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Réforme du mode de scrutin - Le régime parlementaire britannique a bien des avantages

19 avril 2004 
J'ai depuis des mois l'honneur de lire vos régulières apologies du scrutin proportionnel. S'il faut vous croire, et si nous devons nous fier aux opinions publiées dans Le Devoir, l'instauration du scrutin proportionnel fait l'unanimité. [...]

Votre billet du 10 avril dernier fait l'éloge du système français, réformé cinq fois en 125 ans, que vous tenez pour supérieur au système de scrutin britannique, auquel nous devons plus de 200 ans de parlementarisme ininterrompu à Québec.

Mais le système français garantit-il une meilleure démocratie? La volonté populaire est-elle bien servie quand l'extrême droite réussit, comme en 2002, à profiter de la fragmentation des voix de la gauche pour se faufiler au second tour, priver les Français d'une confrontation entre les deux grands courants politiques du pays et assurer la réélection d'un président qui avait besoin d'être reporté au pouvoir pour éviter que les malversations possiblement criminelles qui lui sont reprochées soient soumises à l'examen de la justice? Le peuple est-il aussi bien servi par la multiplication de petits partis dépourvus d'un réel programme de gouvernement?

Le système britannique oblige les partis politiques à recueillir une majorité ou à tout le moins une pluralité de voix pour que ceux-ci puissent envoyer des représentants au Parlement. Cela impose aux formations en présence de se doter d'un programme rassembleur qui fait une place à de larges portions de l'électorat. La proportionnelle favorise la division et la fragmentation.

Avez-vous hâte, M. Courtemanche, que notre Parlement compte, comme la Pologne en a fait l'expérience, un parti des agriculteurs et un parti des buveurs de bière? Soit, les buveurs de bière ont le droit d'être représentés, mais je m'inquiète tout de même pour eux: dans une chambre fragmentée par le scrutin proportionnel, qu'adviendra-t-il de leurs intérêts? Les chefs de toutes les factions se serviront du vote qu'ils viennent de recevoir de la population afin de former d'éphémères coalitions basées sur des marchandages dont les électeurs sont exclus.

Redevable à ses électeurs

Le député élu dans notre système est redevable de son siège à ses électeurs, et il représente une partie bien définie de l'espace géographique. Les parlementaires élus selon le mode proportionnel doivent bien souvent leur place à leur présence sur la liste de leur parti. Leur allégeance ira en premier lieu à celui ou ceux qui les ont placés sur la liste. De plus, ils ne sont pas ancrés dans un espace précis. Ils font partie d'une liste nationale ou d'une liste régionale. Le lien entre ces parlementaires la population est beaucoup plus indirect, sinon tout à fait rompu.

Ancré dans une longue tradition et complètement intégré à notre culture, le système actuel est compris par tous les électeurs et fonctionne bien. Nul besoin d'un diplôme en sciences politique ou d'une calculatrice scientifique pour prévoir l'effet de la répartition des votes sur la composition du Parlement.

De plus, les taux de participation aux élections québécoises sont parmi les plus élevés en Amérique, voire en Occident. Ils surpassent ceux de la France que vous nous donnez pour modèle. Le manque de lisibilité et de prévisibilité des résultats n'avantage en rien la démocratie et peut décourager l'électorat. En plus des marchandages entre partis après le vote, la pratique de «voter utile» en vue de ces négociations se répandra et aura un effet néfaste sur la démocratie.

Corriger plutôt que transformer

On reproche principalement au système actuel de créer des distorsions et, plus précisément, de favoriser un parti aux dépens de l'autre. Cela explique probablement pourquoi le gouvernement actuel, qui serait le grand gagnant d'une réforme du mode scrutin, se passionne soudainement pour une question qui ne l'a jamais intéressé. Rien ne lui était plus indifférent qu'une telle réforme dans les années 70, quand le système en place faisait sa fortune...

Ajoutons qu'une grande partie du handicap du Parti libéral du Québec s'explique par la concentration de son électorat autour de Montréal et de Gatineau. Il suffirait de corriger la sous-représentation criante des circonscriptions urbaines par rapport aux circonscriptions situées dans les régions périphériques pour rétablir en partie l'équilibre et améliorer notre système en corrigeant une de ses principales distorsions.

Il est consternant de voir les tenants d'une certaine gauche continuer de réclamer l'instauration de la proportionnelle alors que l'on sait que le projet de réforme présentement envisagé ne profite qu'au parti au pouvoir. Nos idéalistes calculateurs démontrent une fois de plus qu'ils sont trop naïfs pour mériter de diriger le Québec.

Certains soutiennent que notre mode de scrutin empêche l'émergence d'idées nouvelles et favorise les partis établis, et que la proportionnelle remédierait à ce problème. Ceux qui connaissent un peu l'histoire savent que le siècle dernier a vu la naissance de deux partis importants, soit l'Union nationale et la Parti québécois, qui ont tous deux réussi à prendre le pouvoir, et qu'il a été témoin de l'éclosion d'un troisième parti, l'Action démocratique du Québec. Il n'y a donc pas de véritable blocage.

Tous ceux qui se réclament de la démocratie pour demander l'instauration d'un nouveau mode de scrutin devraient montrer l'exemple. Au lieu de s'appuyer sur des consensus nés à la suite de discussions entre initiés et gérants d'estrade de la chose politique, ils devraient réclamer ce qui s'impose en l'occurrence: que l'on en appelle au peuple. La réforme du mode de scrutin se veut la plus importante transformation de notre système électoral entreprise depuis 1867. Procéder à une telle réforme sans référendum serait profondément antidémocratique!






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