Diplomatie chinoise
Bernard Descôteaux
20 avril 2004
Le dalaï-lama a commencé sa visite au Canada de façon remarquée. Dimanche, à Vancouver, 13 000 personnes sont allées l'entendre parler de spiritualité avant qu'il ne rencontre en privé le premier ministre de Colombie-Britannique. Plus tard cette semaine, il participera à d'autres événements publics et il aura des entretiens avec les premiers ministres de l'Ontario et du Canada.
Les organisateurs de la visite du leader spirituel des Tibétains ne doivent pas s'étonner de l'intérêt qu'elle suscite. Les propos qu'a tenus à son endroit l'ambassade de Chine à Ottawa ont provoqué un surcroît d'attention sur son passage ici. La comparaison entre séparatisme tibétain et séparatisme québécois aura eu l'effet inverse à celui recherché.
Il n'y a évidemment pas de comparaison possible entre la situation politique au Tibet et celle prévalant au Québec. Certes, Ottawa a déjà envoyé l'armée au Québec pendant la crise d'octobre de 1970, et les droits de quelques centaines de Québécois ont été bafoués. Mais tout de même, cela ne se comparera jamais avec l'occupation armée du Tibet par la Chine en octobre 1950, et qui se poursuit toujours, et avec la sinisation de ce pays.
Les valeurs démocratiques de la Chine et du Canada ne sont pas les mêmes. Pour garder sa mainmise sur le Tibet, le gouvernement chinois est prêt à fouler aux pieds les droits des Tibétains dont la résistance demeure vive. La Chine considère le dalaï-lama, qui dirige un gouvernement en exil, comme un séparatiste. En le dénonçant comme tel auprès du gouvernement canadien, celle-ci espérait mettre sa crédibilité en cause. Heureusement le stratagème n'a pas fonctionné.
Le premier ministre canadien, en dépit des menaces de rétorsion de la part de la Chine, rencontrera le dalaï-lama pour discuter de spiritualité. Celui-ci ne tient pas à aborder les sujets politiques, mais il ne refusera pas de discuter de la situation au Tibet si on lui ouvre la porte, ce que M. Martin ne devrait pas craindre de faire.
Le dalaï-lama n'est pas le leader extrémiste que décrivent les diplomates chinois. L'objectif qu'il poursuit est d'engager avec la Chine un dialogue qui n'existe pas aujourd'hui. Faire pression en ce sens ne serait pas de la part du gouvernement canadien une ingérence inacceptable dans les affaires intérieures chinoises. Ce ne serait pas encourager la sécession. Déjà, le premier ministre Jean Chrétien a fait des démarches pour le respect des droits des dissidents politiques et religieux. De la part de M. Martin, ce ne serait que poursuivre dans cette voie. Il aurait, c'est certain, l'appui de tous les Canadiens et de tous les Québécois.
bdescoteaux@ledevoir.ca
Les organisateurs de la visite du leader spirituel des Tibétains ne doivent pas s'étonner de l'intérêt qu'elle suscite. Les propos qu'a tenus à son endroit l'ambassade de Chine à Ottawa ont provoqué un surcroît d'attention sur son passage ici. La comparaison entre séparatisme tibétain et séparatisme québécois aura eu l'effet inverse à celui recherché.
Il n'y a évidemment pas de comparaison possible entre la situation politique au Tibet et celle prévalant au Québec. Certes, Ottawa a déjà envoyé l'armée au Québec pendant la crise d'octobre de 1970, et les droits de quelques centaines de Québécois ont été bafoués. Mais tout de même, cela ne se comparera jamais avec l'occupation armée du Tibet par la Chine en octobre 1950, et qui se poursuit toujours, et avec la sinisation de ce pays.
Les valeurs démocratiques de la Chine et du Canada ne sont pas les mêmes. Pour garder sa mainmise sur le Tibet, le gouvernement chinois est prêt à fouler aux pieds les droits des Tibétains dont la résistance demeure vive. La Chine considère le dalaï-lama, qui dirige un gouvernement en exil, comme un séparatiste. En le dénonçant comme tel auprès du gouvernement canadien, celle-ci espérait mettre sa crédibilité en cause. Heureusement le stratagème n'a pas fonctionné.
Le premier ministre canadien, en dépit des menaces de rétorsion de la part de la Chine, rencontrera le dalaï-lama pour discuter de spiritualité. Celui-ci ne tient pas à aborder les sujets politiques, mais il ne refusera pas de discuter de la situation au Tibet si on lui ouvre la porte, ce que M. Martin ne devrait pas craindre de faire.
Le dalaï-lama n'est pas le leader extrémiste que décrivent les diplomates chinois. L'objectif qu'il poursuit est d'engager avec la Chine un dialogue qui n'existe pas aujourd'hui. Faire pression en ce sens ne serait pas de la part du gouvernement canadien une ingérence inacceptable dans les affaires intérieures chinoises. Ce ne serait pas encourager la sécession. Déjà, le premier ministre Jean Chrétien a fait des démarches pour le respect des droits des dissidents politiques et religieux. De la part de M. Martin, ce ne serait que poursuivre dans cette voie. Il aurait, c'est certain, l'appui de tous les Canadiens et de tous les Québécois.
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