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Le vrai triomphe de la terreur

Denise Bombardier   20 mars 2004 
Terrible et déprimant constat: les fondamentalistes islamiques ont d'ores et déjà réussi leur oeuvre d'intoxication des esprits. En effet, nombreux sont les Occidentaux qui établissent une équation entre George W. Bush et Saddam Hussein, voire Oussama ben Laden. Ils sont également nombreux à croire sincèrement que l'action terroriste actuelle disparaîtrait d'elle-même si les Américains se retiraient d'Irak et que les pays alliés seraient à l'abri s'ils se distanciaient de la politique américaine.

La gauche occidentale, elle, va plus loin en donnant à penser que les inégalités sociales sont à la source de cette dérive politico-religieuse, ce qui sous-tendrait que l'idéologie qui anime les terroristes avait pour objectif la justice et le bonheur collectif. Cette gauche est en train de reproduire son modèle du siècle dernier alors qu'elle s'était faite muette et aveugle devant les horreurs staliniennes au nom du Grand Soir, qu'elle avait idolâtré Mao, l'éradicateur de la culture, et les Khmers rouges, créateurs d'un homme nouveau sur les charniers d'un génocide. La gauche avait aussi plébiscité Castro, le sauveur de son peuple, celui-ci si heureux qu'il n'a eu de cesse de s'enfuir dans des coquilles de noix souvent transformées en cercueils marins. Aujourd'hui, l'analyse du terrorisme islamique par plusieurs se fait à partir d'un schéma explicatif qui franchit allégrement la mince frontière entre explication et justification. La vision romantique de l'acte terroriste au nom de la cause noble a la vie dure.

Ainsi donc, pour éviter des bombes dans nos métros, sur nos gratte-ciels ou dans nos avions, nos dirigeants n'ont qu'à s'abstenir de gouverner contre la volonté d'al-Qaïda. En clair, al-Qaïda, défenseur de l'Irak occupé par les Américains, étend son bras vengeur sur les autres pays qui osent les appuyer. Obéissons et nous serons à l'abri. C'est avoir la mémoire courte et oublier tous ces attentats antérieurs à la guerre contre Saddam Hussein et au 11 septembre 2001, ces bombes qui ont tué en Europe, aux États-Unis, où le World Trade Center avait déjà été pris pour cible, au Moyen-Orient, au Pakistan, en Afrique. Il faut une bonne dose d'aveuglement et d'ignorance pour croire que le terrorisme islamique (à distinguer du terrorisme palestinien, en riposte à la politique israélienne) serait une quelconque réponse à la misère et à l'humiliation des populations musulmanes. Mais par qui sont donc dirigés tant de pays qui se réclament de leur Allah à eux, sinon par des tyrans tortionnaires, kidnappeurs de leur propre peuple, entourés d'une cour servile et apeurée et protégés par des cerbères armés et illuminés? Les dirigeants qui cherchent une voie vers plus de démocratie, tel le roi du Maroc et le premier ministre tunisien, sont vomis par ces fous de Dieu. On en veut pour preuve les bombes de Casablanca.

Il est faux de croire qu'al-Qaïda et ses disciples s'attaquent à l'Amérique de Bush. Celle de Kerry n'y échapperait pas non plus, de même que l'ensemble des démocraties peuplées de «chiens de chrétiens, de porcs et d'impurs». Les fondamentalistes sont guidés par la haine des valeurs qui nous définissent. Le monde qu'ils rêvent d'instaurer, les talibans nous en ont donné un avant-goût. C'est un monde où la femme disparaît sous la burqa grillagée et informe, asservie et réduite à un instrument de reproduction. C'est un monde où les créateurs sont étouffés, au propre et au figuré, où tous les marginaux sont éliminés, où la musique est interdite, le rire flagellé, le sexe vomi et la liberté lapidée.

Rien n'est plus troublant que d'entendre autour de nous les commentaires des uns et des autres sur les attentats et ceux qui les commettent. Il y a quelque chose du syndrome de Stockholm dans la perception que certains s'en font. Chez d'autres, le ressentiment, les humiliations enfouies, les frustrations, les déceptions et la rage contenue semblent trouver à s'exprimer, cristallisés dans ces actes mortels. Les semeurs de mort frappent aussi notre imagination en distillant la haine. Et, de cela aussi, il faut avoir peur. Les spécialistes de la psychologie des profondeurs pourraient nous éclairer sur quelques effets troubles et dérangeants du climat dans lequel l'Occident vit désormais. Il fallait entendre les Londoniens cette semaine, qui attendent que les bombes sautent.

