Publicité - Guité implique Martin
Photo : Agence Reuters
«Le gouvernement du Canada en a eu pour son argent dans tous ses projets», a dit Charles Guité.
Ottawa — Le programme des commandites a bel et bien profité d'une «contribution» politique lors du choix des projets et de leur attribution aux différentes agences de publicité, a déclaré l'ancien directeur du programme, l'ex-fonctionnaire Chuck Guité, alors qu'il témoignait devant le comité des Comptes publics hier.
L'ancien ministre des Finances et actuel premier ministre, Paul Martin, ne faisait pas partie du groupe de politiciens associés au programme des commandites, créé dans la foulée du référendum de 1995, mais M. Guité n'a pas hésité à accuser l'ancien bureau de M. Martin de tentative d'«interférence» dans l'attribution des contrats de publicité et de recherche sur l'opinion publique, deux autres dossiers examinés par le comité.
«M. Martin personnellement, non, son bureau, oui», a dit M. Guité, des allégations que le bureau du premier ministre s'est empressé de nier. Il a soutenu qu'à l'époque, l'ancienne chef de cabinet de M. Martin, Terrie O'Leary, avait tenté de faire ajouter certaines compagnies à la liste des firmes invitées à soumissionner pour un contrat de communications du ministère des Finances. Il dit avoir refusé puisque le processus était déjà en cours.
Elle l'aurait aussi contacté pour faire mousser la candidature d'Earnscliffe Strategy Group, une firme de communications abritant les plus importants organisateurs de M. Martin. «Paul préférerait si... », aurait-elle dit à M. Guité.
Alors qu'il n'avait aucun document pour soutenir le reste de son témoignage, Chuck Guité a appuyé en partie ses dires dans ce cas-ci à partir de deux notes datant de 1994 et 1995. De plus, c'est la seule occasion où il a carrément parlé d'«interférence».
Dans le cas du programme des commandites, il a plutôt protégé l'entourage et les ministres de Jean Chrétien en disant qu'ils n'avaient jamais tenté d'influencer le processus de sélection des agences. Il a toutefois confirmé l'existence d'une direction politique sur le plan «opérationnel».
«Le bureau du premier ministre, le ministre [Alfonso] Gagliano, le ministre [David] Dingwall n'ont jamais suggéré de noms ou ne se sont jamais mêlés du processus de sélection des agences. Ont-ils fourni une contribution [input] et des décisions en ce qui a trait à des événements précis qui étaient commandités et en ce qui a trait à l'allocation [des projets] à des firmes particulières? Absolument», a-t-il dit au début de sa comparution. Selon lui, là se situe la différence fondamentale entre l'«interférence» inacceptable et la contribution politique justifiée.
Le témoignage de M. Guité était particulièrement attendu, surtout depuis que le premier ministre Paul Martin a indiqué qu'il ne déclencherait pas d'élections sans l'avoir entendu. La tentative d'associer M. Martin aux problèmes des contrats de publicité surprend peu, M. Guité ayant visiblement le sentiment de servir de bouc émissaire dans toute cette affaire.
Ce nouveau développement pourrait peut-être affecter les calculs électoraux des libéraux car il sert les intérêts de l'opposition, qui tente désespérément depuis des semaines de lier le premier ministre au scandale. De plus, il ravive les plaies entre les camps Martin et Chrétien, M. Guité n'ayant rien fait pour éviter d'embêter le premier ministre alors qu'il n'a cessé d'épargner l'équipe du second.
Combatif, préparé, cinglant, M. Guité a refusé d'accepter quelque blâme que ce soit. La direction administrative du programme relevait entièrement de lui mais, quoi qu'en dise la vérificatrice générale Sheila Fraser, sa gestion était conforme aux règles, a-t-il dit, avant d'offrir une interprétation bien personnelle de ces dernières.
Il a rejeté la faute sur les autres et dit avoir agi dans l'intérêt du pays. «Le gouvernement du Canada en a eu pour son argent dans tous ses projets», a-t-il dit à plusieurs reprises. Il en veut pour preuve le fait qu'il n'y aura pas de référendum de sitôt, et ce, à cause de la baisse de popularité du mouvement souverainiste. «Pourquoi est-elle très basse? À cause du programme de commandites», a-t-il encore affirmé.
Contredisant les anciens ministres Dingwall et Gagliano, il a dit avoir eu plusieurs rencontres avec eux et toujours à leur demande. Cela se passait en moyenne une fois par mois avec M. Gagliano pour discuter «d'un événement, des commissions payées, de l'agence impliquée et ainsi de suite». M. Gagliano a prétendu de son côté qu'il avait rencontré M. Guité à trois ou quatre reprises par année, et toujours à la demande du fonctionnaire.
