La chasse aux phoques n'est plus une menace
Sur la banquise, les animalistes ont remplacé les écologistes
Louis-Gilles Francoeur
7 avril 2004
Photo : Agence Reuters
On voit ici un chasseur professionnel qui s’apprête à abattre un phoque adulte, car la chasse aux blanchons est totalement interdite depuis longtemps.
Pas un seul groupe écologiste ne fait campagne contre la chasse aux phoques à Terre-Neuve ou aux îles de la Madeleine, y compris Greenpeace, un mouvement qui affirme ne plus voir de menace écologique pour le troupeau de loups marins du golfe Saint-Laurent.
«Il y a des lustres qu'on n'a plus personne là-bas car, tout simplement, Greenpeace ne fait plus de campagne contre la chasse aux phoques. L'espèce n'est pas en danger, contrairement à d'autres mammifères marins — ce qui est le cas de plusieurs espèces de baleines, notamment — que nos organisations essaient de protéger et de défendre sur d'autres océans. Mais il y a des gens aux Îles qui voient encore des militants de Greenpeace dans chaque adversaire de la chasse aux phoques. Les gens de la région l'avaient vraiment mal pris à l'époque, ce qui explique encore la confusion qui perdure dans l'esprit de certains», explique Steven Guilbeault, de Greenpeace-Québec.
Le premier à corroborer les dires de ce militant écologique est nul autre que le directeur régional de Pêches et Océans Canada, Daniel Caron, qui confirme lui aussi que le troupeau de phoques du Saint-Laurent n'est «absolument pas menacé» et qu'effectivement, on ne voit plus le moindre écologiste en chasse contre les chasseurs de phoques.
«Les militants écologistes, explique M. Caron, ont compris que cette chasse a même une fonction écologique car elle sert à empêcher le troupeau d'atteindre une taille problématique dans l'écosystème marin. C'est une chasse qui correspond à tous les critères du développement durable: le cheptel n'est pas menacé et peut subir une exploitation durable. Or les écologistes reconnaissent fondamentalement la nécessité de maintenir les équilibres écologiques et c'est pourquoi ils ne s'opposent pas à cette chasse. Ce n'est pas le cas cependant des organisations animalistes présentes aux Îles, qui s'opposent à la chasse non pas pour des raisons écologiques mais au nom de valeurs morales.»
Manipulation
Effectivement, depuis quelques années, ce sont de grands groupes animalistes internationaux qui s'opposent ouvertement à la chasse aux phoques, au nom de valeurs morales et non écologiques. Il s'agit principalement de l'International Fund for Animal Welfare (IFAW), de Sea Shepperd du militant radical Paul Watson (qui avait engagé Greenpeace dans la voie animaliste dans les années 70 avant d'être renvoyé du mouvement) et, plus récemment, People for Ethical Treatment of Animals (TETA).
Certains tentent depuis quelques jours de mobiliser l'opinion américaine avec, notamment, la publication très remarquée, il y a quelques jours, d'une annonce dans le New York Times, qui publiait aussi une photo montrant une mare de sang bien découpée sur fond de banquise bien blanche, publiée hier aussi par un quotidien montréalais.
«Je peux comprendre que des journalistes qui arrivent ici et qui ne connaissent rien à la chasse puissent se faire manipuler par des groupes animalistes. Je comprends moins que des médias d'ici s'engagent dans une couverture aussi émotionnelle. On parle de carnage dans le cas des phoques mais tout le monde trouve normal le même jour qu'on abatte 19 millions de poulets en Colombie-Britannique, sans la moindre goutte de sang pour illustrer les articles», ajoute le directeur régional de Pêches et Océans.
Ce dernier est révolté de constater que certains grands groupes animalistes internationaux se servent encore des bébés phoques sur leur site Internet pour attirer les généreux donateurs alors que, depuis plus de 15 ans, il est strictement interdit de tuer le moindre blanchon sur les banquises. La chasse légale se concentre maintenant uniquement sur les bêtes adultes, explique Daniel Caron, et les chasseurs ont subi une formation afin d'être extrêmement efficaces dans leur manière d'abattre les phoques.
Le plus efficace
L'usage artisanal du gourdin, qui en fait frémir plusieurs, est en réalité la manière la plus efficace jamais testée par les chercheurs. Une étude réalisée pour la commission Malouf, mise sur pied après la campagne orchestrée par Brigitte Bardot dans les années 70, avait testé différents moyens de mettre à mort. Le coup de gourdin qui détruit le cervelet, le centre des sensations et le siège du système sympathique qui régit les automatismes comme le coeur et la respiration, est de loin plus efficace que la mort par balles, par électrocution ou autrement, dit-il. La mort clinique est instantanée.
