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Pharmacie: non aux diplômes ontariens

Jeanne Corriveau   11 juillet 2002 
Après quatre ans d'études en pharmacie à l'université de Toronto, Sharon Abitbol s'attendait à trouver sans difficulté un emploi à Montréal, la ville où elle est née et où elle a grandi. Malgré l'importante pénurie de pharmaciens que connaît le Québec à l'heure actuelle, elle devra attendre un an avant de pouvoir exercer sa profession. Même l'Ordre des pharmaciens du Québec reconnaît qu'il s'agit d'un délai difficilement justifiable.

La jeune diplômée de 23 ans a été fort déçue lorsqu'elle a appris qu'en plus de l'examen de français obligatoire, il lui faudrait suivre deux cours supplémentaires à l'université et faire un second stage avant de pouvoir exercer son métier au Québec. «Je ne comprends pas pourquoi, à l'intérieur d'un même pays, mon diplôme n'est pas reconnu. La pharmacologie est pourtant la même», indique-t-elle.

Les cours que doit suivre la jeune femme portent principalement sur la législation québécoise et l'organisation des services de santé au Québec. Ils sont obligatoires pour tous les diplômés issus des autres provinces. Le problème, c'est que le premier est offert en septembre à l'Université de Montréal alors que le second ne l'est que la session suivante. Le rythme lent de moins de quatre heures de cours par semaine constitue pour elle une vraie perte de temps.

Sharon Abitbol complétera fin août un stage de 12 semaines à Cornwall, en Ontario. Cependant, afin de se conformer aux normes québécoises, elle devra en faire un second d'une durée de 600 heures en territoire québécois, a-t-elle aussi appris. «Je ne pourrai pas commencer mon stage avant mai 2003. Ça va me prendre plus d'un an avant d'obtenir mon diplôme du Québec», ajoute-t-elle.

«Pendant ma dernière année à Toronto, j'ai été sollicitée par plusieurs grandes chaînes de pharmacies aux États-Unis, qui m'ont proposé des postes là-bas. J'ai refusé parce que je voulais retourner au Québec et m'installer ici après mon mariage, en juin dernier. C'est avec ces entraves que le Québec pousse les étudiants à aller s'installer ailleurs», déplore-t-elle.

Jacques Gendron, premier vice-président de l'Ordre des pharmaciens du Québec, reconnaît sans peine que la situation doit être corrigée, d'autant plus que la qualité des cours donnés à l'université de Toronto ne peut être remise en question.

Des règles similaires s'appliquent toutefois aux diplômés québécois qui décident de pratiquer dans une autre province. Ces règles sont encore plus sévères pour ceux qui optent pour les États-Unis. Même si la connaissance de la langue française et celle de la législation québécoise sont incontournables, l'ordre professionnel est déterminé à trouver un moyen d'accélérer le processus pour les diplômés des universités ontariennes. Le président de l'Ordre des pharmaciens du Québec, Paul Fernet, entend d'ailleurs examiner plusieurs scénarios et discuter de la question avec son homologue ontarien lors d'une rencontre prévue début août.

«Le problème, c'est que [ces personnes doivent] suivre ces cours en même temps que les étudiants réguliers. Nous voudrions créer un cours sur mesure, spécifique aux adultes et qui pourrait se faire en deux ou trois semaines. Idéalement, nous aimerions jumeler le stage de jour à des cours du soir», explique M. Gendron.

Peu d'étudiants des autres provinces savent qu'ils peuvent bénéficier d'un stage écourté si leur superviseur constate que le diplômé a déjà toutes les compétences requises pour exercer la profession, signale M. Gendron.

Ces contraintes sont d'autant plus frustrantes pour les diplômés qu'elles sont imposées alors que les pharmacies à l'échelle du pays souffrent d'une pénurie importante de professionnels dans ce domaine. Selon un sondage Ipsos-Reid publié en mars dernier, le Canada aurait besoin de 2000 pharmaciens supplémentaires, une pharmacie sur deux n'ayant pas réussi à pourvoir ses postes vacants l'an dernier. Au Québec, les besoins sont évalués à 400 pharmaciens, dont 90 dans les établissements de santé.

Jacques Gendron évoque plusieurs raisons pour expliquer ce phénomène: augmentation du nombre de pharmacies, heures d'ouverture prolongées, féminisation de la profession et embauche accrue par l'industrie pharmaceutique. De plus, le nombre d'ordonnances de médicaments connaît une hausse de 7 à 10 % par année, note M. Gendron, ce qui signifie que leur nombre double tous les sept ans.
 
 
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