M. Guité a aussi confirmé ses rapports directs avec Jean Pelletier, l'ancien chef de cabinet de Jean Chrétien. Dans ce cas, cependant, c'était le fonctionnaire qui sollicitait les rendez-vous, une démarche entreprise après que la ministre Diane Marleau eut refusé de maintenir le lien direct entre ce cadre intermédiaire et le bureau du ministre.
M. Guité, qui a piloté le programme des commandites de 1997 à 1999, a nié pratiquement tous les manquements aux règles relevées par la vérificatrice générale. Cette dernière affirmait dans son rapport de février qu'entre 1997 et 2000, environ 100 des 250 millions accordés au programme avaient servi à payer des commissions et des frais de production aux agences de publicité sans que rien dans les dossiers ne permette de savoir si le gouvernement en avait eu pour son argent. Elle parlait entre autres d'absence de documents et de contrats et factures fictives.
Évoquant le transfert de fonds à des sociétés d'État par l'entremise d'agences de publicité, elle écrivait: «Ces arrangements semblent avoir été conçus pour verser des commissions à des agences de communications, tout en camouflant la source des fonds et la véritable nature des opérations.»
«Des conclusions qui sont trompeuses et dans certains cas, erronées», a rétorqué M. Guité. Il s'est pourtant retrouvé à confirmer certaines conclusions de Mme Fraser en reconnaissant que, ne pouvant transférer des fonds à des sociétés de la Couronne sans passer par le Conseil du trésor, il avait alors choisi de faire transiter les fonds par des agences de communications, qui ont récolté des commissions plantureuses au passage.
S'il manquait des documents dans les dossiers, il ne pouvait l'expliquer, assurant à maintes reprises qu'à son départ à l'été 1999, ils étaient complets. Selon lui, aucun chèque n'aurait pu être fait sans contrat ni facture. Quant aux pièces justificatives, il revenait aux agences de les conserver et, si la vérificatrice générale n'y a pas eu accès, cela explique ses conclusions erronées, a-t-il précisé. Il a aussi défendu la pratique d'antidater des contrats.
En 1996, des vérifications interne et externe avaient permis de découvrir des problèmes similaires dans le domaine de la publicité. Là encore, il s'en défend et accuse plutôt le dénonciateur Allan Cutler, le fonctionnaire à l'origine de ces vérifications, d'avoir «bricolé» les dossiers en question. Une accusation très grave qui a mené le président à exiger des preuves que M. Guité n'a pu fournir.
Étant donné les nombreuses contradictions entre plusieurs témoins, le comité débattra aujourd'hui d'une motion de la libérale Marlene Jennings afin de convoquer de nouveau Mme Fraser, M. Gagliano et l'ancien sous-ministre Ron Quail. Quant à M. Guité, il poursuit son témoignage aujourd'hui.
L'ancien ministre des Finances et actuel premier ministre, Paul Martin, ne faisait pas partie du groupe de politiciens associés au programme des commandites, créé dans la foulée du référendum de 1995, mais M. Guité n'a pas hésité à accuser l'ancien bureau de M. Martin de tentative d'«interférence» dans l'attribution des contrats de publicité et de recherche sur l'opinion publique, deux autres dossiers examinés par le comité.
«M. Martin personnellement, non, son bureau, oui», a dit M. Guité, des allégations que le bureau du premier ministre s'est empressé de nier. Il a soutenu qu'à l'époque, l'ancienne chef de cabinet de M. Martin, Terrie O'Leary, avait tenté de faire ajouter certaines compagnies à la liste des firmes invitées à soumissionner pour un contrat de communications du ministère des Finances. Il dit avoir refusé puisque le processus était déjà en cours.
Elle l'aurait aussi contacté pour faire mousser la candidature d'Earnscliffe Strategy Group, une firme de communications abritant les plus importants organisateurs de M. Martin. «Paul préférerait si... », aurait-elle dit à M. Guité.
Alors qu'il n'avait aucun document pour soutenir le reste de son témoignage, Chuck Guité a appuyé en partie ses dires dans ce cas-ci à partir de deux notes datant de 1994 et 1995. De plus, c'est la seule occasion où il a carrément parlé d'«interférence».
Dans le cas du programme des commandites, il a plutôt protégé l'entourage et les ministres de Jean Chrétien en disant qu'ils n'avaient jamais tenté d'influencer le processus de sélection des agences. Il a toutefois confirmé l'existence d'une direction politique sur le plan «opérationnel».
«Le bureau du premier ministre, le ministre [Alfonso] Gagliano, le ministre [David] Dingwall n'ont jamais suggéré de noms ou ne se sont jamais mêlés du processus de sélection des agences. Ont-ils fourni une contribution [input] et des décisions en ce qui a trait à des événements précis qui étaient commandités et en ce qui a trait à l'allocation [des projets] à des firmes particulières? Absolument», a-t-il dit au début de sa comparution. Selon lui, là se situe la différence fondamentale entre l'«interférence» inacceptable et la contribution politique justifiée.
