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Remplacement de la hanche - Un rappel de patients inutile, selon les orthopédistes

Isabelle Paré   14 avril 2004 
Les médecins orthopédistes estiment que le ministère de la Santé alarme inutilement la population en lançant, à grand renfort de publicité, un dépistage massif du VIH et de l'hépatite auprès de 1200 patients opérés pour un remplacement de la hanche avec un appareil stérilisé non conformément aux règles de l'art.

Alors que le ministère de la Santé a officiellement élargi hier à 12 hôpitaux et à 1200 patients la liste des personnes exposées à un appareil de chirurgie mal stérilisé, les chirurgiens orthopédistes qui pratiquent ces opérations fulminent.

«On trouve cela désolant que nos patients soient alarmés par une opération que l'on considère comme à peu près inutile dans les circonstances», a dit hier le Dr Raymond Hould, président de l'Association des médecins orthopédistes du Québec, qui a passé une partie de la journée d'hier à rassurer certains de ces patients angoissés.

Visiblement, les médecins qui pratiquent les chirurgies orthopédiques de remplacement de la hanche ne partagent pas du tout la vision du ministère de la Santé quant aux risques posés par la stérilisation inadéquate d'un des modèles d'alésoir à cotyle, utilisés en cours de chirurgie orthopédique pour retirer la matière osseuse et le cartilage. «C'est un risque "en bas de minime" parce qu'un seul modèle est en cause, mais on inquiète à tort à peu près toutes les personnes qui ont subi une chirurgie de la hanche et qui ignorent quel type d'appareil a été utilisé durant leur intervention», souligne le Dr Hould.

L'avis de dépistage lancé par le ministère vient du fait qu'un type bien particulier de ces appareils, constitués de deux pièces, n'a pas été démonté dans certains hôpitaux avant d'être lavé et soumis à la stérilisation, conformément à la procédure.

Or le Dr Hould soutient que, même si des débris ont pu subsister entre ces deux pièces après le lavage, cela ne veut pas dire que les instruments étaient non stériles. «Un débris soumis dans l'autoclaveuse à des milliers de degrés devient lui-même stérile. Valait-il la peine d'alerter des patients pour cela?», soulève-t-il. À son avis, des raisons légales, plus que sanitaires, motivent le geste du ministère de la Santé.

En effet, la loi 113 oblige depuis décembre 2002 les hôpitaux à rapporter toute entaille dans les procédures médicales de nature à poser un risque pour les patients, si minime soit-il. Reste que des milliers de personnes âgées opérées à l'aide d'autres appareils se font aujourd'hui un sang d'encre inutilement, souligne le Dr Hould.

Le Dr Michel Bureau, directeur des services de santé au ministère, a convenu hier que les orthopédistes avaient probablement raison en disant que, dans ces conditions de stérilisation, les risques qu'un patient ait été infecté étaient infimes. «Reste que notre comité d'experts nous a conseillé de faire preuve de transparence. Le risque était faible, mais pas nul», a-t-il soutenu, ajoutant que le processus de stérilisation — un processus en plusieurs étapes qui doit comprendre un lavage préalable — ne pouvait être jugé adéquat dans ce cas.

Chose certaine, le ministère de la Santé a été pris de court, puisque les patients visés devaient être normalement avertis bien avant les médias. Mais l'information a coulé dans certains journaux avant. «Nous ferons plus attention la prochaine fois», a dit le Dr Bureau.

Chose certaine, le ministère de la Santé a préféré jouer de prudence hier en ciblant, pour ce dépistage préventif, pas moins de 1144 patients opérés dans 12 hôpitaux. Ces derniers seront avisés par les hôpitaux en cause au cours des prochains jours par lettre recommandée.

Ainsi, pas moins de 400 patients opérés depuis 2001 à l'hôpital Santa Cabrini sont pour l'instant touchés par ce rappel, 136 à l'Hôtel-Dieu de Saint-Jérôme, 104 au Centre hospitalier de la région de l'Amiante, 104 à l'hôpital du Haut-Richelieu, 100 au Centre hospitalier du Grand Portage, 21 au Centre hospitalier de Matane, 21 au Centre hospitalier régional d'Amos, huit à l'Hôtel-Dieu de Roberval, cinq au Centre hospitalier régional de Saint-Eustache et un nombre encore indéterminé au Centre hospitalier régional du Suroît.

Cette liste pourrait évoluer au cours des prochains jours, a-t-on précisé au ministère hier.

Ce week-end, l'hôpital Sacré-Coeur de Montréal et l'Hôpital général de Montréal étaient déjà sur le pied de guerre et n'attendaient plus que le feu vert du ministère de la Santé pour contacter respectivement 95 et 179 de leurs patients opérés pour la hanche entre février 2001 et mars 2004. Des services d'assistance téléphonique ont été mis sur pied dans ces deux hôpitaux, et les patients ciblés seront invités à se présenter à des cliniques spéciales pour y passer des tests de dépistage du VIH et des hépatite B et C.

C'est un employé de l'hôpital Sacré-Coeur de Montréal qui a constaté en janvier dernier qu'un alésoir à cotyle, d'un type particulier, pouvait être démonté en deux pièces afin d'être nettoyé à fond et stérilisé de façon appropriée. Jusque-là, personne ne s'était rendu compte que l'appareil comportait plusieurs pièces devant être aseptisées séparément. Conformément à la loi 113, l'hôpital Sacré-Coeur a donc rapporté cette situation au ministère le 12 mars dernier.

Une enquête menée dans les 56 hôpitaux qui pratiquent le remplacement de la hanche au Québec a par la suite conclu que les procédures de stérilisation sont adéquates dans 40 hôpitaux, où l'on utilise d'autres types d'alésoir, mais que de mauvaises procédures de nettoyage ont eu cours dans une douzaine d'autres.

Il semble que ce sont de mauvaises instructions transmises par le fabricant de cet appareil, dont l'ancien modèle se présentait en une seule pièce, qui sont à l'origine de ces erreurs. Mais le ministère de la Santé a refusé de confirmer hier cette explication. «L'enquête ne permet pas de conclure cela. Ce qui nous préoccupe aujourd'hui, c'est de rejoindre les patients», a indiqué une porte-parole du ministère.

Tant le ministère de la Santé que les hôpitaux concernés hier ont rappelé que les risques de contamination demeuraient minimes, voire presque nuls. «C'est par grand souci de prudence qu'on a décidé de contacter ces patients», a fait savoir le ministère par voie de communiqué.

Pour les orthopédistes, cette nouvelle alerte, la troisième à survenir cet hiver après celles lancées en janvier auprès de 2600 patients de l'hôpital Sainte-Justine et en mars auprès de plusieurs centaines de clients d'une pseudo-acupunctrice de Montréal, est probablement superflue. «Avant d'alarmer tout le monde, on aurait pu tester d'abord certains échantillons pour voir si des bactéries ou des virus peuvent survivre à une telle stérilisation», croit le Dr Hould.
 
 
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