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    «Pays de merde»: les propos de Trump déclenchent un tollé

    13 janvier 2018
    Amélie Baron - Agence France-Presse à Port-au-Prince
    Jérôme Cartillier - Agence France-Presse à Washington
    «Le langage que j’ai utilisé lors de la réunion était dur, mais ce ne sont pas les mots utilisés», a prétendu le président américain. 
    Photo: Susan Walsh Associated Press «Le langage que j’ai utilisé lors de la réunion était dur, mais ce ne sont pas les mots utilisés», a prétendu le président américain. 

    Donald Trump était dans la tourmente vendredi après avoir dénoncé lors d’une réunion à la Maison-Blanche l’immigration en provenance de « pays de merde », des propos qu’il a partiellement contestés, mais qui ont suscité une vague d’indignation à travers le monde.

     

    C’est, comme souvent, via Twitter que le président américain a réagi à cette nouvelle polémique qu’il a créée de toutes pièces et qui le met en difficulté au moment où il tente de trouver un compromis au Congrès sur le dossier épineux de l’immigration.

     

    « Le langage que j’ai utilisé lors de la réunion était dur, mais ce ne sont pas les mots utilisés », a prétendu le milliardaire dans une formule alambiquée.

     

    Quelques minutes plus tard, le sénateur démocrate Dick Durbin, présent lors de la réunion, assurait pourtant que le président avait bien utilisé « plusieurs fois » l’expression injurieuse. « Les mots utilisés par le président tels qu’ils m’ont été rapportés directement par ceux qui ont participé à la rencontre n’étaient pas “durs”, ils étaient abjects et répugnants », a ajouté en écho le sénateur républicain Jeff Flake, un conservateur opposé à Donald Trump.

     

    Le gouvernement haïtien a dénoncé des propos « odieux et abjects » qui, s’ils étaient avérés, seraient à tous égards « inacceptables, car ils refléteraient une vision simpliste et raciste ».

     

    En Afrique, colère et amertume dominaient. L’Union africaine a déploré des remarques « blessantes ». Le Botswana, qui a convoqué l’ambassadeur américain pour lui faire part de son mécontentement, a estimé que les remarques du président américain avaient porté un « coup » aux relations diplomatiques entre Washington et les pays africains.

    Les médias du monde entier en mal de la bonne traduction

    Le président américain Donald Trump a posé une colle inhabituelle aux médias du monde entier, tenus de puiser dans leurs lexiques les plus fleuris pour traduire ses propos, rapportés, sur les « pays de merde » (« shithole countries » en version originale).

     

    Terme très vulgaire, « shithole » se réfère aux latrines extérieures pour désigner un endroit particulièrement repoussant.

     

    Toute la difficulté pour les traducteurs consiste à reproduire au mieux la grossièreté du langage, mais aussi, parfois, à ménager la sensibilité du public, selon un florilège rapporté par les bureaux de l’AFP.

     

    En français, de nombreux médias, dont l’AFP, ont retenu la formule très crue de « pays de merde », proche du sens littéral et conforme au style souvent sans fioritures de M. Trump — qui a toutefois laissé entendre vendredi ne pas avoir utilisé l’expression incriminée.

     

    Des dictionnaires bilingues comme le Harrap’s suggèrent toutefois des alternatives moins grossières, comme « porcherie », « taudis » ou « trou paumé ».

     

    La presse espagnole est à l’unisson de la française avec « paises de mierda », des médias grecs introduisant quant à eux une nuance : « pays de chiottes ».

     

    Aux Pays-Bas, le grand quotidien Volkskrant et une bonne partie de la presse néerlandophone esquivent la vulgarité en utilisant le terme « achterlijke », ou « arriéré ».

     

    En Russie, Ria Novosti parle de « trou sale », mais le journal syndical Troud va plus loin avec « trou à merde ».

     

    En Italie, le Corriere della Sera avance « merdier » (merdaio), et l’agence tchèque CTK choisit de son côté de parler de « cul du monde ».

     

    Les médias allemands optent souvent pour l’expression « Dreckslöcher », qui peut se traduire par « trous à rats ». L’allégorie animalière est aussi de mise dans la presse serbe, avec l’expression « vukojebina », à savoir « l’endroit où les loups copulent ».

     

    En Asie, les médias semblent davantage à la peine pour trouver le mot juste en langue locale, tout en évitant parfois de choquer.

