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Gagliano plaide l'ignorance

19 mars 2004 
Ottawa — Le témoignage d'Alfonso Gagliano, témoin-vedette de l'enquête parlementaire sur le scandale des commandites, a suscité une grande déception hier: l'ex-ministre des Travaux publics et ambassadeur déchu a réfuté toutes les accusations portées contre lui jusqu'ici.

M. Gagliano a entrepris de déboulonner plusieurs faussetés à son sujet. Non, dit-il, il n'est pas au courant qu'une direction politique ait été donnée au programme de commandites et il en était encore moins l'auteur. Il n'a pas non plus été mis au courant des problèmes qui rongeaient le programme avant le printemps 2000. En outre, Alfonso Gagliano a repris à son compte la défense que privilégiait Jean Chrétien quand il était premier ministre, à savoir que le programme de commandites, même avec tous ses problèmes, était bon parce qu'il garantissait l'unité nationale.

M. Gagliano a aussi tenu à préciser qu'il n'a tiré aucun bénéfice du programme de commandites. «Je n'ai pas profité personnellement de ces programmes. C'était dans mon meilleur intérêt personnel de m'assurer qu'ils étaient administrés correctement.» Lorsque les journalistes lui ont demandé à qui, selon lui, le crime a pu profiter, il a même pointé en direction des agences de publicité.

«Je pense que maintenant, on devrait aller au-delà, c'est-à-dire que les agences de communication ont reçu des sommes d'argent considérables, on parle de 83 millions de dollars en frais de production. On devrait voir exactement c'est quoi qu'on a payé.»

Dans son dernier rapport, la vérificatrice générale Sheila Fraser concluait que le programme de commandites a coûté 250 millions de dollars en cinq ans aux contribuables, dont 100 millions de dollars sont allés à des agences de communication. De ces 100 millions, 83 auraient été versés pour payer leurs «frais de production», qui ne sont justifiés nulle part.

Des contradictions

Le témoignage de M. Gagliano était truffé de contradictions et allait à l'encontre de celui de témoins précédents. «J'aimerais bien croire M. Gagliano, mais je ne sais tout simplement pas laquelle de ses histoires croire!», a lancé le député conservateur Vic Toews.

Par exemple, M. Gagliano a prétendu n'avoir jamais parlé de commandites aux dirigeants des sociétés d'État qui relevaient de lui. «Je n'ai jamais discuté des commandites avec les dirigeants des sociétés de la Couronne, c'est aussi simple que ça.» Mais plus tard, il a reconnu avoir rencontré le président de la Société du Vieux-Port de Montréal pour discuter d'une commandite de 1,5 million afin d'acheter un écran géant. (Il s'agit de l'un des cas douteux impliquant une société d'État que la vérificatrice générale a relevés dans son rapport. Pour ce simple transfert d'argent, les agences de communication ont touché 225 000 $.)

«Le président, M. Lamarre, est venu me voir pour me faire une proposition et je lui ai dit qu'il devrait faire cette présentation à l'équipe des communications [responsable du programme de commandites] parce qu'il pourrait se qualifier», a dit M. Gagliano. «Vous savez, c'est probablement la seule présence fédérale physique à Montréal, et il y a plus de huit millions de touristes qui passent là chaque année. En termes de visibilité, c'était un bon endroit.» Il dit en avoir glissé un mot au responsable du programme à l'époque, soit Pierre Tremblay, son ancien chef de cabinet. «La seule chose que j'ai dite à Pierre Tremblay, à cause de l'importance stratégique de cet écran géant dans le Vieux-Montréal et à cause du montant que M. Lamarre demandait, c'est de s'assurer que [la commandite] n'est pas pour un an mais pour dix, vingt ans.»

