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    Mort dramatique de Micheline Charest

    La fondatrice de Cinar aurait succombé des suites d'une chirurgie esthétique

    15 avril 2004 |Claude Turcotte
    Micheline Charest
    Photo: Micheline Charest
    Micheline Charest, fondatrice de Cinar, est décédée hier après-midi à l'hôpital Notre-Dame de Montréal. Elle avait 51 ans. Cette nouvelle a semé la consternation dans sa famille et son entourage, comme l'a confié un ami. Sa vie aura été semblable à un film dont la fin n'est pas heureuse mais dramatique.

    Un porte-parole du Centre hospitalier de l'Université de Montréal, dont l'hôpital Notre-Dame fait partie, a précisé que sa mort était survenue un peu avant 16h. Selon certaines sources, Mme Charest aurait été opérée mardi dans une clinique privée de Montréal pour une chirurgie au visage et aux seins. L'opération se serait bien déroulée, mais la patiente serait par la suite tombée dans un coma profond et aurait été transportée à l'hôpital Notre-Dame. Ceux qui l'ont bien connue rappellent qu'elle était en forme et faisait fréquemment du jogging. Elle laisse un mari et deux fils âgés de 18 et 22 ans.

    Micheline Charest et son mari Ronald A. Weinberg se sont mariés en 1979, trois ans après leur rencontre dans un festival de cinéma à La Nouvelle-Orléans. La naissance de Cinar a eu lieu à Montréal en 1984 et la croissance de cette toute petite entreprise a été spectaculaire. À l'âge de 45 ans, Micheline Charest était devenue une vedette du monde des affaires et du cinéma. Le magazine américain The Hollywood Reporter la classait même au 19e rang des 50 femmes les plus influentes dans le monde du divertissement.

    En 1999, Cinar comptait 200 employés à Montréal et donnait du travail à 600 pigistes à travers le monde. Les séries Caillou et Arthur comptent parmi les plus grands succès internationaux de cette maison. Mais cette même année avait marqué le début de la révélation d'une longue série d'irrégularités qui devaient conduire à de nombreuses poursuites, à la mise en tutelle des deux actionnaires principaux, le couple Weinberg-Charest, et, finalement, à la vente de l'actif. Du reste, cette saga n'est pas encore vraiment terminée puisqu'il y a un mois à peine, le fisc canadien réclamait aux deux fondateurs 7,8 millions de dollars en impôt sur le revenu ainsi qu'en cotisations au régime de retraite et au programme de l'assurance-emploi non payés.

    Entre 1999 et 2001, les revenus de Cinar ont fait une chute de 19 %, passant de 164,5 millions à 132,6 millions. C'est un créateur, Claude Robinson, qui, le premier, a dénoncé l'utilisation de prête-noms pour obtenir des crédits d'impôt. En mars 2000, on découvrait que 122 millions $US avaient été investis sans l'approbation du conseil d'administration. La liste des décisions douteuses n'a pas cessé de s'allonger, si bien qu'en avril 2002, la Commission des valeurs mobilières du Québec avait forcé les deux actionnaires fondateurs à remettre leurs actions à un fiduciaire pour une période de cinq ans. Leur choix a porté sur Robert Després, un gestionnaire professionnel de Québec, qui a décidé d'exercer son mandat en toute indépendance et en faisant élire une toute nouvelle brochette d'administrateurs.

    Mme Charest et M. Weinberg ont ensuite essayé de remplacer M. Després, mais ce fut peine perdue. Il a fallu attendre jusqu'en février 2004 pour que la vente de Cinar soit non seulement faite sur le plan financier mais aussi approuvée par la cour. La transaction de 144 millions $US a été approuvée à 99,9 % par les actionnaires. Mme Charest avait confié quelques mois plus tôt qu'elle ne voulait plus jamais reprendre la direction de Cinar. Ce sont des intérêts torontois qui en ont fait l'acquisition.

    On n'avait vraiment plus entendu parler de Mme Charest depuis, du moins jusqu'à l'annonce tout à fait inattendue de son décès hier, dont on ignorait encore les circonstances précises au moment de mettre sous presse. Selon une première rumeur, Mme Charest aurait subi cette opération chirurgicale esthétique dans un hôpital américain. Des sources ont toutefois laissé entendre que l'opération aurait eu lieu dans une clinique privée montréalaise. Quelques heures plus tard, les médias rapportaient que Mme Charest s'était éteinte à l'hôpital Notre-Dame.

    La nouvelle a profondément surpris son entourage, pour lequel Micheline Charest était un exemple de vitalité et de volonté. «Je suis abasourdie», a confié Michèle Bazin qui, à titre de responsable des relations intergouvernementales à Juste pour rire, l'a brièvement côtoyée. «C'est un vrai choc. Ça soulève bien des débats, dont celui de la chirurgie esthétique», a-t-elle mentionné.

    Pour Johanne Brunet, l'annonce de la mort de Micheline Charest semblait irréelle hier. «C'est impossible de s'imaginer qu'une femme comme elle puisse être partie. C'était une bête de vie», raconte celle qui, souvent, faisait de la course à pied avec la femme d'affaires. «Micheline, c'était comme un cheval. C'était un vrai pur-sang», a résumé la consultante dans le milieu de la télévision et du cinéma.

    Rappelant l'extrême force de la fondatrice de Cinar, Johanne Brunet a aussi tenu à rappeler l'amie généreuse et la maman extraordinaire qu'était Micheline Charest. «Elle a réussi à faire en sorte que tout dans sa vie soit son premier rôle», a-t-elle ajouté, précisant bien que, contre vents et marées, elle avait toujours été «très fière de Micheline».

    Mme Charest était née à Londres en 1953 alors que son père, qui avait étudié la médecine dentaire à l'Université de Montréal, était allé se spécialiser en chirurgie maxillo-faciale dans la capitale britannique. André Charest provenait d'une famille bourgeoise de Québec. Pour sa part, Micheline Charest était plutôt rebelle et impatiente, comme on la décrivait dans un article paru dans L'Actualité. Elle a été renvoyée d'au moins deux collèges privés et a dû terminer son cours secondaire dans une école publique. À la fin des années 60, époque très contestataire, elle se dit marxiste et rêve de devenir reporter à Paris-Match. En 1971, elle part en Europe, sac au dos, où elle reste cinq ans. Elle obtient ensuite une première bourse de 2000 $ du gouvernement du Québec, ce qui lui fait sans doute découvrir les vertus des subventions de l'État.

    Une fois bannie de sa propre entreprise pour une durée de cinq ans, Mme Charest a accepté l'invitation de Gilbert Rozon de travailler dans son équipe du Festival Juste pour rire. Toutefois, la réaction très négative des artistes et du public a forcé M. Rozon à délaisser cette collaboration qu'il jugeait utile sur les marchés internationaux.

    Avec Kathleen Lévesque et Louise-Maude Rioux Soucy












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