     

    Au Japon, la chaîne NHK a choisi de parler de « pays crasseux », l’agence Jiji utilisant un terme familier, mais pas forcément injurieux pouvant se traduire par « pays ressemblant à des toilettes ».

     

    Les médias chinois se contentent en général de parler de « mauvais pays », évitant de reproduire l’expression originale dans sa grossièreté.

     

    La version la plus allusive et la plus imagée revient sans conteste à l’agence taïwanaise CNA, qui évoque des « pays où les oiseaux ne pondent pas d’œufs ».

     

    Il honore Martin Luther King

     

    Dans un étrange télescopage, le président américain a signé vendredi en milieu de journée une déclaration en l’honneur de Martin Luther King, qui sera célébré à travers les États-Unis lundi, jour férié.

     

    Au cours d’une brève cérémonie, il a loué « le rêve d’égalité, de liberté, de justice et de paix » du militant noir des droits civiques. Saluant un homme qui a « changé le cours de l’histoire », il a ignoré les questions qui lui ont été posées à l’issue de son allocution.

     

    Presque simultanément, à quelques kilomètres de là, le chef de la diplomatie américaine, Rex Tillerson, défendait les « valeurs » américaines lors d’un discours sur le « respect » où il a fait l’éloge de la « diversité » et des « différences ».

     

    Au coeur des débats de la réunion désormais célèbre de jeudi à la Maison-Blanche : la régularisation de centaines de milliers de clandestins arrivés jeunes aux États-Unis, et dont le statut temporaire accordé sous Barack Obama a été supprimé en septembre.

     

    Quand M. Trump a abrogé le programme DACA, qui a permis à 690 000 jeunes sans-papiers de travailler et d’étudier en toute légalité, il avait donné jusqu’à mars au Congrès pour trouver une solution pérenne pour ces clandestins connus sous le nom de « Dreamers » (Rêveurs). Mais il a lié toute régularisation à son projet de mur à la frontière avec le Mexique, auquel les démocrates se sont jusqu’à présent opposés fermement.

     

    Outre la réalisation de cette promesse de campagne, M. Trump exige aussi la suppression de la loterie annuelle de cartes vertes et une réforme de l’immigration légale pour réduire le rapprochement familial. « Je veux un système d’immigration fondé sur le mérite et des gens qui aideront notre pays à aller de l’avant », a-t-il martelé vendredi, dénonçant avec force le projet qui lui avait été présenté la veille.

     

    « Pourquoi est-ce que toutes ces personnes issues de pays de merde viennent ici ? » a demandé le président Trump lors des discussions jeudi, selon le Washington Post, qui cite plusieurs sources anonymes.

     

    Selon elles, M. Trump faisait référence à des pays d’Afrique ainsi qu’à Haïti et au Salvador, expliquant que les États-Unis devraient plutôt accueillir des ressortissants de la Norvège.

     

    « Pourquoi avons-nous besoin de plus de Haïtiens ? » aurait encore demandé le président.


    Trump annule sa visite à Londres Le président Donald Trump a annulé sa visite destinée à inaugurer la nouvelle ambassade des États-Unis à Londres, où il risquait d’être accueilli par des manifestations hostiles, bousculant une nouvelle fois la « relation spéciale » avec le Royaume-Uni. « La raison pour laquelle j’annule mon voyage à Londres est que je ne suis pas un grand fan du gouvernement Obama, qui a vendu l’ambassade la mieux située et la plus agréable à Londres pour des cacahuètes, afin d’en construire une autre bien plus éloignée pour 1,2 milliard de dollars », a écrit M. Trump dans un tweet nocturne. Les États-Unis avaient en fait annoncé leur intention de déménager leur ambassade, du quartier chic et central de Mayfair sur un nouveau site dans le sud-ouest de Londres, en octobre 2008, lorsque George W. Bush était à la Maison-Blanche et non Barack Obama. La nouvelle ambassade sera inaugurée fin février.

    « Il semble que le président Trump ait compris le message envoyé par de nombreux Londoniens qui aiment et admirent l’Amérique et les Américains, mais trouvent que ses politiques et ses actions sont à l’opposé total des valeurs d’inclusion, de diversité et de tolérance de notre ville », a commenté le maire travailliste de Londres, Sadiq Khan.












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