Sa version des faits en ce qui concerne ses liens avec le responsable du programme de 1997 à 1999, Chuck Guité, a aussi été jugée contradictoire par l'opposition. Dans sa présentation d'ouverture, M. Gagliano a dit que «les contraintes légales auxquelles fait face le ministre dans ses relations avec la bureaucratie l'empêchent d'exercer un contrôle direct sur les fonctionnaires affectés à son ministère et, de toute façon, ses autres tâches [...] ne lui donnent tout simplement pas le temps ni l'opportunité d'exercer un tel contrôle direct».

Pourtant, le sous-ministre des Travaux publics de l'époque, Ran Quail, a déclaré devant le comité qu'il y avait un «lien très direct» entre M. Guité et M. Gagliano et que ce n'était pas facile pour un sous-ministre d'accepter d'être contourné de la sorte.

M. Gagliano a aussi dit qu'il rencontrait M. Guité trois ou quatre fois par année. «Il venait me voir et me disait: "Voici ce que nous avons. Nous avons beaucoup de demandes, mais nous n'avons que ce montant d'argent. Je pense que nous devrions demander un autre 17 millions de dollars en crédits supplémentaires, et voici les projets que je crois que nous devrions faire avec cet argent." Je regardais les projets et je répondais: "Cela a du bon sens." Parfois, je posais des questions et, ensuite, il procédait, retournant auprès du sous-ministre et préparant une soumission pour le Conseil du trésor.»

Encore une fois, les députés de l'opposition pensent que M. Gagliano ne dit pas toute la vérité. Deux fonctionnaires qui travaillaient près du programme de commandites auraient affirmé à huis clos cette semaine que les rencontres entre MM. Guité et Gagliano avaient lieu une ou deux fois par semaine. «C'est trois témoignages contre un», a résumé le député bloquiste Odina Desrochers.

Alfonso Gagliano a aussi contredit la vérificatrice générale et le premier ministre Paul Martin, qui ont laissé entendre qu'il devait y avoir une directive politique pour que le programme de commandites dérape à ce point.

«Je ne suis pas au courant d'aucune direction politique dans le dossier des commandites», a-t-il dit. M. Gagliano a même reconnu que s'il y avait eu une telle direction, elle serait venue de lui puisqu'il était le ministre responsable. «Je le reconnais. Et je n'ai pas donné de direction politique, donc je ne suis pas au courant d'aucune direction politique.»

En fait, l'ex-ministre des Travaux publics plaide l'ignorance. Ce n'est qu'au printemps 2000 qu'il aurait pris connaissance des problèmes administratifs du programme. Avant, a-t-il répété à de multiples reprises, il ne se doutait de rien. Cette vérification, il dit l'avoir d'ailleurs demandée lui-même dans la foulée d'un autre «scandale», celui des programmes de création d'emploi de un milliard de dollars au Développement des ressources humaines.

M. Gagliano a aussi rappelé que le programme de commandites avait été créé avant son arrivée aux Travaux publics. Il ne pouvait donc pas être le cerveau derrière l'étrange structure qui a permis à une poignée d'agences de communication de toucher de généreuses commissions pour faire peu de travail, et parfois rien du tout. Il prétend surtout n'avoir jamais discuté de ces commissions de 12 % avec M. Guité. «Nous n'avons jamais discuté des commissions. Nous n'avons jamais dit: "Je vais donner ce dossier à cette agence et cet autre dossier à cette autre agence."»

Au nom de l'unité nationale

M. Gagliano a soutenu que le programme de commandites était jugé «important» parce que «le futur de notre pays était en jeu». Toutefois, il a ajouté du même souffle qu'il n'en discutait pas avec Jean Chrétien. «Je n'ai jamais discuté du dossier des commandites avec le premier ministre.»

Le témoignage de M. Gagliano a d'ailleurs viré à la foire d'empoigne constitutionnelle lorsque l'ex-ministre a été interrogé par le bloquiste Odina Desrochers. Dans une longue tirade portant sur les années de service de l'ex-ministre, M. Desrochers a demandé à Alfonso Gagliano s'il trouvait qu'il s'était «rendu serviable à l'endroit de la population canadienne» en laissant ce programme évoluer comme il l'a fait.

