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L'ADQ, naissance d'un mythe

9 juillet 2002 
Les résultats des dernières élections partielles ont fait réagir toute la classe politique québécoise. Déjà ébranlés par l'élection d'un deuxième député adéquiste dans Saguenay et par la montée fulgurante de l'ADQ dans les sondages, les deux partis traditionnels (PQ et PLQ) sont maintenant consternés de voir que la vague Dumont ne semble pas baisser aussi rapidement qu'elle a monté. Même les analystes politiques semblent à court d'explications face à un phénomène aussi surprenant qu'inattendu.

D'un point de vue non partisan, il est réellement difficile de comprendre l'origine de la montée adéquiste. Jusqu'à un certain point, c'est même inquiétant de voir ce qui se passe en ce moment sur la scène politique québécoise.

Tout d'abord, l'ADQ n'a pas soudainement accroché la population grâce à un discours mobilisateur et à un projet de société intéressant. Au contraire, le programme du parti est le même depuis plusieurs années et les idées «neuves» sont les mêmes depuis les dernières élections. De plus, malgré les tentatives du politologue respecté de l'Université Laval, Guy Laforest, de le recentrer pour le rendre plus accessible à la population québécoise, le programme demeure très à droite, particulièrement au plan économique, dans la lignée du Parti républicain aux États-Unis et de l'Alliance canadienne au Canada.

Il est donc complètement absurde de croire que l'ADQ propose de «nouvelles» choses pour le Québec. Ce qui ne veut pas nécessairement dire que toutes ses propositions sont mauvaises pour autant, car les autres partis ont très peu de «nouvelles» choses à offrir eux aussi. On se retrouve donc avec trois partis offrant des discours différents, mais néanmoins connus.

Ce qui est nouveau pour les électeurs québécois, c'est d'entendre un discours aussi à droite avoir autant de résonance sur la place publique. Lors des élections de 1998, Jean Charest avait tenté de soumettre quelques idées inspirées de Mike Harris et du discours néo-libéral, mais il s'était rapidement fait rabrouer par ses opposants et par les syndicats. Il avait donc recentré son discours rapidement pour ne pas trop déplaire à l'électorat.

La différence aujourd'hui, c'est que les gens ont l'impression que Mario Dumont offre du «vrai» changement, car il cache ses propositions très conservatrices sous des discours populistes et accrocheurs. Les conséquences directes de son programme sont plutôt floues pour la population, alors Dumont en profite pour cogner sur d'autres clous où il est assuré de bien paraître étant donné qu'il n'a jamais gouverné (transparence, liens avec le pouvoir, etc.). Notons, de plus, que le chef de l'ADQ est celui qui est à son poste depuis le plus longtemps parmi les trois chefs de parti en présence; il est donc illusoire de croire que M. Dumont est un jeune politicien qui est en dehors de toute la sphère politique québécoise alors qu'il baigne dedans depuis près de 15 ans.

Il est tout aussi difficile de comprendre comment on peut rattacher l'étiquette de «jeune» au parti de Mario Dumont. Faisant moi-même partie de la génération montante, je ne me reconnais aucunement dans les propositions de son parti, qui m'apparaissent tout sauf «jeunes» et représentatives de ma génération.

Et que dire des milliers de jeunes qui sont venus manifester lors du dernier sommet des Amériques à Québec? Ces personnes étaient à coup sûr des opposants au néo-libéralisme et ne peuvent donc en aucun cas être associés à la mouvance adéquiste. De plus, il est bien évident que les jeunes attirés par l'ADQ ne sont pas égoïstes pour autant, comme l'a récemment insinué Rita Dionne-Marsolais, mais plutôt attirés par un discours vague et populiste. Ce discours a la particularité de vouloir tout dire et de ne rien proposer en même temps («Donnons le bon message à Québec», «Votons pour du vrai changement»).

Il est certainement désolant de voir que tant de gens sont attirés par un discours vide de sens, mais l'ADQ n'a d'autre choix que de miser là-dessus pour ne pas effrayer des électeurs potentiels, étant donné son programme trop à droite.

Par ailleurs, il est inquiétant de constater l'espèce de rejet du politique que l'on retrouve chez certains dirigeants adéquistes. Cette tendance est malheureuse et risque d'être néfaste pour notre société. Elle rejette tout sans nuances et reconnaît peu de légitimité à notre système politique en place. Elle englobe tous les politiciens et toutes les politiques sous un même chapeau, celui du «dépassé» et du «corrompu», celui qui fait de la politique dans le seul but de servir ses intérêts personnels. Pourtant, l'exemple de la France et du Front national devrait nous apprendre que notre système politique n'est pas à l'abri des extrémismes et des généralisations inappropriées. Sans comparer l'ADQ au FN, il s'agit plutôt de comprendre comment des mouvements extrémistes prennent naissance dans nos sociétés, et l'incitation au rejet du politique en est certainement une des causes.

Il faut aussi souligner la défaite gênante de David Levine dans la circonscription de Berthier. Sans rien enlever à la compétence de la député élue, Marie Grégoire, M. Levine représentait sans doute l'une des meilleurs candidatures au poste de député depuis très longtemps.

Dans cette circonscription, on a assisté à une vague adéquiste impressionnante qui a tout ravagé sur son passage, incluant ce gestionnaire reconnu du domaine de la santé qu'est David Levine. Il est triste de constater que les électeurs de Berthier n'ont pas été plus loin que le nom du parti dans leur choix. En élisant la candidate adéquiste, ils ont en bonne partie ignoré les récriminations des Québécois qui réclament depuis longtemps une personne de la trempe de M. Levine pour s'occuper du ministère de la Santé. La qualité des candidatures est donc passée dans l'oubli pour les électeurs de Berthier, ce qui est aussi inquiétant pour notre système politique.

En somme, je ne tente pas de vous convaincre qu'il ne faut pas voter ADQ aux prochaines élections et plutôt appuyer le PQ ou le PLQ. Je m'inquiète plutôt de voir que tant de gens appuient un parti sans trop savoir pourquoi. Le «changement» tant demandé ne serait rien d'autre qu'un retour en arrière et une pâle copie du modèle américain. Le changement en soi n'est pas mauvais, ce qui est mauvais c'est de tout vouloir changer ou de vouloir apporter des formules de changement inapplicables au Québec (comme plusieurs éléments du programme de l'ADQ).

Notre société doit faire son mea culpa pour avoir promu le message que «tout va mal», que «tout est corrompu», etc. C'est pourtant loin d'être le cas dans notre société, qui représente toujours, malgré les derniers régimes péquistes, un modèle de compromis entre création de la richesse et égalité sociale. La naissance du mythe adéquiste est donc bien réelle et difficilement explicable. On a tout intérêt à en démystifier les causes et à éduquer ensuite la population pour s'assurer que le mythe ne se transforme pas en réalité.






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