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Le Suroît «amélioré» est compromis

Hydro-Québec menace de revenir à un projet plus polluant si les autorisations environnementales tardent

Louis-Gilles Francoeur   23 mars 2004 
André Caillé avait présenté un projet du Suroît moins polluant.
Photo : Jacques Nadeau
André Caillé avait présenté un projet du Suroît moins polluant.
La version «améliorée» du Suroît, présentée le 13 janvier dernier comme une option moins polluante, moins énergivore et moins dommageable pour le climat, a toutes les chances de n'être plus disponible lorsque Québec, à l'été ou au début de l'automne prochain, prendra une décision définitive sur le projet.

C'est ce qu'affirme Hydro-Québec Production (HQP) dans sa dernière série de réponses à la Régie de l'Énergie, réponse dans laquelle elle révèle avoir «été informée à la fin de janvier que GE Energy démobilisait son équipe de projet du Suroît et amorçait une recherche active pour un site alternatif en Amérique du Nord» comme vitrine pour sa nouvelle technologie.

On se souviendra que la nouvelle turbine de type «H» avait été présentée à la mi-janvier par le président d'Hydro-Québec, André Caillé, et le ministre des Ressources naturelles, Sam Hamad, comme étant désormais amplement justifiée en raison de ses performances environnementales supérieures. La nouvelle turbine de technologie «H» devait développer, selon le ministre Hamad, 8 % de puissance de plus pour la même consommation de gaz que la turbine initialement soumise au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE). Dans le nouveau document, HQP ne parle plus que de 5 % d'ajout de performance, comme l'avait alors souligné Le Devoir. La nouvelle turbine devait aussi dégager moins de contaminants atmosphériques, moins de gaz à effet de serre, et sa puissance pouvait atteindre plus de 960 MW en hiver alors qu'on parlait initialement d'une puissance installée d'un peu plus de 800 MW.

Or l'utilisation de cette technologie au Québec «reposait sur une entente de principe avec GE Energy pour le lancement à Beauharnois de leur nouvelle technologie», précise la réponse de HQP à la Régie. Cette société privée, poursuit le document, n'a pas l'intention de construire deux projets de démonstration en même temps en Amérique pour sa technologie H, ce qui explique le démantèlement de l'équipe Suroît et l'examen éventuel de propositions venant d'ailleurs sur le continent.

En raison de ce changement à la stratégie de GE Energy, poursuit HQP dans sa réponse, Hydro-Québec «ne peut donc garantir qu'une entente pour l'utilisation de la technologie H sera accessible au moment où les autorisations environnementales, le cas échéant, seraient octroyées».

Cette phrase sibylline pourra en surprendre plusieurs, car le conseil des ministres a formellement autorisé par décret la construction du Suroît le 17 décembre dernier. Mais le certificat d'autorisation a approuvé le projet décrit — avec ses toutes dernières modifications vraisemblablement — dans une lettre adressée au ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, en date du 2 décembre, une lettre «transmettant l'information relative à la turbine choisie». Or, si la turbine version H n'est plus disponible, il faudra un nouveau certificat d'autorisation pour approuver l'ancienne version du Suroît soumise au BAPE.

Il a été impossible de faire confirmer hier soir par le cabinet du ministre Mulcair si, effectivement, il faudrait ou non un nouveau décret pour autoriser la version plus polluante, plus énergivore et plus libérale côté gaz à effet de serre.

Si Québec veut par contre toujours miser sur la technologie améliorée, dont il vantait les avantages en janvier, il faudra alors décaler de quelques années le projet du Suroît en attendant que cet équipement passe au stade de la production en série chez GE, précise HQP.