M. Gagliano a sèchement répliqué: «Je suis fier d'avoir servi le gouvernement canadien et tous les Canadiens. Définitivement, je me suis battu et j'ai travaillé fort pour garder le pays uni. Tandis que ce monsieur-là a fait tout son possible pour séparer le pays.»

Tandis que le député bloquiste lançait ses accusations («Vous avez volé le référendum!»; «Le programme des commandites, c'était fait pour voler notre pays!»; «Vous avez violé les lois référendaires!»), M. Gagliano s'est enflammé en faisant l'apologie du programme.

«On s'est battus pendant quatre, cinq ans. J'aimerais maintenant remercier le député parce qu'il va me donner l'occasion de répéter ce que ses acolytes séparatistes nous faisaient pour empêcher la présence fédérale au Québec et le drapeau canadien d'apparaître au Québec.»

M. Gagliano poursuivra son témoignage ce matin. La semaine prochaine, le comité entendra Myriam Bédard, celle qui a tiré la sonnette au sujet des commandites à Via Rail.






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  • Jean-Claude Thibeault
    Abonné
    vendredi 19 mars 2004 11h06
    Menteur ou con
    « Ou bien il ne contrôlait rien donc un réel incompétent comme ministre.... Il est un comptable de formation... Il pourrait être un «con»table... Ce dont je doute malgré tout. Menteur serait l'option gagnante. N'était-il pas le grand argentier du Parti libéral au Québec et la caisse était pleine. Il avait un bon réseau de contacts. Il avait au moins de l'entregent et sûrement le sens des affaires. Affaires et commandites... un lien intéressant...lorsque l'on cherche du financement. »

  • Marianne Vaucouleurs
    Inscrite
    vendredi 19 mars 2004 17h36
    L'âne et le boeuf
    « Alfonso Gagliano et Pierre Pettigrew comme larrons en foir...és.

    Visiblement, M. Gagliano a fait son lit :

    «Ou bien je déballe tout et le pays constatera au grand jour quel individu ignoble je suis. Ou bien je nie tout et je conserve un mince espoir de m'en tirer indemne. Aux autres la responsabilité de mes actes!»

    Manifestement, Alfonso Gagliano n'est pas de ces hommes qui ont l'envergure et la capacité d'assumer leurs actes. Il est plutôt de ces individus qui recouvrent pudiquement leur abjection de leur lâcheté.

    Comme si l'on pouvait dissimuler les odeurs de pourriture sous un jet d'urine...

    Pendant ce temps, son collègue et actuel ministre fédéral Pierre Pettigrew, qui a toujours eu le sens du ridicule, proclame, et je cite (http://www.vigile.net/ds-actu/docs4/3-18.html#lpad): «Les gens se déresponsabilisent en votant pour le Bloc». Il est vrai que la démonstration est faite désormais, hors de tout doute, que le Parti libéral protège bec et ongles -- et ce tout à la fois dans la vertu, un grand sens de l'économie des deniers publics et avec grande efficacité -- les intérêts supérieurs du Québec...

    Aussi, M. l'ex-ministre et ex-ambassadeur canadien déchu, veuillez recevoir mon mépris citoyen le plus entier. Sentiment que vous vous empresserez du même élan -- et le plus officiellement, tel est mon voeu de commettante -- de transmettre à votre mentor et patron d'hier, ex-premier ministre du Canada, M. Jean Chrétien.

    Quant à vous, M. Pettigrew, que diriez-vous de retourner terminer (enfin) votre douzième année au «High School» de votre adolescence? Histoire de rappeler à votre mémoire les quelques notions élémentaires de logique que, patemment, vous vous êtes fait fort d'oublier aussitôt entérinée votre entrée dans la Chambre des Communes of Canada.

    Thank you so much both of you !

