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L'obsession espagnole

Serge Truffaut   13 mars 2004 
Si on en croit les autorités espagnoles, le séisme terroriste qui a ensanglanté Madrid a été provoqué par l'ETA. Bien. Si on écoute les propos des maîtres policiers du monde, ce dynamitage sans précédent porterait plutôt l'empreinte de la nébuleuse al-Qaïda. Cet hiatus est plus que troublant: il est vertigineux.

La séquence qui a suivi l'explosion d'une dizaine de bombes exige une pause. Au terme des deux heures postérieures à ce drame, le ministère espagnol de l'Intérieur a affirmé sur un ton ne souffrant pas la moindre contradiction que l'ETA était coupable. Autrement dit, les laboratoires de la police et la panoplie d'experts qu'ils emploient n'avaient pas encore fait les analyses usuelles qu'on savait déjà des Basques fanatiques être les architectes de cette tragédie.

Plus tard dans la journée, un geste inusité, vu les circonstances, a été fait par la ministre des Affaires étrangères, Ana Palacio. Dans une circulaire envoyée à tous les ambassadeurs à travers le monde, celle-ci leur a commandé de profiter de toutes les tribunes pour renforcer la piste de l'ETA. Et ce, sans qu'aucune preuve formelle permettant d'étayer cette thèse n'ait été mise au jour.

Parallèlement, les notables d'appareils policiers et de centres d'études stratégiques ont fait entendre un écho différent de celui qui émanait du centre des pouvoirs espagnols. L'inventaire de ces organismes vaut d'être décliné: Europol, soit l'office de liaison policière de l'Union européenne, Interpol, l'ESISC, un centre d'études situé à Bruxelles, l'Observatoire mondial du terrorisme, des services de renseignement américains ainsi que Daniel Benjamin, ex-patron de la lutte antiterroriste de l'administration Clinton et aujourd'hui membre du Centre d'études stratégiques internationales de Washington. Tous avancent l'hypothèse d'al-Qaïda avant celle de l'ETA.

Sans contredire de façon impérative la version du gouvernement Aznar, tous ces experts estiment que l'ampleur ainsi que le protocole arrêté par les auteurs obligent à examiner la filière islamique avec plus de considération ou de sérieux que ne l'ont fait jusqu'à présent les autorités espagnoles concernées. Du patron d'Europol à Daniel Benjamin, tout un chacun a rappelé que si l'ETA est à l'origine de ces explosions, alors c'est qu'une coupure radicale dans sa culture des attentats s'est produite.

L'an dernier, les furieux de la cause basque ont signé 17 attentats qui ont fait trois victimes. On rappelle cela car l'ETA, à moins d'un changement récent, ne cherche pas à faire le maximum de victimes. Entre 2000 et 2002, les coups conçus par ses membres visaient, dans leur majorité, des journalistes. On souligne cela parce que l'ETA cible ses effets. Depuis son premier méfait, au début des années 60, à aujourd'hui, l'ETA s'en est pris à des policiers, des politiciens, des casernes et autres sujets symbolisant l'État espagnol. En outre, lorsqu'il fomentait une agression qui pouvait tuer des civiles, des innocents, il avait pour règle générale de prendre des mesures afin que tel ou tel lieu public soit évacué.

Dans le cas qui nous occupe, peut-être faut-il préciser que l'objectif de ces amants de la mort, ces nihilistes fanatiques, était de faire beaucoup plus de victimes que celles enregistrées. Ils voulaient que la douzaine de sacs à dos remplis de dynamite sautent en plein coeur de la gare Atocha afin que celle-ci s'écroule. Si tel avait été le cas, des milliers de personnes auraient été tuées. Probablement davantage que lors du 11 septembre 2001.

S'il s'avère que c'est bel et bien al-Qaïda qui a dessiné cette horreur, alors la position adoptée très rapidement par l'administration Aznar devra être taxée d'irresponsabilité totale, voire immorale. Car il ne fait aucun doute qu'à deux jours des élections législatives, il est de l'intérêt du Parti populaire, l'héritier du franquisme, que ce drame soit l'oeuvre de l'ETA et non de l'islamisme.

