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Réseau de la santé - Quelques conditions pour une réorganisation

Jean-Paul Cadieux - Président de l'Association des hôpitaux du Québec  1 avril 2004 
La Loi sur les agences de développement des réseaux locaux de santé et de services sociaux, maintenant sanctionnée, marque le début d'une transformation majeure de l'organisation des soins et des services dans le réseau de la santé. Cette transformation, certainement la plus importante depuis la réforme Castonguay, doit se réaliser à l'intérieur de délais très courts, trop courts diront certains, soit d'ici la fin de l'année 2004, ce qui inquiète plusieurs acteurs. [...]

L'Association des hôpitaux du Québec (AHQ) s'est toujours montrée favorable à la création de réseaux intégrés de services parce que, selon elle, ceux-ci sont susceptibles de garantir à la population un accès libre, facile et convivial aux soins et aux services, permettant le passage rapide et continu d'un type de soins à un autre, par exemple des services ambulatoires aux soins hospitaliers aigus ou à des services d'hébergement et de soins de longue durée, voire à des soins à domicile. [...]

Or, malgré le fait que le fonctionnement en réseau soit désormais érigé au rang de valeur dans notre système, plusieurs inquiétudes ont été exprimées en ce qui a trait à l'ordre des moyens utilisés — la fusion d'établissements — pour obtenir les résultats recherchés. Ces inquiétudes, selon nous, sont légitimes. Elles concernent tantôt la crainte de voir aspirer les services de première ligne par les services spécialisés, de voir compromettre l'existence des programmes sociaux et de prévention-promotion en raison des déficits dans les établissements fusionnés, de voir le territoire d'appartenance dilué dans une mégastructure impersonnelle, de voir partir pour la retraite un grand nombre de directeurs généraux et de cadres supérieurs visés par les fusions d'établissements.

Pour toutes ces raisons, l'AHQ croit qu'il faut apporter une attention toute particulière à la mise en oeuvre de la réorganisation et prévoir un certain nombre de conditions «facilitantes» qui, si elles sont négligées, risquent de compromettre grandement la réussite du projet.

Cinq conditions

D'abord, il nous apparaît essentiel de protéger les budgets et les services de première ligne, y compris les services d'hébergement et de soins de longue durée. S'il est vrai que le réseau local est là pour rapprocher les services de la population et faciliter l'accès et le cheminement des personnes dans le réseau de la santé, il est primordial de rendre disponible le maximum de ressources et de services sur le plan local. [...] Il faudra donc prévoir une reddition de comptes très précise sur la façon dont les budgets ont été utilisés et affectés aux divers programmes de première ligne et d'hébergement.

Deuxième condition, les instances locales devront compter sur un financement à la bonne hauteur, en fonction des programmes et des services qu'elles seront appelées à dispenser. Le défi est double. Aux yeux de l'AHQ, non seulement la base budgétaire des établissements doit être révisée, un taux d'indexation spécifique doit aussi leur être consenti, ce taux de croissance étant évalué à 5,1 % par le gouvernement actuel.

Il est vrai que les déficits dans le réseau de la santé sont presque devenus une figure imposée. Bon an, mal an, les hôpitaux terminent l'année financière avec un nouveau déficit. Dans le cadre de l'implantation des réseaux locaux, il serait mal avisé que les nouvelles instances locales soient tenues responsables du remboursement de ces déficits, tout comme il serait malvenu d'effacer sans condition les déficits accumulés par certains établissements qui ne seraient pas le résultat d'un sous-financement reconnu. Une approche budgétaire basée sur la performance doit prévaloir.

La troisième condition de réussite du projet de réorganisation réside dans l'accompagnement qui sera offert aux gestionnaires et aux professionnels du réseau de la santé. Nous sommes d'abord préoccupés du soutien offert aux directeurs généraux et aux équipes de direction, qui seront les premiers touchés par la réorganisation et qui auront la délicate tâche de susciter l'engagement et la mobilisation des gestionnaires et des professionnels autour de l'implantation des réseaux locaux. Nous craignons que devant l'énorme défi organisationnel qui nous attend, plusieurs hauts gestionnaires choisissent de quitter le réseau pour la retraite. On se souviendra seulement à quel point a été lourd de conséquences le départ massif à la retraite de 1500 infirmières au milieu des années 90.

Quatrième condition: la participation active des médecins de famille et de pratique privée dans les réseaux locaux. L'un des principaux problèmes rencontrés dans le réseau de la santé, c'est celui de l'accès à des services médicaux de première ligne. Selon l'AHQ, la participation des médecins aux objectifs et aux priorités organisationnelles du réseau local ne pourra se réaliser sans la révision de leur mode de rémunération. L'AHQ propose qu'un mécanisme soit prévu à partir des responsabilités dévolues aux départements régionaux de médecine générale et des ententes négociées, dont celle sur les activités médicales particulières.

Dernière condition: le développement de systèmes d'information adéquats qui permettent la libre circulation de l'information entre les professionnels et entre les gestionnaires. Ce projet d'intégration des services commande, aux yeux de l'AHQ, des investissements importants à la fois pour consolider et développer les systèmes d'information sur les données cliniques et pour soutenir la gestion d'une organisation de services intégrés. [...]

Si nous avions un voeu à formuler, c'est que cette réorganisation soit, pour une fois dans l'histoire du réseau de la santé, complétée... sans précipitation et de manière ordonnée. Trop de réformes n'ont jusqu'ici jamais été achevées, démobilisant chaque fois une grande partie de l'effectif. [...] On ne saurait assurer la pérennité de notre système de santé sans se soucier d'abord de mobiliser l'effectif actuel et de bien préparer la relève.
 
 
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