    19 mars 2004 »

  • Marcelin Gélinas
    Inscrit
    lundi 22 mars 2004 10h23
    Le Parti Libéral ou la trahison du Québec
    « M. Martin, M. Pettigrew, M. Gagliano et cie.

    Je suis d'accord avec le jugement porté par cette dame Vaucouleurs sur le gouvernement fédéral, ces «gens-là» en particulier.

    Je suis littéralement dégoûté par la politique menée par le gouvernement d'Ottawa, singulièrement depuis 1993.

    Comment pourrait-on aujourd'hui faire confiance aux mêmes personnes pour l'avenir, hormis quelques exclusions ponctuelles (ou «partielles»)? Car enfin, les Martin, Pettigrew, Robillard, Coderre et tous les autres étaient là depuis onze ans.

    Depuis les tout débuts, et aux plus hauts postes de responsabilité de l'État canadien.

    Mais bien sûr, ils n'ont rien vu ni rien entendu. Trop préoccupés à concevoir le «bill» C-20 sans doute, M. Stéphane Dion en tête, de manière à soumettre la démocratie québécoise à l'arbitraire canadien. Ah! l'extraordinaire démocratie-parangon - et donneuse de leçon tous azimuts - du Canada...

    Non, décidément, vous n'avez plus aucune - aucune - crédibilité.

    J'étais depuis longtemps assez partagé quant à la question nationale, il est vrai. Mais désormais j'ai compris que le Québécois que je suis n'a plus aucun avenir honorable prévisible dans ce pays du Canada. Et si M. Trudeau avait déjà ébranlé naguère mon appartenance au pays de Wilfrid Laurier, M. Chrétien et son équipe (Mme Robillard, MM. Cauchon, Pettigrew, Dion, Coderre et al.) ont continué depuis lors l'«admirable» travail de déconstruction - sinon de destruction - d'un Québec digne de ce nom.

    Car j'ai longtemps cru à un Québec sain dans un «Canada uni». Or vous avez plutôt travaillé ferme à «modeler» un Québec à genoux dans un Canada qui s'approprie tout l'argent et tous les pouvoirs. Ou peu s'en faut.

    Recette idéale pour générer la violence civile : Indice, s'il en est, d'un haut niveau d'incompétence, d'inintelligence et d'aveuglement...

    Aussi, pour ce qui me concerne, je n'en peux plus de votre bêtise, de votre tyrannie, de cet aveuglement. Tant de Québécois en «Fédéralie» au service de l'affaiblissement du Québec -- hier c'était les Céline Hervieux-Payette et autres Serge Joyal (peinards depuis longtemps sur leurs sièges de sénateurs), les Marc Lalonde, les André Ouellet (celui-ci peinard à «Postes Canada» maintenant...) --, ça en devient absolument répugnant. Répugnant et insupportable.

    Or pendant tout ce temps (depuis 1993, et député depuis 16 ans), M. Paul Martin, actuel premier ministre, était le numéro 2 du gouvernement. Et voilà que plus d'une décennie plus tard, celui-ci devient subitement vertueux. Non mais, qui peut croire à un gouvernement Tartuffe pareil?

    Qui ???

    Bref, vous avez définitivement trahi ma confiance.

    Et vous, vous avez creusé votre tombe avec vos propres ongles et vos propres dents - longues, si longues. Et vampirisantes. Aussi je vous souhaite un enfer aussi rouge que votre Parti et... «votre» drapeau, qui ne saurait plus être «mien». Parce que vous l'avez souillé avant que de m'en déposséder.

    Et dire que j'ai déjà voté «libéral»... j'en ai honte aujourd'hui.

    C'est le Canada qui s'entête depuis 36 ans à mettre le Québec dehors. C'est le Canada qui travaille depuis toujours à son indépendance... du Québec.

    Je crois qu'il est plus que temps que vous parveniez à vos fins.

    Vous le méritez bien...


    MG,
    un simple électeur du Québec »

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