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Le bouc émissaire

Bernard Descôteaux   20 mars 2004 
Montré du doigt comme principal responsable du scandale des commandites, Alfonso Gagliano plaide l'ignorance. Il n'a rien vu ni rien su de ce qui se passait. S'il y a des responsables dans cette affaire, il faut les chercher ailleurs que dans le gouvernement Chrétien qui, en mettant sur pied le programme de commandites, n'avait pas d'autre intention que de sauver le pays. Difficile à croire!

Le témoignage de l'ancien ministre des Travaux publics devant le comité des Comptes publics pourrait se poursuivre la semaine prochaine mais il faut d'ores et déjà s'étonner des réponses qu'il a apportées aux questions de ses anciens collègues des Communes.

La première source d'étonnement a trait au rôle de M. Gagliano dans la gestion du programme de commandites dont, à l'entendre, il n'était pas vraiment responsable car il ne pouvait pas tout savoir de ce qui se passait dans son ministère. En disant cela, il oublie le principe de la responsabilité ministérielle qui, dans notre système parlementaire, rend un ministre responsable de tout ce qui se passe dans son ministère. C'est une chose de ne pas tout savoir; c'en est une autre de ne pas savoir ce qui est important. Et l'affaire des commandites était une chose importante puisqu'elle était reliée à l'unité nationale. De deux choses l'une: ou Alfonso Gagliano savait et doit porter la responsabilité de ce fiasco, responsabilité que l'enquête que présidera le juge Gommery pourra éventuellement qualifier, ou il ne savait pas et devra porter l'opprobre d'avoir été un ministre incompétent, incapable d'assumer ses responsabilités.

La deuxième source d'étonnement vient de l'excuse de l'unité nationale, de nouveau apportée par M. Gagliano pour justifier le caractère spécial, sinon exceptionnel, du programme de commandites. L'excuse a été abondamment utilisée par Jean Chrétien par le passé, lequel n'a jamais voulu rien voir d'autre que des problèmes administratifs dans le fait que près d'une centaine de millions de dollars se sont perdus de façon injustifiée dans les coffres de quelques agences de publicité amies du régime. Comme si l'unité nationale pouvait absoudre tous les excès, tous les manquements aux règles de l'administration publique, toutes les fautes.

Dans cette enquête du comité des Comptes publics, le Bloc québécois est tenté de ramener le débat autour de cette question de l'unité nationale pour démontrer que le gouvernement fédéral a littéralement volé un pays aux Québécois. Cette question est secondaire dans le débat actuel. Il ne faut pas se détourner de l'enjeu premier, qui porte sur la légalité des gestes faits dans l'administration du programme de commandites. On ne peut pas laisser minimiser leur portée comme Jean Chrétien l'a fait jeudi, lui pour qui «ce sont des problèmes de l'administration. Ça existe depuis longtemps, je n'ai jamais eu de difficulté avec ça». Dur à battre comme cynisme!

Le comité des Comptes publics ne sera probablement pas en mesure de tirer des aveux d'Alfonso Gagliano. Celui-ci voudra rester évasif, ne serait-ce que pour éviter de s'incriminer lui-même. Néanmoins, les témoignages des fonctionnaires du ministère des Travaux publics nous laissent croire qu'il savait. Il ne doit pas se surprendre que l'on veuille en faire le bouc émissaire de toute cette affaire. Tout le désigne pour ce rôle. Pour y échapper, il faudrait qu'il apporte des réponses plus convaincantes au comité des Comptes publics. Il doit comprendre qu'il est devant un tribunal politique dont le mandat est de trouver un coupable à présenter au jury de l'opinion publique.

bdescoteaux@ledevoir.ca
 
 
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