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LE 11 SEPTEMBRE ESPAGNOL

N/A ZZZN/A   12 mars 2004 
«Cela ressemblait à un quai de la mort», selon un inspecteur du service des sapeurs-pompiers de Madrid.
Photo : Agence Reuters
«Cela ressemblait à un quai de la mort», selon un inspecteur du service des sapeurs-pompiers de Madrid.
Madrid — Qui est derrière le carnage de Madrid? À seulement trois jours des élections législatives, dix bombes ont explosé presque simultanément hier matin à l'heure de pointe dans des trains et des gares de la capitale espagnole, tuant 192 personnes et en blessant plus de 1200 dans les attentats les plus sanglants que le pays ait jamais connus.

Si les autorités espagnoles en ont d'abord attribué la responsabilité à l'organisation séparatiste basque ETA, elles se montraient plus prudentes en fin de journée, n'excluant aucune piste à la suite de la découverte d'une camionnette avec des détonateurs et une cassette en langue arabe contenant apparemment des versets du Coran. En outre, un journal arabe a reçu par Internet un message de revendication d'al-Qaïda, dont il était impossible dans l'immédiat de connaître l'authenticité.

«C'est un massacre», a résumé le chef du gouvernement espagnol, José María Aznar, après une réunion de crise de son gouvernement. «Aucune négociation n'est possible ou désirable avec ces assassins qui ont tant de fois semé la mort dans toute l'Espagne. Ce n'est que par la fermeté que nous pouvons mettre fin aux attentats», a-t-il déclaré, promettant dans une intervention télédiffusée de traquer les coupables.

Selon le ministère espagnol de l'Intérieur, des tests ont montré que les explosifs employés dans les attentats étaient une variété de dynamite habituellement utilisée par l'ETA. On précisait de source proche de la présidence du gouvernement que le même explosif avait déjà été découvert dans une camionnette interceptée le mois dernier alors que leurs occupants se dirigeaient vers Madrid. Les autorités avaient alors déjà accusé l'ETA.

«L'ETA cherchait à commettre un massacre en Espagne, a accusé le ministre de l'Intérieur, Ángel Acebes. Malheureusement, aujourd'hui, elle est parvenue à son but.» Il a précisé que les services de sécurité étaient certains que l'ETA en était responsable.

Mais Arnaldo Ortegi, chef du parti interdit Batasuna, considéré par les autorités espagnoles comme la vitrine politique d'ETA, a affirmé que ces attentats n'ont pas été commis par le groupe séparatiste basque. «Le modus operandi, le nombre élevé de victimes et la façon dont cela a été perpétré me font penser [...] que cela pourrait avoir été [commis par] une cellule d'opérations de la résistance arabe.»

De fait, le quotidien arabe Al-Qods al-Arabi a annoncé dans la soirée avoir reçu une revendication portant sur les attentats de Madrid et émanant des Brigades d'Abou Hafs al-Masri, au nom d'al-Qaïda.

Ce communiqué attribué à al-Qaïda revendique les attentats d'hier à Madrid mais également ceux commis à Istanbul mardi et menace les États-Unis d'une attaque imminente, selon le quotidien, qui a reçu ce texte daté du 11 mars.

«L'escadron de la mort [des Brigades Abou Hafs al-Masri] a réussi à pénétrer au coeur des croisés européens et à infliger un coup douloureux à l'un des piliers de l'alliance croisée, l'Espagne», affirme le texte signé des «Brigades Abou Hafs al-Masri - al-Qaïda» et dont l'authenticité ne peut être vérifiée.

«L'opération "Trains de la mort" [...] fait partie du règlement d'un vieux compte avec l'Espagne croisée, l'alliée de l'Amérique dans la guerre contre l'islam», ajoute le communiqué.

Le communiqué affirme avoir prévenu l'Espagne et d'autres alliés des États-Unis, après un attentat ayant coûté la vie à 19 Italiens en novembre en Irak, de se retirer de l'«alliance anti-islam».

En outre, il menace les États-Unis d'une attaque imminente. «Nous apportons aux musulmans du monde la joyeuse nouvelle que l'opération "Vents de mort noire", la frappe prévue contre l'Amérique, se trouve dans ses phases finales [de préparation]. Elle est à 90 % [prête].»

Le texte avertit les musulmans de «ne pas s'approcher trop près d'institutions civiles ou militaires des croisés, de l'Amérique et de ses alliés».

Le ministre espagnol de l'Intérieur, Ángel Acebes, avait annoncé peu auparavant la découverte d'une camionnette suspecte, avec des détonateurs et une cassette en langue arabe. Le ministre, qui avait désigné toute la journée l'organisation terroriste basque ETA comme auteur à coup sûr des attentats, a alors concédé qu'aucune piste n'était exclue.

La revendication des attentats de Madrid dans le communiqué cité ci-dessus ne ressemble pas au mode de revendication habituel de cette organisation terroriste islamiste, a indiqué un responsable américain.

«Nous ne pouvons confirmer pour l'instant l'authenticité de cette revendication, a indiqué ce responsable sous couvert de l'anonymat. Mais cela semble étranger à leur modus operandi.»

Par le passé, al-Qaïda s'est plutôt glorifié, longtemps après, d'attentats qui lui avaient été attribués, rechignant à les revendiquer directement et sans délai, a souligné ce responsable.

C'est vers 7h30 hier matin que les bombes ont explosé dans un train de banlieue arrivant à la gare très fréquentée d'Atocha, dans le centre de la capitale espagnole. Des explosions se sont également produites dans des trains et sur les quais de deux autres gares sur une ligne de banlieue arrivant à Atocha.

À la gare d'El Pozo, dans l'est de Madrid, l'explosion de deux bombes dans un train à deux étages a notamment fait 70 morts, a affirmé Juan Redondo, un inspecteur du service des sapeurs-pompiers de Madrid. «Cela ressemblait à un quai de la mort», a-t-il dit, ajoutant qu'un corps avait été descendu du toit de la gare. «Je n'avais jamais rien vu de tel. La récupération des corps a été très difficile. Nous ne savions pas quoi ramasser.»

Cette attaque a choqué l'Espagne et ses dirigeants, qui avaient assuré récemment que l'ETA — qui venait de décréter une nouvelle trêve, mais seulement en Catalogne — était en perte de vitesse. Jusqu'à présent, l'attentat le plus meurtrier de l'organisation indépendantiste avait fait 21 morts dans un supermarché de Barcelone, en 1987.

L'an dernier, plus de 150 membres et collaborateurs de l'ETA avaient été arrêtés en Espagne et en France. Toujours l'an dernier, l'organisation séparatiste avait tué trois personnes, contre 23 en 2000 et 15 en 2001.

Fait rarissime, le roi Juan Carlos s'est exprimé à la télévision dans la soirée, appelant ses compatriotes à l'unité et à la fermeté contre le terrorisme. Le gouvernement a de son côté appelé la population à manifester en masse aujourd'hui et a décrété un deuil national de trois jours.

La communauté internationale a évidemment condamné en bloc ces attentats. Le président américain George W. Bush a téléphoné à M. Aznar et au roi Juan Carlos pour condamner «dans les termes les plus forts qui soient [cette] attaque haineuse du terrorisme», le premier ministre britannique Tony Blair affirmant pour sa part que «cette terrible attaque souligne la menace du terrorisme que nous devons tous continuer d'affronter dans de nombreux pays».

Le président français Jacques Chirac a dénoncé «ces agissements irresponsables» alors que les mesures de sécurité aux postes frontaliers entre l'Espagne et la France ont été renforcées à la suite des attentats meurtriers.






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