci, les conquérants et les conquis sont les mêmes enfants d'Abraham.
Le 14 avril 2004, Sharon et Bush répètent l'acte de naissance de l'État d'Israël presque nostalgiquement. À l'issue de la discussion bilatérale à la Maison-Blanche, le président américain appuie sans réserve la position d'Ariel Sharon sur le retrait des colonies israéliennes de la bande de Gaza et le maintien de cinq grandes colonies en Cisjordanie occupée.
La déclaration Balfour et la décision de George Bush ont beaucoup d'affinités. Les deux sont initiées par des sionistes et des Israéliens et se sont transformées en politiques officielles des deux puissances, respectivement le Royaume-Uni dans les années 40 et les États-Unis en 2004, qui donnent la terre d'un peuple sans le consentement de celui-ci à une tierce partie!
Il ne fait aucun doute que les deux déclarations violent la loi internationale. Elles modifient la carte de la Palestine et les territoires occupés. La première viole la promesse donnée aux Arabes par la voie de la correspondance entre MacMahon (représentant de la Grande-Bretagne) et Hussein (parlant au nom des Arabes); la deuxième enfreint les résolutions nos 242 et 338 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui ont reçu le vote favorable des États-Unis en 1967 et 1973.
Hégémonie américaine et israélienne: même combat?
Depuis la guerre des Six Jours, en juin 1967, la position de tous les gouvernements américains consiste à ne pas reconnaître la souveraineté israélienne sur les territoires arabes occupés, y compris la bande de Gaza, la Cisjordanie (comprenant la partie est de Jérusalem) et les hauteurs du Golan. L'annexion du Golan, territoire syrien, et celle de Jérusalem-Est sont jugées illégales par le Conseil de sécurité des Nations unies. Tous les présidents américains ont refusé de déménager l'ambassade de leur pays de Tel-Aviv à Jérusalem, en conformité avec les résolutions onusiennes, et ce, malgré un vote favorable récemment passé par le Congrès des États-Unis. Tous ont aussi jugé inadmissible la colonisation des territoires occupés.
Le changement de la politique américaine sous George W. Bush ouvre un nouveau chapitre dans les relations des États-Unis avec tout le Moyen-Orient. Tandis que l'arrogance, caractéristique de l'empire, aveugle les décideurs américains, la faiblesse et la complaisance excessives des régimes arabes, corrompus et non démocratiques, les paralysent face aux agissements israéliens dans les territoires occupés et l'appui inconditionnel de Washington à ces actions.
L'incapacité des puissances moins importantes de faire entendre leur voix dans le bruit de la guerre en Irak et en Afghanistan et l'absence de toute contre-puissance valable (sans être nostalgique du système bipolaire) sont d'autres raisons laissant libre la scène du conflit israélo-arabe aux Américains.
Quel que soit l'écart en matière d'espace-temps qui distingue l'hégémonie américaine de l'hégémonie israélienne, il n'en demeure pas moins que les comportements des deux se rejoignent dans la durée. Dans leurs ambitions conquérantes, tour à tour, l'une sert de modèle à l'autre. Si l'histoire américaine des conquêtes territoriales a servi de modèle à l'expansion de l'État d'Israël, la présence de celui-ci dans les territoires occupés sert de modèle à l'occupation américaine de l'Irak. Celui-ci n'est-il pas devenu le territoire occupé des États-Unis? L'unilatéralisme ne caractérise-t-il pas les deux hégémonies?
Quel dénouement?
Quelques heures après avoir appuyé sans réserve la position d'Ariel Sharon sur les territoires occupés palestiniens, George Bush a reçu son partenaire dans la guerre en Irak, le premier ministre britannique Tony Blair. Forcé par le pragmatisme britannique et la montée des pertes de soldats américains en Irak, le président Bush modifie quelque peu ses propos du 14 avril, laissant planer la possibilité de revoir sa position sur les colonies israéliennes en Cisjordanie.
Il est très difficile, sinon impossible, de comprendre ce qui est finalement la politique américaine. Les propos de M. Bush sont parfois équivoques et sèment la confusion. Il faut s'attendre à plus de confusion au cours de cette année électorale. Tout en prêchant la démocratisation au Moyen-Orient étendu, il prend des décisions pour le peuple palestinien, absent de la dernière discussion entre Bush et Sharon.
Malgré la prise de décision unilatérale et la violation du droit international dans la question du conflit israélo-arabe, il est permis d'espérer d'autres revirements dans la position américaine à l'endroit des problèmes du Moyen-Orient. La détérioration de la sécurité en Irak obligerait Washington à aménager un vrai rôle actif et central à l'ONU dans le domaine politique, la passation du pouvoir et la reconstruction de ce pays ravagé. Il est aussi souhaitable qu'un rôle accru soit accordé aux organisations internationales régionales (Ligue des États arabes, Organisation de la conférence islamique) en Irak et dans le conflit palestinien (ONU et Union européenne).
C'est le président lui-même qui, après tout, reconnaît un lien direct entre la situation en Irak et celle des territoires palestiniens occupés. George Bush servira bien la cause de la paix et l'intérêt national de son pays en ne dupliquant pas le rôle de lord Balfour mais en prenant la responsabilité attachée au statut de l'empire: arbitrer justement les situations injustes!
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