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Un hôtel saute à Bagdad

18 mars 2004 
«L’attaque visait l’hôtel Jabal Loubnan, du quartier Karrada, où se trouvaient «dix clients, des Britanniques, des Libanais, des Égyptiens et des Jordaniens, pour la plupart des hommes d’affaires», selon un officier américain.
Photo : Agence Reuters
«L’attaque visait l’hôtel Jabal Loubnan, du quartier Karrada, où se trouvaient «dix clients, des Britanniques, des Libanais, des Égyptiens et des Jordaniens, pour la plupart des hommes d’affaires», selon un officier américain.
Bagdad — Vingt-neuf personnes ont été tuées et quarante-cinq blessées, dont deux Britanniques, dans un attentat à la voiture piégée hier soir près d'un hôtel du centre de Bagdad, à la veille du premier anniversaire de la guerre.

Les secouristes ont retiré ce matin avant l'aube le corps d'un jeune Irakien des décombres, la 29e victime, et continuent de rechercher le corps d'une femme prise sous une dalle de béton d'une maison effondrée.

Le dernier bilan des blessés, donné par des officiers américains, s'élevait à 45 blessés, dont deux ressortissants britanniques. «C'était une voiture piégée. Nous n'avons trouvé aucun reste humain dans le véhicule», a déclaré sur le lieu de l'attaque le lieutenant-colonel américain Peter Jones alors qu'un autre officier américain, le colonel Ralph Baker, a estimé à 500 kg le poids des explosifs utilisés.

«C'est similaire aux attaques que nous avions vues d'Ansar al-Islam et Zarqaoui», a-t-il ajouté en référence au groupuscule extrémiste kurde et au suspect numéro un dans les attentats antichiites sanglants du 2 mars, le Jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui.

Le porte-parole du Conseil de gouvernement irakien Hamid Kifaï a de son côté imputé la responsabilité de l'attaque au réseau «al-Qaïda et aux organisations terroristes qui lui sont liées».

Selon le lieutenant-colonel Jones, l'attaque visait l'hôtel Jabal Loubnan, du quartier Karrada, où se trouvaient «dix clients, des Britanniques, des Libanais, des Égyptiens et des Jordaniens, pour la plupart des hommes d'affaires».

La déflagration a creusé un cratère de deux mètres de large et trois mètres de profondeur. Des débris de verre et de ferraille étaient visibles à des dizaines de mètres à la ronde.

Trois maisons d'un étage et un atelier de menuiserie ont été totalement détruits. Un immeuble, siège d'une entreprise de travaux publics, a été dévasté et les murs de l'hôtel ont été noircis par les incendies. Un voisin, Raad Taha, a affirmé qu'une maison habitée par une famille chrétienne avaient été détruite, ce qu'a confirmé un militaire américain.

L'explosion à 20h10 locales a secoué la capitale où les ambulances se sont ruées sur l'avenue Nidal survolée par des hélicoptères américains. La panique s'est emparée des habitants du quartier, bouclé par l'armée américaine et la police irakienne, alors que des blessés sortaient en hurlant des bâtiments en flamme. Le lieutenant-colonel Jones a précisé que «l'hôtel n'avait pas reçu de menaces. Il avait une sécurité privée mais pas de mur en béton de protection».

La Maison-Blanche, par la voix de son porte-parole, a affirmé que l'attentat ne ferait pas dérailler le processus démocratique en Irak. «Les terroristes savent que les enjeux sont importants mais ils ne gagneront pas. Nous affronterons ce défi avec force et détermination. La démocratie prend racine en Irak et il n'y a pas de retour en arrière possible», a-t-il dit.

«Un Irak libre et démocratique sera un coup majeur porté aux terroristes, a ajouté le porte-parole de la présidence américaine. Nous avons fait des progrès importants. La démocratie progresse en Irak. Et nous resterons pour finir le travail au profit du peuple irakien.» M. McClellan a indiqué qu'il n'avait pour l'instant aucune information sur les auteurs éventuels de cet attentat.

Cette attaque survient peu avant la date du premier anniversaire de la guerre lancée le 20 mars 2003 par les États-Unis et la Grande-Bretagne contre l'ex-régime de Saddam Hussein. Elle s'est produite aussi au moment où l'exécutif irakien a sollicité l'expertise de l'ONU pour l'aider à enclencher le processus d'un retour à la souveraineté.

Sur le plan diplomatique, les États-Unis et la Grande-Bretagne relancent l'idée de renforcer le rôle de l'ONU en Irak pour dissuader l'Espagne d'en retirer son contingent mais, en face, Paris et Berlin sont restés réticents hier.

Les États-Unis et la Grande-Bretagne ont saisi une perche tendue par le futur président du gouvernement espagnol, le socialiste José Luis Zapatero, en évoquant une résolution du Conseil de sécurité qui renforcerait le rôle de l'ONU.

M. Zapatero avait annoncé mardi qu'il retirerait le contingent espagnol (1300 hommes) d'Irak, comme il l'a promis durant la campagne électorale, à moins qu'au 30 juin il y ait un gouvernement irakien souverain et que les forces étrangères en Irak relèvent de l'ONU. La force multinationale en Irak, autorisée par la résolution 1511 du Conseil de sécurité des Nations unies, est sous commandement américain.

Le secrétaire d'État américain, Colin Powell, avait immédiatement déclaré qu'une nouvelle résolution était du domaine du possible. «C'est quelque chose qui sera certainement pris en considération», a ajouté le porte-parole de la Maison-Blanche.

Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a confirmé qu'une nouvelle résolution était envisagée, évoquant prudemment la possibilité d'une modification du statut des troupes internationales en Irak.

La presse espagnole a demandé à M. Zapatero de se concerter au plus vite avec la France et l'Allemagne pour que l'ONU prenne le contrôle de la situation politique en Irak, afin d'éviter de devoir retirer ses troupes, une décision qui marginaliserait l'Espagne sur la scène internationale.

Mais la France et l'Allemagne ont accueilli l'idée sans empressement. Paris comme Berlin insistent depuis des mois pour que l'ONU joue un rôle en Irak mais pas avant la mise en place d'un gouvernement irakien souverain.
«L’attaque visait l’hôtel Jabal Loubnan, du quartier Karrada, où se trouvaient «dix clients, des Britanniques, des Libanais, des Égyptiens et des Jordaniens, pour la plupart des hommes d’affaires», selon un officier américain. Des secouristes cherchent des victimes dans les décombres de l’hôtel.
 






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