En cette histoire, on ne doit pas oublier que dans le dossier irakien, Aznar est allé à l'encontre de l'opinion publique. En effet, les deux tiers des Espagnols étaient opposés à toute adhésion de leur pays au projet américain de guerre en Irak. Qu'al-Qaïda ait décidé de punir l'implication espagnole est en soi un gage de sa conviction de faire saigner la patrie des hidalgos. Et si c'était l'ETA? On imagine mal comment ses militants pourraient convaincre les Basques du bien-fondé de leur cause.

Dans un cas comme dans l'autre, ce drame nous rappelle que priorité aurait dû être accordée à la guerre sans pitié au terrorisme.
 
 
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  • gbernier10@hotmail.com
    Abonné
    samedi 13 mars 2004 11h02
    Le Vrai Drame
    Si c'est vraiment al-Quaïda qui est l'auteur des attentat en Espagne, en réplique de l'appui du gouvernement espagnol envers l'attaque américaine en Irak, cela voudra dire que Georges W. avait raison d'associer le groupe terroriste à l'Irak, qu'il était justifié après le 11 Septembre de s'en prendre à l'Irak. Voilà le Vrai Drame!

  • Pierre Cloutier
    Inscrit
    samedi 13 mars 2004 11h59
    La croix de Saint-Jacques de Compostelle, l'Opus Dei et le désinformation du gouvernement espagnol
    Ce qui me frappe le plus dans les événements sanglants survenus en Espagne, c'est la désinformation grossière que pratique le gouvernement espagnol pour nous faire croire que les attentats sont attribuables à l'ETA et non pas aux extrémistes mulsulmans.

    Pour décoder ce qui ce passe, il faut d'abord savoir que les postes clefs des ministères à vocation sécuritaire et "musclée" (défense, police et justice) qui constituent le "bras armé" de l'Espagne, sont entre les mains des extrémistes de droite catholiques - dont le ministre de la défense lui-même Federico Trillo-Figueroa - un membre éminent de l'Opus Dei, appelée la "Sainte Mafia", fondée par Jose Maria Escriva de Balaguer, mort en 1975, béatifié en 1992 et reconnu comme "saint" en un temps record en 2002.

    Cette organisation d'exrême droite, longtemps liée au parti de la Phalange du temps de Franco, est présente dans 80 pays et compte environ 77 000 membres.

    Ce sont ces gens qui ont décidé que l'Espagne s'alignerait avec les États-Unis lors de l'intervention en Irak et ce sont ces gens qui ont envoyé en Irak une brigade espagnole d'environ 2000 soldats qui portent tous sur leurs uniformes la Croix de Saint-Jacques de Compostelle qui symbolise la victoire des catholiques sur les Mulsulmans en 1492.

    La majorité des soldats espagnols (et latino-américains, avec cette croix provocatrice sur leurs uniformes, patrouillent, entre autres, dans la région de Najaj, en plein pays chiite irakien, ville sainte et centre international de péléninage chiite.

    Autrement dit, les attentats du 11 mars 2004 semblent être la réponse musulmane à la provocation faciste de l'extrême droite catholique espagnole liée à l'Opus Dei et aux riches familles qui contrôlent le pays.

    Quand on lit les journaux et qu'on écoute la radio et la télé, personne n'en parle. Et le gouvernement espagnol nous prend pour des valises en nous envoyant sur de fausses pistes pour camoufler et cacher la main mise de ce gouvernement par les facistes de droite liés à l'Opus Dei.

    Ce sont ces gens qui ont déclaré la guerre aux musulmans en s'enlignant avec la droite chrétienne fondamentaliste et biblique qui contrôle actuellement le gouvernement américain, malgré l'opposition majoritaire du peuple espagnol.

    Aujourd'hui, c'est le peuple espagnol qui souffre et qui compte ses morts à cause des facistes de l'Opus Dei, qui manoeuvre pour cacher la vérité et continuer d'assurer sa main mise sur ce pays.

    Pierre Cloutier

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