Le directeur québécois de Pêches et Océans convient que la vue de sang sur une neige blanche n'est pas un spectacle réjouissant pour personne. Mais c'est une chasse aux pratiques strictement contrôlées. Autant que dans n'importe quel abattoir. Et, comme vient de le démontrer une autre étude universitaire toute récente, ajoute Daniel Caron, les bêtes ne souffrent pas et n'ont aucune sensation même si certains décèlent des mouvements après la mort. Il s'agit de spasmes post mortem, comme tous les chasseurs et pêcheurs sportifs ont pu en constater et comme on le voit tous les jours dans les abattoirs.
Alors qu'autrefois on n'utilisait que la peau des phoques adultes, on utilise aujourd'hui de plus en plus leur gras, l'essentiel du poids utile, pour en extraire des Omega-3 d'une exceptionnelle qualité avec, en prime, dit-on, des propriétés qui ralentiraient le vieillissement du système nerveux. Sur la Basse-Côte-Nord, les familles des chasseurs consomment aussi la viande de phoque, une cuisine régionale assez méconnue.
Explosion de la population
Le responsable des pêcheries du golfe ajoute que la chasse aux phoques a l'avantage écologique majeur «de maintenir le troupeau en bas de six millions de têtes et surtout de l'empêcher de croître». L'arrêt de la chasse dans les années 70 a provoqué une explosion de la population de loups marins, qui est passée de deux à six millions de têtes aujourd'hui. Les pêcheurs commerciaux voudraient bien, dit-il, que le niveau des prises soit plus élevé car les phoques mangent des quantités considérables de morues et d'autres espèces commerciales de poissons marins.
«Les phoques ne sont pas responsables de la disparition des morues. Mais leur prédation croissante sur les espèces marines a ajouté aux stress qui en frappent plusieurs, dont la surpêche», explique Daniel Caron.
Le quota de chasse, fixé depuis l'an dernier à 350 000 têtes après avoir été gelé pendant des années à 278 000 têtes, est établi dans le cadre d'un plan triennal d'exploitation, un plan qui se termine l'an prochain. Le nouveau quota sera établi à partir d'un inventaire aérien, explique-t-il, qui aura cours prochainement. Ce quota est établi de concert avec la communauté scientifique et non pas sous l'effet des pressions de toutes sortes.
«Curieux de constater que la hausse du quota de chasse n'a pas suscité de campagne particulière l'an dernier de la part des groupes animalistes et que c'est tout d'un coup le cas cette année. Ce n'est pas pour rien que certains de ces groupes font campagne avec les phoques: c'est plus vendable en Angleterre que les campagnes contre la chasse à courre et, en Espagne, ça se vend mieux que la lutte contre les corridas. L'argent qu'ils amassent avec les phoques sert évidemment à financer des activités dans d'autres domaines. Cela semble très efficace», conclut le directeur régional de Pêches et Océans.
«Il y a des lustres qu'on n'a plus personne là-bas car, tout simplement, Greenpeace ne fait plus de campagne contre la chasse aux phoques. L'espèce n'est pas en danger, contrairement à d'autres mammifères marins — ce qui est le cas de plusieurs espèces de baleines, notamment — que nos organisations essaient de protéger et de défendre sur d'autres océans. Mais il y a des gens aux Îles qui voient encore des militants de Greenpeace dans chaque adversaire de la chasse aux phoques. Les gens de la région l'avaient vraiment mal pris à l'époque, ce qui explique encore la confusion qui perdure dans l'esprit de certains», explique Steven Guilbeault, de Greenpeace-Québec.
Le premier à corroborer les dires de ce militant écologique est nul autre que le directeur régional de Pêches et Océans Canada, Daniel Caron, qui confirme lui aussi que le troupeau de phoques du Saint-Laurent n'est «absolument pas menacé» et qu'effectivement, on ne voit plus le moindre écologiste en chasse contre les chasseurs de phoques.
«Les militants écologistes, explique M. Caron, ont compris que cette chasse a même une fonction écologique car elle sert à empêcher le troupeau d'atteindre une taille problématique dans l'écosystème marin. C'est une chasse qui correspond à tous les critères du développement durable: le cheptel n'est pas menacé et peut subir une exploitation durable. Or les écologistes reconnaissent fondamentalement la nécessité de maintenir les équilibres écologiques et c'est pourquoi ils ne s'opposent pas à cette chasse. Ce n'est pas le cas cependant des organisations animalistes présentes aux Îles, qui s'opposent à la chasse non pas pour des raisons écologiques mais au nom de valeurs morales.»
Manipulation
Effectivement, depuis quelques années, ce sont de grands groupes animalistes internationaux qui s'opposent ouvertement à la chasse aux phoques, au nom de valeurs morales et non écologiques. Il s'agit principalement de l'International Fund for Animal Welfare (IFAW), de Sea Shepperd du militant radical Paul Watson (qui avait engagé Greenpeace dans la voie animaliste dans les années 70 avant d'être renvoyé du mouvement) et, plus récemment, People for Ethical Treatment of Animals (TETA).