Il y avait une espèce d'impatience dans leurs propos, l'air de dire «que ça saute au plus vite», comme s'ils voulaient se libérer de cette présence morbide. Les Français, eux, vivent sur le qui-vive à cause de la politique sur le voile. Tous ceux chez nous qui se croient à l'abri de ce chaos devraient s'interroger s'ils ont quelque velléité de voyage. Sauf à se replier dans la forêt et à vivre en ermite coupé du monde et de son murmure, personne n'est à l'abri de la terreur qui menace ce que nous avons acquis de plus précieux, ces valeurs qui fondent notre liberté, si fragile soit-elle. Onze millions d'Espagnols dans les rues du pays la semaine dernière ont incarné cette dignité grave et silencieuse, seul rempart contre cette forme de barbarie.

denbombardier@earthlink.net






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  • Gilles Dussault
    Abonné
    samedi 20 mars 2004 07h21
    Humanisme
    « Enfin une réflexion plus rationnelle...

    Ça fait du bien d'entendre un propos éclairé et éclairant, un propos qui s'éloigne des sempiternels reportages simplistes qu'on entend et voit ses jours ci, toute source confondu.

    Gilles Dussault »

  • Jean Laporte
    Abonné
    samedi 20 mars 2004 08h28
    Tout aussi vrai pour la droite
    « La litanie d'horreur affichée par Mme Bombardier, trouve son pareil dans les actions de la droite. La question fondamentale est comment combattre le terrorisme. La question fut éludée par nos amis les Américains. Le résultat est que nous sommes déjà dans une dynamique de combat qui selon moi nous mène vers une impasse. Le danger de la stratégie de l'Occident est de réagir trop précipitament à un défi qui devrait couvrir une bonne part de ce début de siècle...sous des varientes encore inconnues. »

  • sidney abitbol
    Inscrit
    dimanche 21 mars 2004 10h19
    Excellent mais reducteur
    « Tous les terrorismes sont pareils, comment pouvait vous faire une difference entre un train qui explose a Madrid et un autobus à Jerusalem ?

    Aucun terrorisme n est justifiable mais peut-être pensez vous qu'en cédant tout au hamas et autres assassins tout s'arêtera, c'est être naïf, ou pour dormir tranquille il faut céder à alQaîda, c'est faire preuve de lâcheté.Vous verrez que tout cela n'est qu'alibis pour détruire tout ce qui n'est pas islamiste, les croises et les juifs. »

  • Jean-Claude Pothier
    Abonné
    dimanche 21 mars 2004 16h47
    Belle lucidité
    « Comme toujours, Mme B., votre texte est un petit bijou de lucidité (et de clarté, même s'il est loin d'être simpliste).

    Je déplore comme vous cette tendance de la gauche à l'auto-flagellation et à la culpabilisation pour le terrorisme, lequel est en grande partie dû au fanatisme religieux.

    Le fanatisme religieux est au fond un bien beau moyen de domination de ses semblables; on a connu ça au Québec!

    Un agenda américain mené par une équipe plus décente,(v.g.Kerry) ne changerait rien, car il s'agit d'un conflit de valeurs.

    Mais comment éviter un tel conflit avec un monde musulman dont l'évolution, à certains égards, est l'équivalent du moyen-âge, alors que ses moyens d'action sont pratiquement ceux de l'âge atomique?
    (Cf. B. Henry-Levy).

    J'aimerais votre point de vue là-dessus dans une chronique éventuelle, car l'amélioration des conditions de vie dans les pays du 1/3 monde ne peut donner de résultats qu'à long terme (cf. les pays maghrébins que vous avez donnés en exemple) »

  • pierre champagne
    Inscrit
    lundi 22 mars 2004 01h25
    Que vous nous bombardiez d'absurdités m'insulte!
    « Quelle preuve éhontée de racisme que de mettre en doute que "les inégalités sociales [soient]à la source de [la] dérive politico-religieuse" de la vague terroriste actuelle!

    Si les inégalités sociales n'y sont pour rien, alors quoi? Serait-ce les prédispositions génétiques des populations visées qui sont en cause?

    Et quelle imposture intellectuelle, quel saut du raisonnement, que d'écrire que la position de la "gauche occidentale", selon laquelle les inégalités sociales créent les conditions dans lesquelles émerge le terrorisme, "sous-tendrait que l'idéologie qui anime les terroristes avait pour objectif la justice et le bonheur collectif"! De la même façon, l'exposition au Soleil étant à la source du cancer de la peau, le cancer serait un moyen pour réduire l'exposition au Soleil...

