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L'Espagne proteste aux urnes

N/A ZZZN/A   15 mars 2004 
Deux électrices montraient leur émotion après l’annonce de la victoire du Parti socialiste espagnol, hier. Le scrutin s’est déroulé dans une atmosphère lourde, trois jours après les attentats qui ont ensanglanté Madrid.
Photo : Agence France-Presse
Deux électrices montraient leur émotion après l’annonce de la victoire du Parti socialiste espagnol, hier. Le scrutin s’est déroulé dans une atmosphère lourde, trois jours après les attentats qui ont ensanglanté Madrid.
Madrid — Les attentats de Madrid auront sans doute pesé lourd dans les résultats des élections générales d'hier en Espagne. Le Parti socialiste espagnol (PSOE), qui n'était pas donné favori avant le drame de jeudi, s'est finalement imposé devant les conservateurs du Parti populaire qui était au pouvoir depuis huit ans.

Les socialistes se sont déclarés victorieux après dépouillement de 96 % des bulletins. Ils obtiendraient 164 des 350 sièges à la Chambre des députés, alors qu'ils n'en avaient que 125 auparavant. Le Parti populaire passerait de 183 à 148 députés. La participation s'élevait à environ 76 %.

L'avocat José Luis Rodriguez Zapatero, à la tête du PSOE, a commencé son discours de victoire par une minute de silence en mémoire des personnes tuées dans les attentats. «Aujourd'hui, les électeurs ont dit qu'ils voulaient un changement de gouvernement», a-t-il ensuite déclaré. Son parti ne devrait toutefois pas disposer de la majorité absolue, puisqu'il lui aurait fallu 176 sièges.

Les socialistes devront donc chercher une force d'appui pour former un gouvernement. Le candidat du Parti populaire au pouvoir, Mariano Rajoy, le «pompier d'Aznar» que le chef du gouvernement avait désigné pour lui succéder, a déclaré qu'il avait téléphoné à M. Rodriguez Zapatero pour le féliciter.

Jusqu'aux attentats qui ont fait 200 morts et 1500 blessés, jeudi dernier, à Madrid, les conservateurs étaient donnés favoris. Mais traumatisés par les bombes qui ont ensanglanté Madrid, de nombreux Espagnols ont exprimé leur colère dans les urnes, reprochant au gouvernement d'avoir provoqué les attentats en soutenant la guerre menée par les États-Unis en Irak.

M. Rodriguez Zapatero s'est engagé à rapatrier les 1300 soldats espagnols basés en Irak quand leur mission s'achèvera au mois de juillet.

Les 34,57 millions d'électeurs étaient appelés à renouveler les Cortes, le Parlement espagnol. Les 350 sièges de la Chambre des députés, dont le parti ou la coalition majoritaire forme le gouvernement, et les 208 sièges du Sénat étaient en jeu. Les jeunes risquaient de peser sur le scrutin, 1,9 million de nouveaux électeurs ayant été inscrits depuis la dernière élection.

Le vote s'est déroulé dans une atmosphère pesante, à l'image de la gravité qui se lisait sur les visages et des chuchotements dans les bureaux de vote. «L'Espagne n'a jamais voté dans un contexte aussi tragique. Il y a un sentiment d'angoisse, de tristesse, d'horreur», commentait Joaquin Leguina, un ancien président du gouvernement régional de Madrid.

Le terrorisme divise les Espagnols

L'opposition a accusé le gouvernement de José Maria Aznar d'avoir voulu dissimuler les éléments de l'enquête accréditant l'hypothèse islamiste, pour ne pas risquer de payer devant les urnes son soutien à la guerre en Irak, à laquelle la majorité de l'opinion publique était opposée. La thèse de l'ETA de son côté aurait pu profiter au PP, pour sa politique de fermeté à l'endroit de l'organisation basque armée.

Mariano Rajoy a été accueilli par une poignée de jeunes le traitant d'«assassin» lorsqu'il est allé voter dans une école primaire de la banlieue de Madrid. «Nous ne voulions pas entrer en guerre», ont hurlé les manifestants. De son côté, José Maria Aznar a été acclamé par des passants devant un bureau de vote de Madrid, tandis que d'autres criaient «manipulateur».

«Tous les signes orientent vers al-Qaïda», titrait en ce jour d'élection le plus grand quotidien du pays El Pais. À quelques heures de l'ouverture des bureaux de vote, le gouvernement, qui avait d'abord présenté l'ETA comme le coupable évident, a annoncé plusieurs éléments venant étoffer la piste d'al-Qaïda. D'abord l'arrestation de cinq suspects, trois Marocains et deux Indiens, puis la découverte d'une cassette vidéo, dont l'authenticité n'avait toujours pu être établie, contenant une revendication au nom du réseau terroriste. De son côté, l'ETA a fait parvenir un nouveau démenti, publié hier sur le site Internet du quotidien basque Gara.

«Je ne voulais pas voter, mais j'ai changé d'avis», expliquait Javi Martin, 30 ans, employé d'une télévision madrilène. «Et ce n'est pas à cause des attentats, mais à cause de la responsabilité du Parti populaire. Ils ont donné les informations au compte-gouttes. Cela leur aurait profité si c'était l'ETA.»

«Je ne comptais pas voter, mais je suis ici aujourd'hui, car le Parti populaire est responsable des meurtres, ici et en Irak», estimait de son côté Ernesto Sanchez-Gey, 48 ans, un électeur de Barcelone. José Maria Aznar a envoyé 1300 soldats en Irak après le conflit, dont 11 ont été tués.

D'autres Espagnols, au contraire, disaient voter pour soutenir le choix d'Aznar, comme Mari Carmen Pinadero Martinez, 58 ans. Cette mère de famille, venue voter près de la gare d'Atocha, théâtre des sanglants attentats contre des trains, disait vouloir «aider le gouvernement à mettre fin au terrorisme».

À El Pozo, au nord-est de Madrid, où l'un des quatre trains visés a explosé, le wagon éventré était visible du bureau de vote, comme les bouquets de fleurs en mémoire des victimes, les cierges et les petits panneaux proclamant «Paz», la paix. Certains électeurs, les larmes aux yeux, entraient dans le bureau, soutenus par leurs proches.






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