Le témoignage de M. Guité était particulièrement attendu, surtout depuis que le premier ministre Paul Martin a indiqué qu'il ne déclencherait pas d'élections sans l'avoir entendu. La tentative d'associer M. Martin aux problèmes des contrats de publicité surprend peu, M. Guité ayant visiblement le sentiment de servir de bouc émissaire dans toute cette affaire.
Ce nouveau développement pourrait peut-être affecter les calculs électoraux des libéraux car il sert les intérêts de l'opposition, qui tente désespérément depuis des semaines de lier le premier ministre au scandale. De plus, il ravive les plaies entre les camps Martin et Chrétien, M. Guité n'ayant rien fait pour éviter d'embêter le premier ministre alors qu'il n'a cessé d'épargner l'équipe du second.
Combatif, préparé, cinglant, M. Guité a refusé d'accepter quelque blâme que ce soit. La direction administrative du programme relevait entièrement de lui mais, quoi qu'en dise la vérificatrice générale Sheila Fraser, sa gestion était conforme aux règles, a-t-il dit, avant d'offrir une interprétation bien personnelle de ces dernières.
Il a rejeté la faute sur les autres et dit avoir agi dans l'intérêt du pays. «Le gouvernement du Canada en a eu pour son argent dans tous ses projets», a-t-il dit à plusieurs reprises. Il en veut pour preuve le fait qu'il n'y aura pas de référendum de sitôt, et ce, à cause de la baisse de popularité du mouvement souverainiste. «Pourquoi est-elle très basse? À cause du programme de commandites», a-t-il encore affirmé.
Contredisant les anciens ministres Dingwall et Gagliano, il a dit avoir eu plusieurs rencontres avec eux et toujours à leur demande. Cela se passait en moyenne une fois par mois avec M. Gagliano pour discuter «d'un événement, des commissions payées, de l'agence impliquée et ainsi de suite». M. Gagliano a prétendu de son côté qu'il avait rencontré M. Guité à trois ou quatre reprises par année, et toujours à la demande du fonctionnaire.
M. Guité a aussi confirmé ses rapports directs avec Jean Pelletier, l'ancien chef de cabinet de Jean Chrétien. Dans ce cas, cependant, c'était le fonctionnaire qui sollicitait les rendez-vous, une démarche entreprise après que la ministre Diane Marleau eut refusé de maintenir le lien direct entre ce cadre intermédiaire et le bureau du ministre.
M. Guité, qui a piloté le programme des commandites de 1997 à 1999, a nié pratiquement tous les manquements aux règles relevées par la vérificatrice générale. Cette dernière affirmait dans son rapport de février qu'entre 1997 et 2000, environ 100 des 250 millions accordés au programme avaient servi à payer des commissions et des frais de production aux agences de publicité sans que rien dans les dossiers ne permette de savoir si le gouvernement en avait eu pour son argent. Elle parlait entre autres d'absence de documents et de contrats et factures fictives.
Évoquant le transfert de fonds à des sociétés d'État par l'entremise d'agences de publicité, elle écrivait: «Ces arrangements semblent avoir été conçus pour verser des commissions à des agences de communications, tout en camouflant la source des fonds et la véritable nature des opérations.»
«Des conclusions qui sont trompeuses et dans certains cas, erronées», a rétorqué M. Guité. Il s'est pourtant retrouvé à confirmer certaines conclusions de Mme Fraser en reconnaissant que, ne pouvant transférer des fonds à des sociétés de la Couronne sans passer par le Conseil du trésor, il avait alors choisi de faire transiter les fonds par des agences de communications, qui ont récolté des commissions plantureuses au passage.
S'il manquait des documents dans les dossiers, il ne pouvait l'expliquer, assurant à maintes reprises qu'à son départ à l'été 1999, ils étaient complets. Selon lui, aucun chèque n'aurait pu être fait sans contrat ni facture. Quant aux pièces justificatives, il revenait aux agences de les conserver et, si la vérificatrice générale n'y a pas eu accès, cela explique ses conclusions erronées, a-t-il précisé. Il a aussi défendu la pratique d'antidater des contrats.
En 1996, des vérifications interne et externe avaient permis de découvrir des problèmes similaires dans le domaine de la publicité. Là encore, il s'en défend et accuse plutôt le dénonciateur Allan Cutler, le fonctionnaire à l'origine de ces vérifications, d'avoir «bricolé» les dossiers en question. Une accusation très grave qui a mené le président à exiger des preuves que M. Guité n'a pu fournir.
Étant donné les nombreuses contradictions entre plusieurs témoins, le comité débattra aujourd'hui d'une motion de la libérale Marlene Jennings afin de convoquer de nouveau Mme Fraser, M. Gagliano et l'ancien sous-ministre Ron Quail. Quant à M. Guité, il poursuit son témoignage aujourd'hui.
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