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L'été dans 100 petits pieds carrés

Jean-Claude Vigor   13 juillet 2002 
Petite tonnelle pour un ombrage discret. - Photo Jean-Claude Vigor
Petite tonnelle pour un ombrage discret. - Photo Jean-Claude Vigor
Un petit bout de terrain exigu, victime de la pollution urbaine, prisonnier de murs austères et de clôtures ingrates, bien mal loti, bref, un petit coin de terre inculte qui aspire à devenir jardin peut-il réaliser son rêve? Certainement! J'ai vu naître bon nombre de petits jardins merveilleux, bien vivants, avec des parfums envoûtants, dans les endroits les plus laids.

Tournez le dos à vos soucis... et mangez-en!

Il y a quelques années, l'ethnobotaniste Jean-François Couplan a écrit un livre qu'il a intitulé Mangez vos soucis, faisant bien sûr référence à la plante nommée «souci», plus connue au Québec sous le nom de «calendule» puisque son nom latin est Calendula officinalis, «la fleur aux nuits de soleil». Vous retrouverez facilement cette plante annuelle (qui, d'ailleurs, se ressème) dans tous les centres de jardinage au printemps. Mais aujourd'hui, en cette veille de 14 juillet, vous pouvez vous procurer des graines et les semer. Dans quelques semaines, vous aussi, mangerez vos soucis... Quelques pétales d'un très visible jaune orangé dans vos salades et ses vertus qui combattent la fatigue et la morosité auront tôt fait de vous ragaillardir!

Tiens, au fait, je vais laisser cette machine quelques instants pour m'enquérir de quelques boutons colorés. Cric, crac, croc! Pas mal: pas même d'arrière-goût amer (veillez toutefois à retirer la base de l'inflorescence, la partie verte), et avec cette chaleur, ils sont si chauds... Dans mon jardin poussent bien d'autres fleurs nettement meilleures, mais voyez-vous, ces boutons de souci font partie de ma phytopharmacie vivante, souveraine contre l'hypertension.

Jardiner, l'art de perdre son temps

Lorsque je vous dis de tourner le dos à vos soucis, c'est que, voyez-vous, pour obtenir un beau jardin, il faut y mettre du temps. Et le temps que l'on passe dans son jardin, c'est du temps de ristourne... Un Nord-Américain, voire un Occidental, pense que le temps, c'est de l'argent, et que perdre du temps, c'est perdre de l'argent. Mais pour le jardinier, le temps, c'est de la croissance végétale (et humaine). Lorsqu'il a incorporé dans le sol tous les éléments nécessaires à la croissance et à la bonne santé de ses plantes, reste à les voir grandir. Là commence la belle vie du jardinier contemplatif. Prendre le temps de voir grandir...

Pas toujours facile de trouver un style... de jardin

C'est pourtant la première chose à faire. À partir des surfaces et des structures existantes, il faut rechercher des liens. Souvent, les jardins les mieux «réussis» sont ceux dont la conception tient compte à la fois des exigences de l'occupant et des caractéristiques de l'environnement.
- Site: ensoleillé, ombragé, boisé, venteux, calme, sec, humide... ?
- Style: naturel, écologique, sobre, original, coloré, intime, fonctionnel... ?
- Matériaux: bois, brique, pierre, pavé de béton, métal... ?
- Plantes: annuelles, vivaces, vertes en hiver (conifères), très fleuries... ?
- Compétence: jardinage pour les nuls, les gens avertis, de bons voisins, pour la famille... ?
- Temps à consacrer: quelques minutes par jour (arrosage), une, deux ou trois heures par semaine?

Les balcons et les toits-terrasses

Ils poussent actuellement comme des champignons, mais voilà, ils forment un groupe à part. Leur aménagement en jardin, en terrasse-jardin, suppose la prise en compte de paramètres architecturaux particuliers. Les conditions climatiques (neige, verglas, pluie, vents violents, etc.), en plus du poids des matériaux, de la terre et des plantes, requiert une étude de faisabilité par un architecte ou un bureau d'ingénieurs en structure. Toutefois, aujourd'hui, il y a toute une panoplie de matériaux adaptés à ce genre de réalisation; ils offrent des possibilités incroyables.

