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Irak: les Espagnols s'en vont

L'Espagne se retirera «dans les plus brefs délais». Douze soldats américains tués en deux jours

Associated Press   19 avril 2004 
Madrid — Le président du gouvernement espagnol José Luis Rodriguez Zapatero a annoncé hier à Madrid son intention de retirer les troupes espagnoles d'Irak «dans les plus brefs délais possibles» tandis que des négociations étaient relancées pour régler la crise à Najaf et devaient reprendre aujourd'hui à Fallouja pour lever son siège, après un week-end meurtrier, particulièrement pour les Américains.

Dans une annonce inattendue depuis le palais de la Moncloa, quelques heures après l'investiture du nouveau gouvernement,

M. Zapatero a déclaré qu'il avait demandé à son ministre de la Défense de «faire ce qui est nécessaire pour que les troupes stationnées en Irak rentrent au pays dans les plus brefs délais possibles».

«Selon les informations dont nous disposons, que nous avons recueillies au cours des dernières semaines, on ne peut pas s'attendre à l'adoption d'une résolution des Nations unies» qui remplisse les conditions posées par l'Espagne pour le maintien de ses troupes, a expliqué le nouveau chef du gouvernement espagnol.

«Ces circonstances m'ont amené à prendre la décision d'ordonner le retour de nos troupes avec le maximum de sécurité et, dès lors, dans le plus bref délai possible.»

«Plus que jamais, a-t-il poursuivi, cette décision reflète mon souhait de respecter l'engagement que j'ai pris devant le peuple espagnol, il y a plus d'un an», faire rentrer les 1300 soldats espagnols déployés en Irak avant le 30 juin, à moins que l'ONU ne prenne le commandement des opérations civiles et militaires en Irak.

Le gouvernement espagnol, a assuré M. Zapatero, continuera de promouvoir «tous les efforts des Nations unies et de l'Union européenne» en vue de permettre aux Irakiens de retrouver «leur souveraineté et leur capacité à organiser des élections» libres et démocratiques, afin de «bâtir leur propre avenir dans la paix, l'indépendance et la sécurité».

À Washington, on soulignait que ce retrait ne constituait pas une surprise. «Nous savions, après les récentes élections espagnoles, qu'il était dans l'intention du nouveau premier ministre de retirer les troupes espagnoles de la coalition en Irak», a noté un porte-parole de la présidence américaine, Ken Lisaius.

«Nous travaillerons avec nos partenaires de la coalition et le gouvernement espagnol, et nous attendons à ce qu'il applique sa décision d'une manière coordonnée, responsable et ordonnée», a-t-il ajouté.

Négociations à Najaf et à Fallouja

À Najaf, où des pèlerins doivent célébrer aujourd'hui l'anniversaire du prophète Mahomet, le parti chiite Dawa a relancé hier une médiation entre Américains et partisans du chef radical chiite Moqtada Sadr. Selon Adnane Ali al-Kazem, conseiller du chef du Dawa, après une rencontre «positive» avec l'administrateur américain Paul Bremer, une autre est prévue aujourd'hui avec Sadr.

Le chef d'état-major interarmées américain, le général Richard Myers, a estimé à Washington qu'il n'était pas nécessaire pour le moment d'entrer militairement dans Najaf. «Pourquoi le faire si vous n'y êtes pas obligés?», a-t-il dit à CNN. Selon lui, Moqtada Sadr est «maintenant si marginalisé» que sa milice, l'Armée de Mehdi, n'a plus «le contrôle» de la ville.

Le porte-parole de cette milice, Qaïs al-Khazaali, s'est déclaré en faveur de l'envoi de forces de l'ONU en Irak et du départ immédiat «des forces d'occupation». Dans un entretien à la télévision bulgare, il n'a pas toutefois pas précisé si cette acceptation de Casques bleus concernait aussi Najaf.

À Fallouja, bastion sunnite à 50 km à l'ouest de Bagdad, assiégé depuis 14 jours par les Marines, des responsables de la coalition et dignitaires locaux devaient poursuivre aujourd'hui les tractations sur la levée du siège de la ville.

«Nous essayons de maintenir un cessez-le-feu» à Fallouja, a déclaré le général Myers. «Les Marines font de leur mieux mais ils sont victimes de tirs par des extrémistes», a-t-il ajouté.

Week-end meurtrier

Par ailleurs, le bilan s'est encore alourdi cette fin de semaine en Irak pour les alliés de la coalition. En deux jours, douze soldats américains ont été tués tandis que des étrangers sont toujours retenus en otages et d'autres portés disparus. Cinq Marines ont été tués près de la frontière syrienne et deux par accident. Le général Myers a exhorté Damas à faire cesser les infiltrations en Irak de combattants étrangers à partir de son territoire.

Trois soldats américains ont aussi été tués samedi dans une embuscade près de Diwaniyah (sud-est de Najaf), qui a fait aussi quatre morts irakiens dont un milicien. Deux autres soldats américains ont été tués, l'un dans la province sunnite d'Al-Anbar (ouest de Bagdad) et l'autre dans l'est de Bagdad.

Plus de 80 soldats américains ont été victimes des violences en avril, selon des sources militaires, et près de 700 ont été tués depuis l'invasion de l'Irak en mars 2003.

Hier, un soldat britannique et un milicien chiite ont été blessés à Amara, ville chiite du sud-est de l'Irak, lors d'accrochages avec les partisans de Moqtada Sadr.

En outre, deux chauffeurs routiers irakiens travaillant pour la coalition ont été tués dimanche près de Kirkouk (nord). Dans la même région, une jeune bergère, fille d'un chef de tribu, a été tuée par erreur par les Américains.

Devant la dégradation de la situation, les ministres des Affaires étrangères de Belgique, d'Allemagne et de France ont appelé à la fin de l'occupation de l'Irak, «le plus vite possible, mais sans créer un vide de sécurité».

En Irak, des officiers supérieurs des trois principales communautés ont été nommés par le ministre de la Défense Ali Allaoui à la tête de la nouvelle armée irakienne.
 
 
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