Les documents soumis par Hydro-Québec Production à la Régie révèlent par ailleurs que la centrale thermique de Tracy, une centrale d'appoint, contribue presque autant au réchauffement du climat par ses GES que celle du Suroît sur une base annuelle. Cela bien entendu si Hydro-Québec fait fonctionner Tracy au maximum permis par la loi, c'est-à-dire en s'en tenant au maximum d'émissions acides (SO2) autorisées par l'Environnement. À son niveau d'opération maximum, Tracy, qui brûle du pétrole lourd, peut émettre jusqu'à 1,9 million de tonnes de dioxyde de carbone (CO2) par année contre 2,25 millions de tonnes pour le Suroît. Mais ce n'est qu'en 2003 que cette centrale a totalisé plus de 5000 heures de fonctionnement cumulatif de ces différents diesels. Antérieurement, elle a fonctionné durant quelques dizaines d'heures par année, généralement aux périodes de pointe de la demande.

En comparaison, précise le document d'Hydro-Québec, la centrale au gaz de Bécancour, un projet de TransCanada Energy présentement à l'étude au ministère de l'Environnement, émettrait 1,56 million de tonnes de GES.

Crédits de GES

D'autre part, le document d'HQP confirme qu'Hydro-Québec pourrait bien ne pas être pénalisé du tout par le système de crédits pour les émissions de GES du Suroît et que la société d'État pourrait même engranger des «crédits» qu'elle pourrait utiliser à son profit ou revendre, comme le révélait récemment Le Devoir.

Selon un des scénarios proposés par Ottawa, des permis seraient distribués gratuitement aux émetteurs de GES pour 85 % de leurs émissions, calculées pour l'ensemble des centrales thermiques.

«Comme le taux d'émission de GES pour le projet du Suroît serait inférieur à cette moyenne, précise HQP dans son document à la Régie, le projet recevrait alors un excédent de permis par rapport au nombre exigé par la réglementation: il recevrait alors ce que l'on pourrait appeler des crédits.» Hydro-Québec ne trouve pas cette affaire scandaleuse parce que, argumente-t-elle, ce système obligera globalement les émetteurs de GES à réduire de 15 % leurs émissions annuelles.

Dans la pire des hypothèses, précise HQP, Hydro devra acheter des permis d'émissions pour moins de 15 % des émissions réelles du Suroît, ce qui coûterait environ cinq millions par an, une peccadille par rapport aux profits que la société d'État prévoit retirer de cet équipement de production dont la vie utile est censée s'étendre sur plus de 25 ans. L'impact sur la facture d'électricité serait alors de 0,075 cents du kWh produit au Suroît.

Par contre, ajoute Hydro-Québec, si Ottawa décide un jour d'inclure la production hydroélectrique et éolienne dans le bilan canadien des GES, la moyenne des émissions de l'industrie sera abaissée, et les réductions forceront Hydro-Québec à faire face à des besoins accrus de crédits. Mais, estime la société d'État, grâce au taux élevé d'hydroélectricité du parc québécois et à une moyenne d'émission de GES deux fois inférieure à celle des autres Canadiens, Hydro-Québec estime qu'elle ne devrait pas avoir besoin d'acheter de crédits de GES ou très peu, même dans ce scénario.
 
 
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  • claudette piché - Inscrit
    23 mars 2004 08 h 07
    Caillé ne veut pas comprendre
    Caillé ne veut pas comprendre, on n'en veut pas de sa pollution... La vision à long terme n'est pas de son ressort lorsqu'on pense à la pollution. Quels sont ses vrais intérêts?

    Ils nous ont pris nos minéraux et pollué la nappe phréatique, ils nous ont pris nos forêts et laisser des grands espaces buchés à blanc. Oui encore et de plus certaine compagnie plante une lisière d'environ 50 pieds de jeunes plants et le fonctionnaire surperviseur ne descend pas de son camion et voit que ca été planté, mais son horizon est limité à 50 pied...et les petits arbres sont enterrrés dans le sol ...

    L'eau nous est pris de force par lutte et manifestations et par ce suroit, on nous vendra l'air pur en sac...Pour qui veut bien comprendre maintenant...
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