Des boîtes bien isolées avec du polystyrène, des substrats bien choisis et des plantes qui peuvent s'adapter à un environnement bien spécifique assurent le succès.

L'inventaire des besoins
- Dimension du patio, grandeur de la table
- Barbecue et coin cuisine
- Nombre de places assises, bancs, chaises
- Stationnement pour les bicyclettes?
- Allées de circulation
- Aire de jeu pour les enfants: piscine, carré de sable, balançoire...
- Et le chien? Le chat? Les oiseaux? Et les autres?
- Pergola couverte, parasol, vignes à raisin...
- Coin poubelle, compostage, bois
- Rangement: tuyau d'arrosage
- Petit bassin, gargouille, fontaine en terre cuite
- Petit potager
- L'outil de jardinage essentiel
- Et le hamac?

Les plantes intéressantes à utiliser

Pour les grandes potées que l'on rentre l'hiver
- L'hibiscus, plusieurs espèces et cultivars. Attention aux coups de soleil lorsque vous les mettez dehors, en juin. Commencez par la mi-ombre. Taillez vers le 14 février à la Saint-Valentin. En septembre, faites une taille légère, question d'espace.
- Le laurier-rose, Nerium oleander. Selon la place disponible, utilisez des variétés naines à feuilles panachées. Il a tendance à perdre ses feuilles en hiver, ce qui est normal s'il manque de lumière ou s'il est placé dans une zone trop chaude. Taillez-le comme l'hibiscus.
- L'érable de maison, Abutilon striatum, taillé en arbre ou en arbuste. Le cultivar Thompsonii en arbre de six à sept pieds de haut est magnifique si on prend soin de faire une taille bien régulière afin d'éviter les tiges folles.
- L'agapanthus, une plante solide rappelant un peu l'amaryllis. Il faut hélas être patient avec cette vivace subtropicale car sa croissance est lente: elle ne fleurira guère les deux premières années. Si vous réussissez à lui faire passer un bel hiver dans une pièce fraîche et très éclairée, je vous promets que cette plante fera la fierté de votre jardin.
- Le bambou, Phyllostachys aurea ou nigra. L'effet à l'extérieur est incroyable et très dépaysant, mais le hic, c'est de le conserver à l'intérieur l'hiver. Toujours le même principe: le maximum de luminosité en hiver et une température proche de 12 °C (une chambre non chauffée avec douillette électrique... et matelas chauffant!).
- Un papyrus, Cyperus papyrus, le vrai papyrus qui mesure de deux à quatre mètres de hauteur. Cette plante peu commune, comme le phyllostachys, n'est pas facile à trouver. Réservée aux pouces verts, voire verdissants...
- Un mandevilla de plus en plus populaire, magnifique lorsque taillé en arbre. Sa floraison continue, comme celle de l'allamanda qui lui ressemble beaucoup, assure un effet exotique au jardin.

Pour en savoir plus

Deux livres qui vous donneront des idées pour fleurir votre terrasse et votre balcon:
- Fleurissez vos balcons et terrasses, par Malcolm Hillier, La Maison rustique, 1991, 192 pages pleines de photos en couleurs (version originale anglaise, Grande-Bretagne).
- Les Plantes en pots en toutes saisons, de Stephanie Donalson, Manise, 1998, 258 pages et de nombreuses photos en couleurs (version originale anglaise, Grande-Bretagne).

Un livre pour choisir et entretenir vos plantes

Pots et jardinières, de Larry Hodgson, Le Jardinier paresseux, Éditions Broquet, Québec, 2000, 408 pages d'information spécifiquement adaptée au climat québécois.

Jean Claude Vigor est professeur d'horticulture et chef de l'équipe du programme Technologie de la production horticole et de l'environnement à l'ITA de Saint-Hyacinthe.

Les articles des professeurs de l'ITA de Saint-Hyacinthe parus dans Le Devoir sont disponibles sur notre site Internet au www.ledevoir.com ou sur le site de l'ITA (ita.qc.ca) le lundi suivant leur parution.






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