Certains tentent depuis quelques jours de mobiliser l'opinion américaine avec, notamment, la publication très remarquée, il y a quelques jours, d'une annonce dans le New York Times, qui publiait aussi une photo montrant une mare de sang bien découpée sur fond de banquise bien blanche, publiée hier aussi par un quotidien montréalais.
«Je peux comprendre que des journalistes qui arrivent ici et qui ne connaissent rien à la chasse puissent se faire manipuler par des groupes animalistes. Je comprends moins que des médias d'ici s'engagent dans une couverture aussi émotionnelle. On parle de carnage dans le cas des phoques mais tout le monde trouve normal le même jour qu'on abatte 19 millions de poulets en Colombie-Britannique, sans la moindre goutte de sang pour illustrer les articles», ajoute le directeur régional de Pêches et Océans.
Ce dernier est révolté de constater que certains grands groupes animalistes internationaux se servent encore des bébés phoques sur leur site Internet pour attirer les généreux donateurs alors que, depuis plus de 15 ans, il est strictement interdit de tuer le moindre blanchon sur les banquises. La chasse légale se concentre maintenant uniquement sur les bêtes adultes, explique Daniel Caron, et les chasseurs ont subi une formation afin d'être extrêmement efficaces dans leur manière d'abattre les phoques.
Le plus efficace
L'usage artisanal du gourdin, qui en fait frémir plusieurs, est en réalité la manière la plus efficace jamais testée par les chercheurs. Une étude réalisée pour la commission Malouf, mise sur pied après la campagne orchestrée par Brigitte Bardot dans les années 70, avait testé différents moyens de mettre à mort. Le coup de gourdin qui détruit le cervelet, le centre des sensations et le siège du système sympathique qui régit les automatismes comme le coeur et la respiration, est de loin plus efficace que la mort par balles, par électrocution ou autrement, dit-il. La mort clinique est instantanée.
Le directeur québécois de Pêches et Océans convient que la vue de sang sur une neige blanche n'est pas un spectacle réjouissant pour personne. Mais c'est une chasse aux pratiques strictement contrôlées. Autant que dans n'importe quel abattoir. Et, comme vient de le démontrer une autre étude universitaire toute récente, ajoute Daniel Caron, les bêtes ne souffrent pas et n'ont aucune sensation même si certains décèlent des mouvements après la mort. Il s'agit de spasmes post mortem, comme tous les chasseurs et pêcheurs sportifs ont pu en constater et comme on le voit tous les jours dans les abattoirs.
Alors qu'autrefois on n'utilisait que la peau des phoques adultes, on utilise aujourd'hui de plus en plus leur gras, l'essentiel du poids utile, pour en extraire des Omega-3 d'une exceptionnelle qualité avec, en prime, dit-on, des propriétés qui ralentiraient le vieillissement du système nerveux. Sur la Basse-Côte-Nord, les familles des chasseurs consomment aussi la viande de phoque, une cuisine régionale assez méconnue.
Explosion de la population
Le responsable des pêcheries du golfe ajoute que la chasse aux phoques a l'avantage écologique majeur «de maintenir le troupeau en bas de six millions de têtes et surtout de l'empêcher de croître». L'arrêt de la chasse dans les années 70 a provoqué une explosion de la population de loups marins, qui est passée de deux à six millions de têtes aujourd'hui. Les pêcheurs commerciaux voudraient bien, dit-il, que le niveau des prises soit plus élevé car les phoques mangent des quantités considérables de morues et d'autres espèces commerciales de poissons marins.
«Les phoques ne sont pas responsables de la disparition des morues. Mais leur prédation croissante sur les espèces marines a ajouté aux stress qui en frappent plusieurs, dont la surpêche», explique Daniel Caron.
Le quota de chasse, fixé depuis l'an dernier à 350 000 têtes après avoir été gelé pendant des années à 278 000 têtes, est établi dans le cadre d'un plan triennal d'exploitation, un plan qui se termine l'an prochain. Le nouveau quota sera établi à partir d'un inventaire aérien, explique-t-il, qui aura cours prochainement. Ce quota est établi de concert avec la communauté scientifique et non pas sous l'effet des pressions de toutes sortes.
«Curieux de constater que la hausse du quota de chasse n'a pas suscité de campagne particulière l'an dernier de la part des groupes animalistes et que c'est tout d'un coup le cas cette année. Ce n'est pas pour rien que certains de ces groupes font campagne avec les phoques: c'est plus vendable en Angleterre que les campagnes contre la chasse à courre et, en Espagne, ça se vend mieux que la lutte contre les corridas. L'argent qu'ils amassent avec les phoques sert évidemment à financer des activités dans d'autres domaines. Cela semble très efficace», conclut le directeur régional de Pêches et Océans.
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