    Excellent article: http://www.cyberpresse.ca/monde/article/1,151,1066,032004,619187.shtml »

  • Daniel Couture
    Inscrit
    lundi 22 mars 2004 10h55
    Ah! démêler la chèvre et le choux, quelle prouesse, parfois!
    « Une agréable surprise que cet article.

    Toute une surprise pour moi! Je ne me serais pas attendu à une pensée d'une telle justesse critique chez une femme immergée comme vous l'êtes dans la pensée alignée unilatéralement des médias québécois. D'ailleurs, nous allons d'une surprise à l'autre avec vous depuis quelque temps. En passant, chapeau pour votre conférence prononcée dernièrement à Québec sur la "perte des repères".

    La vraie pensée critique n'est accessible qu'à ceux qui ont pris conscience que chercher réellement le vrai, l'authentique, le juste et vouloir le bien réel nécessitaient une espèce de radical détachement de soi.

    La justesse de notre regard (jugement critique)dépend absolument du dépassement de l'immanence assumée(cohérence)dans la transcendance (les valeurs: le vrai, le bien, le juste, le beau). Je suis certain que vous avez compris cela et j'en éprouve une grande joie...

    Rien n'est plus facile que de démolir, rien. Surtout pour une personne intelligente immergée dans l'environnement post-moderne imbu du postulat mensonger et destructeur qui consiste à dire que "penser, c'est dire non" (Alain). Ce n'est pas penser qui est dire non, c'est "chercher"; et lorsque la recherche "aboutit", la pensée dit "OUI" le plus librement du monde, en prenant acte du vrai.

    Daniel Couture

    À mon avis, madame Bombardier, vous devez maintenant appliquer votre "penser critique" jusqu'au "dernier retranchement" de votre "être femme", si merveilleusement appelée à faire en sorte que "tous soient un". »

  • Dany Leblanc
    Abonné
    mardi 23 mars 2004 21h34
    Désolez! Je ne corresponds pas à votre stéréotype de gauche
    « Madame Bombardier,

    Vous confondez tellement tout que je ne sais pas par quoi commencer.

    Les difficultés que certains pays musulmans ont, sont dues à la suite d'une longue occupation étrangère, principalement celle de l'Europe de l'Ouest. Aujourd'hui l'occupation coloniale a été remplacée par une occupation impérialiste, à caractère économique et, des fois, militaire. Les États-Unis font parti du nombre. Cette occupation a eu des effets néfastes sur l'organisation de ces sociétés. Les dictatures se sont perpétuées, souvent avec les appuis de certains pays occidentaux, privant ses habitants d'une vraie culture démocratique.

    Quand des peuples subissent la violence, la faim, l'oppression et l'ignorance, il ne faut pas se surprendre des résultats. Je n'appuierai jamais ces dictateurs et ces fanatiques religieux. Je n'appuierai non plus la cupidité pétrolière des Étatsuniens, qu'il soit Bush ou Kerry. Cette attitude guerrière ne fera qu'accentuer le ressentiment du monde musulman et nourrir le terroriste.

    Le problème du terroriste n'est pas une question d'être à gauche ou à droite. Ce n'est pas non plus de leur donner raison mais de les comprendre. De les comprendre malgré leur fanatisme religieux et leur dérapage intellectuel. Être sensible sans être guidé par une vision simpliste entre le bien et le mal.

    Les guerres de Georges W. Bush n'ont fait que nourrir le terroriste. Il ne veut pas l'éliminer mais s'en servir pour justifier ses interventions militaires et ainsi, mieux positionner les États-Unis sur le plan géopolitique. Maintenant que les Étatsuniens et ses acolytes occupent l'Iraq, je vois mal comment ils peuvent se retirer sans l'émergence de chaos.

    Le problème du terroriste sera difficile à régler, tellement qu'il est bien enraciné. Il est aussi difficile à convaincre des gens puissants qui ont des intérêts à préserver et à conquérir. Si toute la communauté internationale avait vraiment voulu régler ce problème, elle l'aurait réussi à grande partie.

    À travers la cupidité, il y a aussi la stupidité, madame Bombardier. Moi et des centaines de milliers de manifestants contre la guerre en Irak, nous ne correspondons pas à l'image stéréotype de gauche que vous faites. Je ne suis pas contre la guerre si elle est justifiable mais pas lorsqu'elle cache des intérêts pétroliers. »

  • Dany Leblanc
    Abonné
    jeudi 25 mars 2004 13h51
    Je tiens à rajouter ceci
    « Madame Bombardier,
    Je tiens à rajouter ceci:

    Vous faites un ramassis de propos tenus par des gens de la gauche et vous les collés à tout un groupe de gens qui ne sont pas tous à gauche. Cette façon de faire est très dérangeante. »

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